Impérialisme en Côte d'Ivoire

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Comprendre l'histoire de l'impérialisme en Côte d'Ivoire, notamment à travers le colonialisme et le néocolonialisme, est essentiel pour comprendre la crise ivoirienne actuelle.

Colonisation portuguaise et française
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À l’époque moderne, les premiers Européens à se rendre dans la région sont les Portugais qui lui donnent son nom actuel. Le commerce de l’ivoire, des fusils et la traite des noirs se mettent vite en place. Les Français arrivent en 1637 et s’installent surtout sur la côte. Ce n'est que durant l'ère impérialiste que tout le pays, comme tant d'autres, est mis en coupe réglée : la Côte d'Ivoire devient colonie en 1893. Ils doivent cependant faire face à des résistances locales importantes comme celle du marabout Samory Touré. Bien qu’inclus dans l’Afrique occidentale française (AOF), les populations de la Côte d’Ivoire sont alors considérées comme de simples sujets sans droits de représentation contrairement aux habitantEs des Quatre communes du Sénégal qui disposent de la citoyenneté française. Ce n’est qu’à partir de 1946 que les IvoirienNEs obtiennent la citoyenneté française et, en 1958, la loi cadre permet le transfert de nombreux pouvoirs de la métropole vers les autorités locales.

Indépendance...
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Dans le grand mouvement décolonisateur qui d'après la Seconde Guerre mondiale, la figure ivoirienne a été Félix Houphouët-Boigny. Issu d’une famille de haut rang propriétaire de riches plantations, ce dernier commence sa carrière politique en 1944 en fondant le Syndicat agricole africain (SAA). Le SAA se pose comme champion de la lutte anti-coloniale et antiraciste, revendique la fin du travail forcé et la hausse des salaires. En près d'un an il regroupe 20 000 planteurs mécontents, et son influence s'accroît rapidement. Très tôt, Houphouët cherche au maximum la conciliation avec les autorités, comme témoignent bien ses paroles elles-mêmes : "Devant la détresse des cultivateurs de l’Indénié, je me suis permis, avec l’accord du Gouverneur d’alors, Bourgine, d’inviter mes compatriotes à faire la grève de la vente du cacao."[1]

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France lance des élections dans ses colonies pour la première assemblée constituante, avec un représentant des colons, et un représentant des colonisés. Houphouët se présente et est largement élu. Il représente par la suite la Côte d’Ivoire à l’Assemblée nationale française de 1946 à 1959, se consacrant essentiellement à promouvoir docilement les intérêts français au sein de l’AOF (Union française, Communauté...). Il est également ministre de la République française à de nombreuses reprises jusqu'en 1961.

En 1946, les staliniens[2] l'aident à créer le Parti démocratique de Côte d'ivoire (PDCI), et son regroupement qui recouvre l’ensemble de l’AOF[3], le Rassemblement démocratique africain (RDA). Le RDA est alors affilié au PCF, ce qui en pleine guerre froide pose des problèmes au niveau des autorités coloniales. Le 8 mai 1950, le RDA quitte alors le PCF pour l'USDR, notamment sous l'influence de Mitterrand. Cette posture "raisonnable" sera alors un tremplin pour lui dans les institutions bourgeoises.

Réticent à la fin de l'Empire français, De Gaulle lance en 1958 un référendum pour une "Communauté franco-africaine", accordant plus d'autonomie aux États africains pour éviter l'indépendance. Houphouët mène campagne en ce sens, et entraîne avec lui tout les pays du RDA, à l'exception de la Guinée d'Ahmed Sékou Touré (celui-ci sera écarté du RDA sous l'influence de la France). Houphouët devient alors Premier ministre de la Côte d’Ivoire en avril 1959. Suite à la pression de la Fédération du Mali, le mouvement de décolonisation touche aussi la Côte d'Ivoire. Houphouët proclame à contre-coeur l'indépendance le 7 août 1960 et devient Président.

...sous domination impérialiste
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Félix Houphouët-Boigny va rapidement s'assurer un pouvoir sans partage, et jusqu'en 1990, sa dictature servira fidèlement la France.

Le parti unique
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Dès 1957, le PDCI avait neutralisé tous les partis d'opposition. Une des plus fortes oppositions à son pouvoir est venu des nationalistes radicaux à l'intérieur de son parti, avec Jean-Baptiste Mockey comme chef de file. Houphouët l'écarte en 1959, c'est le "complot du chat noir". Par sa constitution de 1960, il s'assure de rendre le parlement fantoche, et transforme son parti en courroi de transmission entre les masses et l'État. En 1963, Houphouët utilisera encore des procédés staliniens pour incarcérer des "comploteurs communistes", notamment dans la jeunesse, et montera une milice à son service.

