Victor Considerant

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Victor Prosper Considerant (sans accent aigu[1]), né le à Salins-les-Bains (Jura) et mort le le 27 décembre 1893 (à 85 ans) à Paris 7e[2], est un philosophe et économiste polytechnicien[3] français, adepte du fouriérisme.

1 Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Gravure de Considerant par Carey.

1.1 Jeunesse et études[modifier | modifier le wikicode]

Le père de Victor Prosper Considerant, Jean-Baptiste, est professeur de rhétorique au collège de Salins. Victor est le cousin de l'avocat et historien belge Nestor Considérant, journaliste au quotidien L'Indépendance belge où il a couvert la politique intérieure belge.

Victor est l'élève de son père au collège de Salins. Bachelier à 16 ans, il part préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique au lycée de Besançon en 1824[3]. Il y initié au fouriérisme par sa correspondante Clarisse Vigoureux, qui y avait été elle-même initiée par Just Muiron.

Il entre à Polytechnique en 1826, il fait à Paris la connaissance de Fourier. Ensuite, pour parfaire sa formation militaire, il est élève de l’École d'application de l'artillerie et du génie de Metz de 1828 à 1832.

À Metz, Victor Considerant propage les idées du maître parmi ses camarades officiers[3] après avoir publié un article sur Fourier dans le Mercure de France en 1830, et, dans la Revue des Deux Mondes en , une nouvelle, Un pressentiment, inspirée par la mort de la fille de Clarisse Vigoureux (1789-1865), née Clarisse Gauthier[4] (et sœur de Joseph, beau-père de François Coignet), Claire (1809-1828), son amour de jeunesse. Il participe en 1832 à la fondation du journal Le Phalanstère qu'il dirige avec Jules Lechevalier et à la tentative de colonie sociétaire de Vesgre.

Il quitte l'armée en 1833 et collabore à des journaux, notamment La Réforme industrielle[3], nouveau nom du Phalanstère et dont la parution cesse en 1834. La même année, il publie Destinée sociale et, en 1836, fonde un nouveau journal, La Phalange, puis la Librairie phalanstérienne[3]. Il a une brève liaison avec Désirée Véret.[5]

1.2 Propagandiste de l'école sociétaire[modifier | modifier le wikicode]

En 1837, à la mort de Fourier, c'est lui qui prend la tête de l’école sociétaire[3] et, en 1838, il épouse Julie (1812-1880), seconde fille de Clarisse Vigoureux, fouriériste convaincue comme sa mère, et dont la dot permettra à son mari d'entrer en politique et de financer ses campagnes électorales ; Julie et Victor n'ont pas eu d'enfants.

Grâce à cet effort de propagande des groupes fouriéristes se constituent en province. On a pu dénombrer, avant 1846, au moins 400 titres de brochures ou publications diverses d’inspiration fouriériste. Les ouvriers, toutefois, sont en général peu touchés par l’école fouriériste. Les adeptes se recrutent parmi les petits industriels provinciaux et surtout parmi les intellectuels : médecins, ingénieurs, avocats, architectes. La Démocratie pacifique est très lue aussi par les officiers et les sous-officiers.

Les brochures de la Petite bibliothèque phalanstérienne mettent à la portée de tous les grands thèmes de la doctrine : L’anarchie industrielle, L’organisation du travail, Le livret, c’est le servage. Considerant publie de 1835 à 1844 les trois tomes de son grand ouvrage intitulé Destinée sociale, puis en 1847 Principes du socialisme. Manifeste de la démocratie au vingtième siècle qui reprend la déclaration de La Démocratie pacifique. Son Exposition abrégée du système phalanstérien de Fourier connaît un très grand succès : sept éditions ou retirages entre 1845 et 1848.

