Prostitution

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Fresque du lupanar de Pompéi, datant du Ier siècle, montrant une prostituée et son client.

La prostitution est le commerce de services sexuels. Elle concerne quasi-exclusivement des femmes poussées par la nécessité à avoir des rapports sexuels payants avec des clients hommes.

1 Ampleur de la prostitution[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Russie soviétique[modifier | modifier le wikicode]

Décrivant les reculs consécutifs à la stalinisation de l'URSS, Trotski observait un retour de la prostitution (et de la répression des prostituées...) en même temps qu'une réaction globale sur le plan du sexisme.[1]

2 Positions sur la prostitution[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Généralités[modifier | modifier le wikicode]

Les trois positions principales vis-à-vis de la prostitution sont :

  • le prohibitionnisme : interdiction et répression de la prostitution
  • l'abolitionnisme : autorisation de la prostitution, mais répression du proxénétisme
  • le réglementarisme : réglementation (donc autorisation / tolérance) de la prostitution (maisons closes, femmes en vitrines...)

Faut-il pénaliser les clients des prostituées ? Les féministes sont divisées sur la question. Certaines pensent que cela a avant tout pour effet d'obliger les prostituées à se cacher davantage et à s'exposer d'autant plus aux violences des hommes.

2.2 Marx et Engels[modifier | modifier le wikicode]

Le Manifeste communiste (1847) se moque des bourgeois qui accusent les communistes de vouloir la "collectivisation des femmes". Il répond que ce sont les bourgeois qui collectivisent les femmes par la prostitution, et que le communisme y mettra fin.[2]

2.3 Commune de Paris[modifier | modifier le wikicode]

Une grande partie de la police parisienne se disperse au moment de l'insurrection du 18 mars 1871. Une police est recréée sous le commandement du blanquiste Raoul Rigault (qui avait « l'âme d'un policier » selon Blanqui). Incontestablement, elle était plus populaire et globalement progressiste, mais elle se comporta cependant avec un certain caractère arbitraire.[3]

On parlait de révolution morale. Les maisons closes sont fermées, et lorsque les prostituées se retrouvent à travailler dans les rues, elles sont victimes d'une vague d'arrestations (270 en un mois).[4]

2.4 Eleanor Marx[modifier | modifier le wikicode]

Eleanor Marx écrivait en 1886 que ceux qui soutiennent la prostitution sont avant tout les bourgeois :

« L'aristocratie n'est bien entendu pas exclue ; mais l'appui principal de ce système abominable est le capitaliste respectable, riche, d'une moralité « au-dessus de tout soupçon ».[5] »

Elle disait que les tentatives des associations de féministes abolitionnistes resteront vaines sous le capitalisme :

« Tous les efforts partis de bonnes intentions pour s'attaquer à cet horrible problème sont illusoires ainsi que le reconnaissent avec désespoir leurs promoteurs. Et illusoires ils resteront tant que durera le mode de production qui créant une population ouvrière excédentaire, crée simultanément des criminels et des femmes qui en sont littéralement et tristement réduites à « l'abandon ». Que l'on se débarrasse du mode de production capitaliste, disent les Socialistes, et la prostitution disparaîtra. »

2.5 Bebel et Kautsky[modifier | modifier le wikicode]

August Bebel, qui fut un dirigeant majeur de la social-démocratie allemande (SPD), écrivit en 1879 La femme dans le passé, le présent et l'avenir.[6] Il y dénonce notamment la prostitution.

Dans Le programme socialiste (1892), Karl Kautsky, principal théoricien du SPD, reprend rapidement les principales idées de Marx et Engels. Il écrit :

« Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les miséreuses mais les travailleuses, qui se voient contraintes de vendre leur corps à prix d’argent. (...) Sous le régime du mode de production capitaliste, la prostitution, est une des bases de la société. Les défenseurs de cette société nous objectent la communauté des femmes ; ce sont eux qui la mettent en pratique. »[7]

2.6 Lénine[modifier | modifier le wikicode]

Comme les autres socialistes, Lénine considérait que les prostituées étaient doublement victimes du système capitaliste.

