Viatcheslav Molotov

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Portrait de Molotov en 1945

Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov (en russe Вячеслав Михайлович Молотов ; né le 9 mars 1890 et mort le 8 novembre 1986) était un dirigeant bolchévik, qui devint le bras droit de Staline. Chef du gouvernement de l'URSS de 1930 à 1941, ministre des Affaires étrangères jusqu'en 1949, membre titulaire du Politburo de 1926 à 1957, il sera évincé lors de la déstalinisation.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

Viatcheslav Molotov est né à Koukarka (aujourd'hui Sovetsk) en Russie, sous le nom de Viatcheslav Mikhaïlovitch Skriabine (Скря́бин)[1].

Après des études au Gymnasium (école secondaire ou lycée) de Kazan, il s'inscrit en 1906 au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) sous le pseudonyme de Molotov (du russe : molot (молот) marteau), abandonnant son nom de famille de Skriabine.

En 1912, il est l'un des fondateurs de la Pravda.

Ascension dans l'appareil du parti communiste d'Union soviétique[modifier | modifier le wikicode]

En 1917, il est, avec Alexandre Chliapnikov, le plus ancien bolchevik à Pétrograd lorsque éclate Révolution de Février, alors que Lénine est encore en exil en Suisse. Après avoir appuyé le gouvernement provisoire, il se rallie à l'analyse et à la politique de Lénine, mais joue un rôle mineur dans la Révolution d'Octobre et dans la guerre civile russe.

Son ascension au sein du parti s'explique par sa fidélité à Joseph Staline à partir de 1922.

Du 19 décembre 1930 au 6 mai 1941, il est président du Conseil des commissaires du peuple (Sovnarkom), présidence du gouvernement de l'Union soviétique. Il fut également secrétaire du Comité central jusqu'en 1935. À la fin des années 1930, il fit partie avec Lazare Kaganovitch, Nikolaï Iejov et Kliment Vorochilov du groupe restreint de cinq membres qui prenait toutes les décisions importantes en compagnie de Staline.

Travailleur infatigable, il fut un des chefs de la dékoulakisation dans les campagnes (1930-1933). Il n'hésita pas à se rendre en Ukraine pour conforter la politique stalinienne et « inciter les communistes défaillants à rester fermes contre les paysans révoltés ».

Pendant les Grandes Purges de 1937-1938, Molotov fut le dirigeant soviétique le plus souvent reçu dans le bureau de Staline au Kremlin, avant même le chef suprême de la police Nikolaï Iejov. Il ne se cacha jamais d'avoir soutenu fermement la politique de la Grande Terreur, qui aboutit à 680000 exécutions en deux ans et à l'envoi de centaines de milliers de personnes au Goulag. Sa signature apparaît aux côtés de celle de Staline sur de très nombreuses listes de condamnations à mort collectives.

Dans des entretiens dans les années 1970 avec le journaliste Félix Tchouïev[2], Molotov fut sans ambiguïté : Staline était le principal responsable de la Terreur, « et nous l’encouragions, qui étions actifs, j’ai toujours été actif, toujours favorable à ce que des mesures soient prises ». Comme membre du Politburo, il continua d'approuver fréquemment les exécutions en masse des « ennemis du peuple ». Par exemple, le 5 mars 1940, il signa, comme tout le Politburo, l'ordre (préparé par Lavrenti Beria) d'exécuter des milliers de prisonniers de guerre polonais, surtout des officiers, qui est connu comme le Massacre de Katyń.

Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov est ministre des Affaires étrangères de 1939 à 1949[3].

Il signe le Pacte germano-soviétique avec le régime hitlérien en août 1939.

La guerre[modifier | modifier le wikicode]

Molotov joue un très grand rôle derrière Staline durant la Seconde Guerre mondiale. Il est chargé de la production des blindés, dont on sait avec le T-34 qu'ils ont joué un grand rôle dans la victoire finale.

Quand Adolf Hitler attaque l'URSS dans la nuit du 21 au 22 juin 1941, Staline charge Molotov de l'annoncer à la radio ; son discours est célèbre. Quand Staline apprend le projet de bombe atomique américaine, Staline charge Molotov d'en créer une aussi. Comme Staline ne peut se déplacer à cause de la guerre, il envoie Molotov à Londres et Washington. Il accompagne aussi Staline à Yalta, à Téhéran et à Potsdam ; et Staline l'envoie représenter l'URSS à la fondation de l'ONU.