"Miracle ivoirien"
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Les 30 premières années de son « règne » sont souvent présentées comme une période faste, celle du « miracle ivoirien ». Le système colonial a irrémédiablement transformé les divers espaces autochtones de commerce et d’échanges et réorienté l’économie vers l’exportation de produits agricoles non transformés et l’importation de produits européens manufacturés. Dès le début des années 1960, le pays axe sa politique de développement sur l’expansion des exportations de matières premières et la substitution aux importations reposant sur quelques industries. Tout en accordant à l’État un rôle central, le pouvoir favorise également très activement les investissements privés et les capitaux étrangers. Le pays affiche alors des taux de croissance record, avec une industrialisation et une prolétarisation assez forte.

D’environ 4 millions en 1960, la population atteint les 12 millions d’habitants en 1980. Cette augmentation est due à l’amélioration des conditions de vie mais aussi à l’immigration, encouragée par Houphouët-Boigny. De nombreux Maliens, Sénégalais, et surtout Burkinabés s’installent dans le pays en quête d’une vie meilleure, fournissant une main-d’œuvre bon marché à l’économie rentière de plantation et contribuant à la production de richesses dont ils ne seront par contre que très peu à bénéficier largement. Les fruits de ce travail sont en effet entièrement détournés à la fois par la bourgeoisie comprador et par ses alliés internationaux aux premiers rangs desquels la France dont les entreprises forment l’essentiel du tissu économique et rapatrient 90 % de leurs bénéfices. Pour cette raison, certains parleront de « croissance sans développement ».

Nicolas Sarkozy avec F.Houphouët-Boigny
Dictature débonnaire et francophile
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Ces résultats économiques apaisent les tensions et la contestation de son régime autoritaire. En 1967, il libère les prisonniers politiques. Houphouët "laissera alors parler" les opposants, qui durant une décennie n'eurent que peu d'audiance. Il sera "réélu" chaque année sans adversaire.

Les Forces Armées Nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) sont réduites au strict minimum, et la "sécurité" -la défense des intérêts français- est directement remise à l'armée française, qui ont un camp permanent à Port-Bouët, toujours en place. Celle-ci interviendra à plusieurs reprises (1959, 1969, 1970) pour mater des velléités sécessionistes.

Montée des tensions[modifier]

Chute rapide d'une économie dominée
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Peu diversifiée, l’économie souffre structurellement d’une forte dépendance extérieure et de déséquilibres importants entre ses différents secteurs d’activités. Et lorsque les termes de l’échange lui sont défavorables, elle vacille et s’effondre. La chute des cours des produits agricoles de base survenue à la fin des années 1970 a ainsi provoqué une dépression d’autant plus grave qu’à la faveur du « boum du café et du cacao », la Côte d’Ivoire s’était engagée dans une politique monétaire et fiscale expansionniste appuyée sur les revenus des exportations en forte croissance.

Houphouët tente vainement de s'opposer à la pression du capitalisme mondial. Il tentera d'abord de distribuer de fortes aides d'État, puis de négocier des cours des matières premières plus favorables, mais les impérialistes occidentaux le lâchent, étant eux-mêmes menacés par une baisse de leur taux de profit. L’augmentation de l’endettement extérieur a alors été immédiate autant que la montée de l’inflation. Confronté à une croissance économique fortement ralentie et à la méfiance des créanciers, le pays est contraint à des politiques d'austérité. En 1990 un premier Programme d’ajustement structurel (PAS) est lancé, dont Alassane Ouattara, alors premier ministre, a la charge. La population vivant en deçà du seuil de pauvreté passe de 11 % en 1985 à 31 % en 1993.[4]

Gbagbo en leader d'opposition
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Comme Houphouët, Laurent Koudou Gbagbo fait d'abord parler de lui comme syndicaliste. Il est actif dans le milieu étudiant, et sera emprisonné de 1971 à 1973 pour "subversion". En 1982 il fonde dans la clandestinité avec sa femme le Front Populaire Ivoirien (FPI), et s'exile en France. Il cherche à s'y créer un réseau de relations, notamment avec le Parti Socialiste, puisque son parti se veut "social-démocrate". Mais celui-ci essaie de l'ignorer, préférant garder de bonnes relations avec Houphouët.

En 1988, Gbagbo retourne en Côte d'Ivoire, "grâcié" par le dictateur. Le multipartisme est finalement concédé et en 1990, Gbagbo est le premier opposant à Houphouët à l'élection présidentielle. En 1991 et 1992, suite un regain des manifestations étudiantes, Alassane Dramane Ouattara fait arrêter le leader du PFI pour 6 mois.