Par conséquent il fustigeait l'hypocrisie des classes possédantes qui étalaient leur indignation morale face à la prostitution :

« Aucune « indignation morale » ( hypocrite dans 99% des cas) sur la prostitution ne peut rien faire pour empêcher ce commerce du corps des femmes ; aussi longtemps que l’esclavage salarié existera, la prostitution continuera inévitablement. A travers l’histoire, toutes les classes opprimées et exploitées ont toujours été réduites (leur exploitation consiste en cela) par leurs oppresseurs, en premier au travail non rémunéré, en second, leurs femmes à être les concubines des « maîtres ». »[8]

En 1913, Lénine dénonçait le 5ème congrès international de lutte contre la prostitution qui s'était tenu à Londres :

« Ce fut une rencontre de duchesses, de comtesses, d’évêques, de pasteurs, de rabbins, de fonctionnaires de la police et de philanthropes bourgeois de tout poil ! Et combien de dîners solennels, combien de fastueuses réceptions officielles eurent lieu à cette occasion ! Combien de discours emphatiques y furent prononcés sur la nocivité et l’infamie de la prostitution ! Quels étaient donc les moyens de lutte réclamés par les délégués bourgeois au congrès, ces gens délicats ? Deux moyens avant tout : la religion et la police. Il paraît que c’est là tout ce qu’il y a de bon et de sûr contre la prostitution. D’après le correspondant londonien de la Volkszeitung de Leipzig, un délégué anglais s’est vanté d’avoir proposé au Parlement d’appliquer un châtiment corporel aux entremetteurs. Voilà un héros « civilisé » de la lutte contre la prostitution telle qu’on la pratique de nos jours ! Une dame canadienne était ravie de la police et de la surveillance exercée par la police féminine sur les femmes « tombées », mais à propos d’une augmentation des salaires elle disait que les ouvrières ne méritaient pas un meilleur paiement. Un pasteur allemand fulmina contre le matérialisme contemporain qui se répand de plus en plus dans le peuple et contribue aux progrès de l’amour libre. Lorsque le délégué autrichien, Hertner, essaya d’aborder les causes sociales de la prostitution, la misère et la pauvreté des familles ouvrières, l’exploitation du travail des enfants, les conditions de logement insupportables, etc., le congrès, par des exclamations hostiles, obligea l’orateur à se taire ! [...] Cela permet de juger quelle dégoûtante hypocrisie bourgeoise règne à ces congrès aristocratiques et bourgeois. Les acrobates de la charité et les policiers pour qui la misère et la pauvreté sont des objets de dérision se rassemblent pour « lutter contre la prostitution », qui est soutenue précisément par l’aristocratie et la bourgeoisie… »[9]

De façon générale, Lénine considérait qu'il fallait chercher à organiser dans le parti y compris les prostituées :

« Partout où c'est possible, nous nous efforcerons d'organiser nos comités à nous , les comités du Parti ouvrier social-démocrate. Y entreront paysans, miséreux, intellectuels, prostituées (un ouvrier nous demandait récemment par lettre pourquoi l'on ne ferait pas un travail d'agitation parmi les prostituées), soldats, instituteurs, ouvriers, - bref tous les social-démocrates, et rien que les social-démocrates . [...] Le prolétariat des villes, le prolétariat industriel formera immanquablement le noyau central de notre parti ouvrier social-démocrate ; mais nous devons attirer vers notre parti, instruire, organiser tous les travailleurs et tous les exploités, comme le dit d'ailleurs notre programme, tous sans exception : artisans, pauvres, mendiants, domestiques, vagabonds, prostituées [...] »[10]

Au cours d'une discussion sur l'intervention parmi les femmes en 1920, Lénine reprochait à Clara Zetkin le fait que trop d'énergie militante soit "gaspillée" pour s'adresser aux prostituées :

