Parti communiste ouvrier d'Allemagne

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Affiche publiée par le KAPD / AAUD en 1920 prônant l'abstention aux élections, contre le parlementarisme et tout le pouvoir aux conseils.

Le Parti communiste ouvrier d'Allemagne (Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands, KAPD) est issu de la scission conseilliste du Parti communiste d'Allemagne (KPD).

Il faut partie du courant de la gauche communiste.

1 Historique[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SDP) était un parti ouvrier de masse se revendiquant du marxisme. Même si pratique était clairement devenue très modérée, la plupart des révolutionnaires, comme Rosa Luxemburg, considéraient comme une évidence qu'il fallait militer en son sein.

Elle faisait confiance au mouvement ouvrier pour vaincre, à terme, le réformisme du parti. Cela la conduisait notamment à critiquer durement la politique des bolchéviks et de Lénine, qui avaient scissionné le parti russe. Pour elle, c'est la dynamique spontanée du mouvement ouvrier qui conduirait à faire triompher le courant révolutionnaire :

« Les revirements de tactique les plus importants et les plus féconds des dernières dix années n'ont pas été l'invention de quelques dirigeants et encore moins d'organes centraux, mais ils ont été chaque fois le produit spontané du mouvement en effervescence. »[1]

Les chocs de 1914 et de 1917 engendrent une profonde reconfiguration politique. Le fait que la plupart des dirigeants socialistes aient conduit le mouvement ouvrier dans la boucherie de la guerre mondiale, puis aient eu un rôle contre-révolutionnaire au milieu de la vague révolutionnaire qui a suivi, a poussé à la rupture tous les révolutionnaires et internationalistes convaincus.

1.2 Scission socialistes-communistes[modifier | modifier le wikicode]

Dès 1914, les révolutionnaires autour de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht commencent à regrouper ce qui deviendra le groupe spartakiste. Mais ceux-ci s'estiment alors trop faibles pour fonder un parti.

En avril 1917, une partie importante du SPD scissionne, pour fonder le Parti social-démocrate indépendant (USPD). Les spartakistes suivent ce mouvement. Mais ce parti reste hésitant entre réformisme et révolution, et la révolution d'Octobre 1917 en Russie fait surgir de nouveaux terrains de désaccords, et engendre une forte poussée vers la gauche dans la base des partis socialistes.

Finalement, en décembre 1918, les spartakistes fondent le Parti communiste d'Allemagne (KPD). Toute une nouvelle génération de militant·es rejette alors radicalement les anciennes pratiques politiques, ayant tendance à passer d'un extrême à l'autre : du réformisme, au « gauchisme ». Ces militant·es pensaient souvent s'inspirer des bolchéviks lorsqu'ils rejetaient en bloc toutes les anciennes pratiques : participation aux élections bourgeoises, au travail syndical de masse... Puisque l'heure était à la révolution, et au pouvoir des conseils, il n'était plus au parlementarisme. Et puisque l'heure était à la rupture avec les social-traîtres, il n'était plus question de militer dans des syndicats dirigés par l’aristocratie ouvrière.

C'est à ce moment (mai 1920) que Lénine publie sa célèbre brochure, Le gauchisme, maladie infantile du communisme. Il se voit obliger de revenir sur l'expérience russe, et de rappeler que les bolchéviks n'auraient jamais obtenu la force qu'ils ont eu en octobre 1917 sans des années de travail patient auprès des masses, et d'utilisation des institutions dominantes (comme les élections) pour se faire entendre. Il soutient que même si la situation a changé et est devenue beaucoup plus révolutionnaire, une part significative de la classe ouvrière allemande est encore sous l'influence du SPD, ce qui oblige encore à faire preuve de patience et de sens tactique.

Luxemburg elle-même était sur la même ligne, mais elle et Liebknecht sont assassinés en janvier 1919, ce qui l'empêche d'avoir une influence modératrice sur le jeune KPD. Au contraire, comme ces assassinats avait été commandités par le SPD contre-révolutionnaire, les courants les plus radicalement hostiles à tout compromis sont encouragés.

1.3 Scission des communistes de gauche[modifier | modifier le wikicode]

De son côté, Paul Levi, qui prend la direction du KPD, est très hostile à la tendance gauchiste, et la pousse vers la sortie. En octobre 1919, lors du congrès du KPD à Heidelberg, la scission est actée.

Lorsque Lénine apprend cette scission, il s'en désolé. S'il est pleinement d'accord avec la ligne de la majorité derrière Paul Levi, il considère que cette jeune génération aurait dû être convaincue patiemment et par le dialogue. Il soutient alors qu'il n'y que des désaccords tactiques, donc secondaires, avec cette tendance, contrairement aux désaccords stratégiques avec la droite de la social-démocratie (dont la majorité de l'USPD[2]). Le 28 octobre, il envoie une lettre à la direction du KPD[3] et une lettre à la minorité.[4]

La tendance de gauche fonde alors le Parti communiste ouvrier d'Allemagne (KAPD) le 4 avril 1920 à Heidelberg. Celui-ci rassemble à ses débuts environ 50 000 militants. Herman Gorter est son principal animateur.

Parmi les militants du KAPD figuraient :

A l'origine le KAPD reste "membre sympathisant" de l'Internationale communiste. Cependant les désaccords se creusent, et il rompt avec l'Internationale en 1921.

Le KAPD refusait toute participation aux élections.

1.4 Scissions internes[modifier | modifier le wikicode]

Une partie des militants souhaite créer une organisation « unifiée », à la fois politique et syndicale : une partie importante des militants quitte alors l'organisation pour fonder l’Union générale des travailleurs d'Allemagne - Organisation unitaire (AAUD-E). En 1922, une nouvelle scission intervient entre la « fraction d’Essen » et la « fraction de Berlin ». Ces scissions plombent le jeune parti qui ne rassemble plus que 5 000 militants. La "Fraction d'Essen" du KAPD était liée à l'Internationale Communiste ouvrière. Le parti publie un journal, Kommunistische Arbeiter-Zeitung.

En 1933, une partie du KAPD finit par rejoindre l'Union communiste ouvrière d'Allemagne (KAUD).

1.5 Disparition sous le nazisme[modifier | modifier le wikicode]

Des groupes de résistance anti-nazis se créeront dans la tradition du KAPD : les Roten Kämpfer, et la Kommunistische Räte-Union.

2 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Rosa Luxemburg, Questions d'organisation de la social-démocratie russe, 1904
  2. Il essayait cependant aussi de convaincre des franges de l'USPD, y compris en correspondant directement avec certains de ses membres.
  3. Lénine, Lettre au Comité Central du Parti Communiste d'Allemagne au sujet de la scission, 28 octobre 1919
  4. Lénine, Aux camarades communistes qui ayant adhéré au parti communiste allemand commun, se sont constitués à présent en un nouveau parti, 28 octobre 1919