Considerant se contente pour l’essentiel de systématiser la doctrine de Fourier. Il évoque avec enthousiasme sa « Commune sociétaire » et après l’avoir décrite il s’écrie : « Cela est trop beau pour n’être pas la vérité elle-même, la destinée de l’homme, la volonté de Dieu sur la terre ! » Comme son maître, Considerant estime que « la puissance d’envahissement » de la doctrine sociétaire ne peut que lui venir « d’un essai sur une très petite échelle, sur un territoire d’une demi-lieue carrée de terrain ». En revanche il s’est attaché très rapidement à débarrasser le fouriérisme d’un certain nombre de vues cosmogoniques et a consacré une grande partie de son temps à l’organisation d’un mouvement fouriériste. C’est ce qui va en 1849 le conduire à une distinction entre « l’école » et « le parti ».

« A l’école la science, la direction du mouvement, la réalisation pratique de la théorie sériaire. Au parti l’exaltation des principes généraux de paix, de liberté, de justice, d’organisation du travail et d’unité sociale, l’application de ces principes aux choses de la politique intérieure et de la politique extérieure et aux questions de transition. Le parti puise dans le monde et l’école dans le monde. »

Mais plus que Fourier, Considerant insiste sur l’antagonisme des classes qui s’accentue avec la prolétarisation des classes moyennes.

« La société, écrit-il, tend à se diviser de plus en plus distinctement en deux grandes classes : un petit nombre possédant tout ou presque tout dans le domaine de la propriété, du commerce et de l’industrie et le grand nombre ne possédant rien, vivant dans une dépendance collective, absolue des détenteurs du capital et des instruments du travail, obligé de louer pour un salaire précaire et toujours décroissant ses bras, ses talents et ses forces aux seigneurs féodaux de la société moderne. »

1.3 Engagement politique[modifier | modifier le wikicode]

Toutefois, Considerant ne croit pas à l’action de classe du prolétariat, qu’il s’agisse des coalitions ou de la révolution : d’où, tout au moins au début, une certaine indifférence à la nature et à la forme du pouvoir politique. Le premier tome de sa Destinée sociale porte une dédicace à Louis-Philippe « comme étant à titre de chef de gouvernement, de premier propriétaire de France, le plus intéressé à l’ordre, à la prospérité publique et particulière, au bonheur des individus et des nations ».

Considerant se méfie du suffrage universel. « On ne doit investir les citoyens de la puissance du droit commun relatif au gouvernement de la société qu’au fur et à mesure qu’ils acquièrent compétence et capacité suffisantes pour manier sans péril un droit aussi élevé et aussi redoutable. » La démocratie ne peut se limiter à des institutions politiques qui resteraient purement formelles. « Le mot de démocratie dans le sens direct de son étymologie... pose... la question du temps, l’émancipation des classes laborieuses. » La Démocratie pacifique ayant été poursuivie vers la fin de la Monarchie de Juillet, Considerant se rapproche des républicains.

Battu aux élections législatives en 1839 à Montbéliard et à Colmar, il est élu, en 1843, conseiller général de la Seine, et, la même année il fonde La Démocratie pacifique, d'inspiration monarchique[3] qui va connaître un grand succès.

En 1846, il est l'inventeur en droit constitutionnel de la représentation proportionnelle[3].

Au moment de la Révolution de 1848 et de la Deuxième république, il est élu député de Montargis. Il siège à l'extrême-gauche et précise la notion de droit au travail qui devient une des idées fortes des socialistes français de 1848. En , il est le seul député à proposer le droit de vote pour les femmes[3].

Il est élu député de Paris en 1849.

Il participe à la journée du 13 juin 1849 contre Louis-Napoléon Bonaparte qui, à ses yeux, avait violé la Constitution en soutenant le pape en lutte avec la République romaine.