« On m’a raconté qu’une camarade très douée de Hambourg édite un journal pour les prostituées, et s’efforce de les gagner à l’idée révolutionnaire. Rosa Luxembourg a agi d’une façon très humaine en défendant dans un article les prostituées, qu’une infraction quelconque contre les instructions policières sur l’exercice de leur triste profession a conduites en prison. Elles sont doublement victimes de la société bourgeoise. D’abord de son maudit régime de propriété, ensuite de sa maudite morale hypocrite. Seule, une brute stupide, peut oublier cela. Mais c’est tout de même quelque chose de différent que de considérer les prostituées – comment dois-je dire – comme une troupe professionnelle spéciale de combat révolutionnaire et d’éditer pour elles un journal corporatif. N’y a-t-il donc vraiment plus en Allemagne d’ouvrières d’industrie à organiser, pour qui éditer un journal, et capables d’être gagnées à vos luttes ? Il s’agit là d’une excroissance maladive. Cela me rappelle fortement cette mode littéraire qui tend à transformer chaque prostituée en une douce Madone. L’idée originale était saine; à savoir la sympathie sociale, la révolte contre l’hypocrisie de la « vertueuse » bourgeoisie. Mais cette idée saine a été bourgeoisement dénaturée. D’ailleurs la question de la prostitution posera pour nous également des problèmes difficiles: retour des prostituées au travail productif, incorporation dans l’économie sociale. C’est à cela qu’il faut travailler. Mais, étant donné l’état actuel de notre économie et toutes nos conditions actuelles, c’est très difficile à réaliser. Vous avez là un morceau de question féminine qui se posera largement devant nous au lendemain de la conquête du pouvoir par le prolétariat et exigera une solution pratique. Cela nous donnera encore beaucoup de travail chez nous. Mais pour en revenir à votre cas particulier, en Allemagne, le Parti ne doit pas permettre à ses membres de pareilles bêtises. Elles créent de la confusion et dispersent les forces. Vous-même, qu’avez-vous fait contre cela ? »[11]

2.7 Débats actuels[modifier | modifier le wikicode]

En Suède, le "Sex Purchase Act" de 1999 condamne l'achat (les client-e-s de la prositution), mais pas la vente (les prostitué-e-s). Ce modèle s'est répandu en Norvège, en Islande...

En France, le mouvement féministe bourgeois est majoritairement abolitionniste, et donc hostile au Syndicat des travailleur-se-s du sexe (STRASS).

En Angleterre, des « sex-workers » ont formé un collectif[12]. Il existe un débat dans Left Unity, entre des militant-e-s favorables au modèle suédois[13], et d'autres contre[14].

3 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Trotski, La Révolution trahie - Thermidor au foyer, 1936
  2. Voir aussi : Engels, Principes du communisme, 1847
  3. Jacques Rougerie: Paris Libre 1871 (Paris: Editions de Seuil, 1971); La Commune et les Communards (Paris: Editions Gallimard 2018) (Rougerie); and La commune de 1871, “Que sais-je ?,” no. 581 (Paris: PUF, 2019).
  4. Dan La Botz, Marx’s Commune: An Appreciation and a Critique, November 2021
  5. Eleanor Marx, La question féminine, 1886
  6. Livre remanié en 1891 sous le titre La femme et le socialisme
  7. Karl Kautsky, Le programme socialiste, 1892
  8. Lénine, Capitalisme et travail féminin
  9. Lénine, Le cinquième congrès international de lutte contre la prostitution, Rabotchaïa Pravda, 13/26 Juillet 1913
  10. Lénine, L'attitude de la social-démocratie à l'égard du mouvement paysan, 14 septembre 1905
  11. Clara Zetkin, Souvenirs sur Lénine
  12. http://prostitutescollective.net/
  13. http://leftunity.org/in-defence-of-the-nordic-sex-purchase-act/
  14. http://leftunity.org/the-nordic-model-is-indefensible/