Conférence de Kiental

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L'hôtel de Bären Kiental, où s'est déroulé la réunion.
La Conférence de Kiental (ou Kienthal) est une réunion socialiste qui s'est tenue en Suisse du 24 au 30 avril 1916, dans la village de Kiental (dans l'Oberland bernois), à l'hôtel Bären. Cette conférence aux idées internationalistes fait suite à celle de Zimmerwald, qui s'était déroulée l'année précédente, également dans le canton de Berne.

Sujet des discussions[modifier]

Les participants dénonceront la Première Guerre mondiale qui dure et détruit de façon aveugle et absurde les peuples, pour satisfaire les capitalistes. Le manifeste de la Conférence déclare :

« Cette guerre, peuples travailleurs, n'est pas la vôtre, mais vous en êtes les victimes »[1].

Les coupables de ce désastre humain sont la domination impérialiste des gouvernements bourgeois (qu'ils soient républicains ou monarchistes). De plus, les délégués de la Conférence citent les journaux « alimentés aux fonds secrets », les industriels « fournisseurs aux armées et profiteurs de guerre », les bourgeois et les réactionnaires « qui se réjouissent de voir tomber sur les champs de bataille ceux qui menaçaient hier leurs privilèges usurpés, c'est-à-dire les socialistes, et les ouvriers syndicalistes et les paysans », la diplomatie secrète et l’Église.

Objectifs fixés[modifier]

Les réunions fraternelles et internationales de Zimmerwald et de Kiental appellent à la paix immédiate et sans indemnités ni annexions, également appelée « Paix blanche ». De plus, une minorité emmenée par Lénine défend le programme de transformer la « guerre impérialiste » en « guerre révolutionnaire » et fonder une nouvelle Internationale.

Les socialistes appellent aussi à faire pression sur les gouvernements au moyen de grèves et de manifestations européennes. Ainsi, ils espèrent affaiblir les belligérants et faire arrêter la guerre. Les derniers mots du manifeste soulignent cette idée :

« À bas la guerre ! Vive la paix ! La paix immédiate et sans annexions ! Vive le socialisme international ! »[1].

Participants[modifier]

44 délégués socialistes participent à la Conférence. Ils viennent de nombreux pays européens, y compris des belligérants : la Suisse, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, la Serbie, la Russie et le Portugal sont représentés.

Suisse[modifier]

Les sept représentants suisses sont : Robert Grimm, Ernst Nobs, Fritz Platten, Ernest Paul Graber, Hermann Greulich, Charles Naine et Agnès Robmann.

Russie[modifier]

Côté russe, la scission du POSDR est formelle depuis 1912. Les bolchéviks se regroupent autour du Comité central, tandis que les menchéviks sont autour du Comité d'organisation.

Les bolchéviks se sont opposés à l'Union sacrée. Des futurs acteurs de la révolution d'Octobre sont présents, comme les célèbres Lénine et Zinoviev.

La majorité des menchéviks sont « défensistes » (sur une ligne de « défense de la patrie »). Martov, qui est un des leaders menchéviks et qui fait partie de la minorité dite « internationaliste », est présent à Kiental. Lénine lui reprochera de se présenter comme délégué menchéviks en masquant cette division.[2]

France[modifier]

Les deux représentants français présents à Zimmerwald (Alphonse Merrheim, dirigeant de l’Union des Métaux CGT, et Albert Bourderon, de la Fédération du Tonneau CGT et membre du Parti socialiste) ne parviennent pas à obtenir leur passeport. De plus l’institutrice Marie Mayoux est interdite de déplacement par le préfet de Charente. Dans ces circonstances,  Pierre Brizon (député socialiste de l’Allier), Alexandre Blanc et Jean-Pierre Raffin-Dugens vont être amenés à représenter les minoritaires français. Toutefois, ils n'ont qu'un statut d'observateur non mandatés. De retour en France, Brizon, Raffin-Dugens et Blanc s’emploieront à le faire connaître, ce qui leur vaudra le surnom de « Pèlerins de Kienthal ».

En janvier, Trotsky écrit une contribution au nom des internationalistes de Paris pour la conférence de Kienthal.[3]

Documents issus de la conférence[modifier]

Malgré des différences de points de vue politiques entre Lénine et Pierre Brizon, c’est à celui-ci que la Conférence confia la tâche de rédiger le Manifeste de la Conférence, accepté à l'unanimité des participants[1].

Le Manifeste de Kienthal

Le Bureau Socialiste International et la guerre

Le prolétariat et la paix

Suites[modifier]

Une troisième conférence aura lieu à Stockholm en 1917.

Références[modifier]

Bernard Degen, « Conférence de Kiental » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 16 août 2007.