Congrès des travailleurs d'Extrême-Orient

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Le Congrès des travailleurs d'Extrême-Orient fut une conférence impulsée par les bolchéviks pour tenter de construire l'Internationale communiste. Initialement prévu à Irkoutsk, il a eu lieu à Moscou et à Petrograd du 21 janvier au 2 février 1922.

Préparatifs et objectifs[modifier]

Ce congrès est comparable dans son objectif au Congrès des peuples d'Orient qui a eu lieu à Bakou en 1920. Mais il était également une contre-initiative à la « conférence navale de Washington », un sommet des grandes puissances impérialistes centré sur l'Asie. Le commissariat du peuple aux affaires étrangères espérait initialement organiser un véritable sommet international rival en persuadant le gouvernement chinois d’y assister. Il ne s’agissait pas là d’un objectif complètement irréalisable. Il y avait un ressentiment énorme contre les puissances impérialistes en Chine, comme l’a prouvé le mouvement du 4 Mai 1919. Il y a également eu, la même année, le grand soulèvement de Mars en Corée.

Les bolchéviks ont ainsi essayé de rallier le seigneur de guerre le plus influent en Chine à ce moment, Wu Peifu. Suite à l'échec de cette tentative, le congrès a été revu à la baisse, se centrant sur les révolutionnaires, communistes et nationalistes. En Chine, les liens ont été établis seulement avec Sun Yat-sen. Par ailleurs, la République d'Extrême-Orient (un Etat de l'extrême-Orient russe qui fut indépendant de 1920 à 1922) tentait quant à elle d'intégrer la Conférence de Washington.

Globalement, le focus du Congrès était plutôt mis sur la Chine et la Corée, victimes de l’impérialisme, et sur le Japon, le pouvoir impérialiste local qui comptait au nombre de leurs oppresseurs. Alors qu'il y avait environ 37 nationalités représentées à Bakou et près de 2000 délégués, il n'y en avait que 150 à ce congrès, et la majorité ne venait que de quatre pays (Chine, Japon, Corée et Mongolie). Il n’y avait qu’un seul délégué d’Indonésie et deux d’Inde (M.N. Roy et A. Mukherji).

Le Japon était important pour les bolcheviks car c’était un pays industriel avec un prolétariat important. Il avait suivi un développement similaire à celui de l’Europe, étant l’un des rares pays en dehors de cette zone à être passé par une véritable époque féodale. La révolution Meiji avait conduit au capitalisme, ainsi le Japon avait suivi les étapes classiques du développement qu’avait énoncé Marx, et selon la théorie marxiste, les conditions étaient mûres pour une révolution socialiste, tandis que, pour la plupart des bolcheviks, ce que l’on pouvait attendre de mieux dans les autres pays d’Orient était une révolution démocratique anti-impérialiste. Par ailleurs il était vital pour les bolchéviks de lutter de l'intérieur contre l'impérialisme japonais, qui représentait une grande menace sur la jeune URSS.

Le parti communiste indonésien (qui allait devenir une grande organisation et, même à cette époque, était le plus grand parti d’Asie orientale) était représenté par son leader, Semaun. Ce dernier était très lié à Henk Sneevliet (également connu sous le nom de Maring), une figure considérable de l’histoire du mouvement ouvrier. Socialiste avec d’importantes perspectives anti-impérialistes, Sneevliet a émigré aux Indes orientales pour faire un travail d'implantation dans les mouvements de résistance islamique.

Organisation et délégués[modifier]

Alors que le congrès de Bakou s'est tenu en pleine guerre civile, la situation militaire et diplomatique était bien meilleure en 1922. Il semble que cela a conduit les bolchéviks à minimiser l'importance du congrès. Alors qu'en 1920 les bolchéviks luttaient pour leur survie face aux Blancs et aux interventions impérialistes, en 1922 ils tentaient surtout de relancer l'économie en bénéficiant d'une trêve et en négociant des accords (comme à la Conférence de Gênes). Tchitchérine préconisait même de tenir le Congrès à huis-clos pour en faire une instance discrète entre militants, sans provoquer publiquement les impérialistes.