1.4 Expérience au Texas[modifier | modifier le wikicode]

Décrété d'arrestation, il part en exil en Belgique, puis aux États-Unis, où à l'instigation d’Albert Brisbane, il crée au Texas le phalanstère de La Réunion avec l'appui financier de Jean-Baptiste André Godin. L'expérience est un échec, notamment à la suite de l'insurrection qui conduit à la guerre de Sécession[3], et il se retire à San Antonio où sa belle-mère Clarisse Vigoureux meurt en 1865.

1.5 Fin de vie[modifier | modifier le wikicode]

Revenu en France en 1869 à la faveur d'une amnistie, il adhère à la Première Internationale et soutient la Commune de Paris en 1871[3].

Fichier:Victor Considerant 1.jpg
Buste de Victor Considerant à Salins-les-Bains

Il finit sa vie au Quartier latin, refusant obstinément de reprendre toute activité politique. Ses obsèques réunissent de nombreux socialistes, en particulier Jean Jaurès. Il est inhumé au columbarium du Père-Lachaise[6].

Il fut également franc-maçon.[7]

2 Hommages[modifier | modifier le wikicode]

En 1902, son buste, par Marguerite Syamour, est inauguré dans sa ville natale.

L’année 2008 a été choisie par le ministère français de la Culture comme étant « l’année Victor Considerant », afin de célébrer le bicentenaire de sa naissance. De nombreuses animations ont notamment été présentées dans sa ville natale.

3 Critiques et controverses[modifier | modifier le wikicode]

3.1 Au sujet de Victor Considerant[modifier | modifier le wikicode]

La doctrine de Victor Considerant a été critiquée par l'un de ses contemporains, l'économiste libéral Frédéric Bastiat, dans une brochure intitulée Propriété et spoliation où il s'attaque en particulier à ce qu'il juge être son erreur, le concept de rente foncière sur laquelle Considerant s'appuie pour justifier le droit au travail. Erreur que, selon Bastiat, l'on trouve chez de nombreux économistes (John Ramsay McCulloch, David Ricardo, George Poulett Scrope, Nassau William Senior...) et qui était réfutée également par Henry Charles Carey. Bastiat prend également Victor Considerant à partie dans son pamphlet intitulé La Loi.

3.2 Au sujet du Manifeste communiste[modifier | modifier le wikicode]

L'anarchiste W. Tcherkessof, dans son ouvrage Pages of Socialist History en 1902, a accusé Karl Marx d'avoir, pour la rédaction de son manifeste, fortement plagié l'ouvrage de Victor Considerant, Principe du socialisme ; Manifeste de la démocratie au 19e siècle, publié en 1843.

Le conspirationniste Antony Cyril Sutton a repris cette accusation dans son livre Le Complot de la réserve fédérale.

4 Publications (par ordre chronologique)[modifier | modifier le wikicode]

5 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

6 Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. « … il n’y a pas d'accent aigu sur mon e. J'ai lutté vainement plus de soixante ans depuis que mon nom s'imprime pour l'en défendre ! » Voir Louis Bertrand, Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, Bruxelles, éd. Dechenne, t. 1, p. 28, 1906.
  2. Guillaume de Tournemire, « Victor CONSIDERANT », sur le site de généalogie Geneanet (consulté le 12 mars 2016).
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 et 3,10 Bibliothèque de l'École polytechnique, « Considerant Victor X1826, philosophe (1808-1893) », sur polytechnique.edu (consulté le 16 janvier 2021)
  4. Guillaume de Tournemire, « Clarisse GAUTHIER », sur le site de généalogie Geneanet (consulté le 12 mars 2016).
  5. Jean-Claude Dubos, « Riot-Sarcey Michèle : La Démocratie à l’épreuve des femmes. Trois figures critiques du pouvoir, 1830-1848 », Cahiers Charles Fourier, no 6, décembre 1995.
  6. Case 913, reprise.
  7. « CONSIDERANT Victor [CONSIDERANT Prosper, Victor] - Maitron », sur maitron.fr (consulté le 3 janvier 2021)
  8. Archives nationales.

6.1 Liens externes[modifier | modifier le wikicode]