Sa famille a souffert de la guerre, comme toutes les familles soviétiques. Son cousin Vassili Kontouline combattit, fut fait prisonnier des Allemands puis gardé en otage jusqu'à la fin de la guerre[4].

Déclin politique[modifier | modifier le wikicode]

À la mort de Staline, en mars 1953, Molotov est à nouveau chargé du ministère des Affaires étrangères (Dmitri Chepilov lui succèdera en 1956). Il s'oppose à la déstalinisation menée par Nikita Khrouchtchev et tente avec les partisans staliniens, comme Lazare Kaganovitch, de s'opposer à ce qu'il considérait comme un coup d'État de Khrouchtchev.

À la suite de sa défaite politique lors d'un Congrès spécial organisé en 1957, il est exclu du Politburo (alors appelé Présidium du Comité central).

Khrouchtchev le nomme ambassadeur en Mongolie de 1957 à 1960, puis délégué soviétique permanent auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne de 1960 à 1961.

Il est exclu du parti communiste d'URSS en 1962 en période de déstalinisation. La décision est prise par sa cellule locale de Moscou, celle du quartier de Sverdlov

Il y est réintégré en 1984, mais ce n'est que symbolique : selon Molotov, l'URSS était perdue depuis le coup d'État khrouchtchévien.

Il meurt le 8 novembre 1986, à 96 ans, et repose au cimetière de Novodiévitchi, à Moscou.

Vie privée[modifier | modifier le wikicode]

Il était l'époux de la femme d'État Polina Jemtchoujina, appelée aussi Polina Molotova.

Le « cocktail Molotov »[modifier | modifier le wikicode]

Le célèbre cocktail Molotov lui doit son nom. Il fut donné par dérision par les soldats de l'armée finlandaise, pendant l'invasion de leur pays par les Soviétiques en 1939[5], au dispositif incendiaire rudimentaire qu'ils utilisaient contre les chars soviétiques.

Ce nom est une réponse à une déclaration de Molotov qui avait affirmé que l'URSS ne lançait pas de bombes sur la Finlande, mais transportait simplement par avion des provisions pour les Finlandais affamés. Une nouvelle bombe soviétique, une des premières bombes à sous-munitions, avait été surnommée par les Finlandais « panier à pain de Molotov »[6].

La ville de Perm[modifier | modifier le wikicode]

La ville de Perm, au pied de l'Oural, s'est appelée Molotov de 1940 à 1957, en son honneur.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. L'historien britannique Simon Sebag Montefiore, dans une note (n°62) en bas de la page 39 de l'édition britannique de son ouvrage Staline : la cour du tsar rouge (Stalin : the court of the Red Tsar), paru en 2003, s'inscrit en faux contre une assertion courante qui prête un lien de parenté proche entre Viatcheslav Molotov, né Viatcheslav Mikhaïlovitch Scriabine, et le compositeur russe Alexandre Scriabine, certaines personnes qualifiant les deux hommes de « cousins germains », d'autres de « parents ».
  2. Félix Tchouev, Conversations avec Molotov, 1995 (ISBN 2-226-07650-6).
  3. 1939 : l’alliance de la dernière chance : une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Michael J. Carley, Les Presses de l'Université de Montréal, 2001.
  4. Léon Blum, Le dernier mois, Paris, Arléa, 94 p.
  5. John Langdon-Davies, publié dans le Picture Post : Lessons of Finland, Juin 1940
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/RRAB-3

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Le Cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 1930 : les jeux du pouvoir, (traduit par Pierre Forgues et Nicolas Werth), Paris, Seuil, coll. « Archives du communisme », 1998, 332 p.
  • Jean-Jacques Marie, Staline, Fayard, 2001.
  • Viatcheslav Molotov, Discours au XXe congrès du Parti communiste de l'Union Soviétique : 18 février 1956, Paris, Bureau d'information soviétique, , 15 p. (Supplément à "Études soviétiques", n°97, avril 1956)
  • Simon Montefiore, Staline. La cour du tsar rouge, traduction française, Éditions des Syrtes, 2005.
  • Félix Tchouev, Conversations avec Molotov, tr. fr. 1995.
  • Bernard Bromage, Molotov, the Story of an Era, P. Owen, Londres, 1956, 225 p.
  • Derek Watson, Molotov: A Biography, Palgrave Macmillan, New York, 2005, 376 p.

Lien externe[modifier | modifier le wikicode]