Les délégués qui venaient de l’extérieur devaient effectuer un voyage long, risqué et désagréable à travers l’hiver sibérien. Il était initialement prévu que le congrès se tienne à Irkoutsk et de nombreux délégués y passèrent plusieurs semaines en attendant que celui-ci commence. L’événement dans son ensemble semble avoir été plutôt mal organisé. Les délégués ont été extrêmement soulagés lorsque le lieu a été déplacé à Moscou.

  • Chine : Zhang Guotao, qui était l’un de ses leaders de l’époque.
  • Corée : Kim Kyu-sik, qui avait été envoyé à la conférence de Paris pour la paix, ainsi que Yŏ Unhyŏng, qui sera à la tête d’un gouvernement éphémère du peuple à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
  • Japon : Sen Katayama

Prises de parole[modifier]

Aucun des dirigeants bolchéviks importants ne prit la parole lors du congrès hormis Zinoviev. Il existe une photographie qui semble montrer Boukharine observant l’une des sessions. Lénine rencontra plusieurs des délégués, tout comme Trotsky, et sans doute Staline, mais en privé, suivant sans doute en cela les recommandations de Tchitchérine selon lesquelles le gouvernement devait garder ses distances avec le congrès.

Lénine était fasciné à la vue du travail commun entre les communistes et les nationalistes locaux. Il avait déjà donné de l’argent au gouvernement coréen provisoire bien qu’une partie ait été détournée par des radicaux parmi les communistes. La politique coréenne souffrait terriblement du factionnalisme et des rivalités personnelles.

Le bolchévik Safarov reprit dans ses déclarations au congrès les positions adoptées lors du Second Congrès du Komintern, celles du front unique anti-impérialiste.

Revendications des femmes[modifier]

Seulement 7 déléguées sur 150 seulement étaient des femmes. Cependant la question des droits des femmes a été soulevée durant le congrès :

  • Le syndicaliste chinois Deng Pei dénonça l’exploitation du travail féminin en Chine,
  • Solomon Lozovsky, à la tête de l’Internationale Syndicale Rouge, condamnait les syndicats réactionnaires qui excluaient les ouvrières,
  • Katayama Sen prépara à la demande d’Alexandra Kollontaï un rapport sur « Les conditions de la femme dans l’industrie dans les pays d’Extrême-Orient »,
  • L’anarchiste féministe chinoise Huang Bihun et les coréennes Kim Won’gyŏng et Kwon Aera ont prononcé des discours très forts. Huang Bihun était la déléguée la plus importante. Elle avait été la collaboratrice politique de Chen Duxiu, le premier leader du PC chinois, et était une militante connue à Canton. Son statut était reconnu par Zinoviev, qui la présenta chaleureusement au meeting final de Petrograd.

Les femmes commençaient à peine à obtenir le droit de vote en occident (bien que la Nouvelle-Zélande ait été bien plus avancée que n’importe quel autre pays) et en orient le combat restait à mener. La représentante du mouvement des femmes russes, Klavdia Nikolaeva, était à deux doigts de fustiger les délégués pour leur arriération sur les droits des femmes.

Suites[modifier]

Il était naturel pour les bolcheviks de se tourner vers les éléments les plus radicaux dans le jeune mouvement ouvrier japonais en rassemblant le noyau d’un parti communiste. La gauche du mouvement était dominée par les anarchistes, dont le leader était Osugi Sakae. Il était initialement attiré par le Kominterm, mais les événements de 1921 – surtout la mise en place de la NEP semble-t-il – l’ont mené à s’éloigner des communistes. L’un des délégués anarchistes, Kato (Yoshida Hajime), annonça sa conversion au communisme au congrès mais se ravisa en rentrant au Japon. La tentative de gagner les anarchistes ne semble donc pas avoir été très fructueuse.

Notes et sources[modifier]