Scandales du régime corrompu[modifier]

De nombreuses affaires éclatent à propos de l'accaparation des richesses du pays par le dictateur, et ce d'autant plus que la crise s'approfondit : affaires de détournements de fond avec la surfacturation de 3 sucreries, l'argent de la LOGEMAD, une grande porosité entre fonds publics et personnels... sans compter de très nombreuses constructions pharaoniques controversées, qui font le bonheur des entreprises françaises.

Parmi quelques célèbres réparties du vieux dictateur :

« Les gens s’étonnent que j’aime l’or. C’est parce que je suis né dedans »[5]
« Quel est l’homme sérieux dans le monde qui ne place pas une partie de ses biens en Suisse ? »[6]

Évolutions récentes[modifier]

"France, USA, hors de Côte d'Ivoire !" Manifestation d'ivoiriens en occident.
Quand le vieil Houphouët-Boigny meurt en 1994, le pays en est à son quatrième PAS qui n’a pas plus de succès que les précédents. La crise a profondément érodé les bases socio-économiques du régime. Une période d’instabilité politique s’ouvre alors, ponctuée par un coup d’État (1999) et une rébellion (2002) militaires laissant un pays déchiré et exsangue, et qui a abouti à la crise actuelle.

Les États-Unis dans la partie
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Fruit d'un long processus depuis que la sphère d'influence étatsunienne a surpassé celle du Vieux continent, la superpuissance a progressivement disputé les marchés africains, traditionnellement chasse-gardées de leurs ex-colonisateurs. Outtara est un des hommes qui a fait le jeu des E.U. dans son pays. Bien qu'ayant à la base des liens forts avec la France (marié par Nicolas Sarkozy à une bourgeoise française gérant entre autre le patrimoine de Houphouët-Boigny), il su développer des relations avec les États-Unis. Il a étudié en Amérique et a exercé de nombreuses fonctions (économiste au FMI à Wahsington, à la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest...) qui lui on donné l'image d'un homme sérieux aux yeux des bourgeoisies du monde. Malgré ses signes d'allégeance à la Françafrique, Outtara aura néanmoins laisser entrer le capital étatsunien avec la compagnie Cargill, convoitant le cacao ivoirien.

L'Ivoirité et les querelles de prétendants[modifier]

Les prétendants à la mangeoire d'État sont nombreux et entrent très vite dans des conflits claniques. Outtara sera d'abord écarté par Henri Konan Bédié, qui était le protégé de feu Houphouët. Face au rival que constitue Ouattara, et qui vient du Nord musulman du pays, Bédié décide de s'appuyer sur un concept nauséabond et raciste d'Ivoirité : il lance une réforme du code électoral en décembre 1994, demandant aux candidats de prouver leur ascendance ivoirienne.

Gbagbo et Outtara, écartés de l'élection, appellent au boycott de l'élection consécutive de 1995, et s'unissent dans un "Front républicain". Leur projet commun est d'en finir avec le système houphouëtiste. Bédié, seul, est élu à 96,44 %. Gbagbo se renforce néanmoins dans ses bastions lors de l'élection législative de 1996, et Outtara dans le Nord du pays.

Coup d'État de 1999[modifier]

Robert Guéi, général de l'armée (FANCI) renverse le gouvernement par un coup d'État en 1999, ce qui constituera la première intervention de l'armée sur la scène politique. Il s'adresse aux partis d'opposition (RDC de Ouattara, FPI de Gbagbo principalement) pour former un gouvernement d'union nationale excluant l'ancien parti unique PDCI. D'abord majoritaire, le RDC de Outtara quitte le gouvernement suite au refus de revenir sur la condition d'ivoirité, qui est au contraire reprise par Gbagbo. Les partisans de Ouattara sont victimes de dures violences et de meurtres. En 2000, Laurent Gbgabo est élu Président.

Rébellion militaire de 2002
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La rébellion militaire de 2002 plonge le pays dans une crise dont il n'est toujours pas sorti.

Articles connexes[modifier]

Crise ivoirienne depuis 2002

Notes et sources[modifier]

  1. Cri d'indignation de Felix Houphouët-Boigny, Site officiel du PDCI-RDA.
  2. Le PCF est alors le seul parti métropolitain présent en Côte d'Ivoire.
  3. À l’exception de la Mauritanie.
  4. Selon la Banque Mondiale.
  5. Bernard Nantet. Félix Houphouët-Boigny. In Encyclopédie Universalis. Edition 1999.
  6. Biens mal acquis… profitent trop souvent. Document de travail d’Antoine Dulin sous la direction de Jean Merckaert (CCFD), mars 2007. p.48-49

Comprendre la crise ivoirienne, Tout est à nous n°87 (journal du NPA), 27 janvier 2011
Une guerre civile… néocoloniale et française, Jean Nanga pour Inprecor, 2005
Houphouët-Boigny: l'homme de la France en Afrique, Pierre Nandjui, 1995