Hôtel particulier de la Kschessinska

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Kschessinska.jpg
L'hôtel particulier de la Kschessinska (особняк Кшесинской) est un hôtel particulier Art nouveau situé 2 rue Kouïbychev (autrefois rue Bolchaïa Dvorianskaïa) à Saint-Pétersbourg, non loin de la Néva et de la mosquée de Saint-Pétersbourg.

Histoire[modifier]

La villa[modifier]

Cette imposante villa a été construite en 1904-1906 par Alexandre von Hohen pour la ballerine Mathilde Kschessinska, maîtresse du grand-duc André Vladimirovitch après avoir été celle du futur empereur Nicolas II avant son mariage. L'édifice de style Art Nouveau (appelé Modern Style en russe) se distingue par son asymétrie et par sa composition sur plusieurs niveaux. Les fenêtres ont des ouvertures de dimensions différentes et les façades de la maison sont de granite gris et de granite rouge, décorées de briques et de frises de majoliques et de métal. L'intérieur est constitué d'enfilades de salons et de pièces avec des jardins d'hiver.

La saisie en 1917[modifier]

Après la Révolution de Février, ce sont de nombreuses bâtisses de riches qui furent réquisitionnées par les masses :

« Aussitôt après l'insurrection de Février sortirent de l'illégalité des partis, naquirent des syndicats, se tinrent d'incessants meetings, tous les quartiers entrent leurs soviets - tous avaient besoin de locaux. Les organisations s'emparaient des villas inhabitées des ministres du tsar ou des palais désertés de ses ballerines. Les victimes se plaignaient ou bien les pouvoirs intervenaient de leur propre initiative. Mais comme les ravisseurs possédaient en réalité le pouvoir, et comme le pouvoir officiel n'était qu'un fantôme, les procureurs devaient finalement s'adresser au même Comité exécutif, avec requête de rétablir dans ses droits piétinés telle ballerine dont les fonctions peu compliquées étaient hautement payées par les membres de la dynastie sur les fonds du peuple. »[1]

En ce qui concerne l'hôtel particulier de la Kschessinska, ce fut d'abord la division de réserve des autos blindées qui l'occupa, parce qu'elle avait un grand garage. La célèbre ballerine s'était déjà enfuie par la Finlande.

Puis en mars la division céda volontiers au comité des bolcheviks de Petrograd l'étage supérieur de l'édifice. S'y réuniront alors à la fois le Comité central, le Comité de Petrograd et l'Organisation militaire.

Dès son arrivée à Petrograd, Lénine explique plus en détail ses Thèses d'avril aux bolchéviks venus l'écouter :

« Au palais de Kszesinska, quartier général bolchevik dans le nid drapé de satin de la ballerine de la Cour - cette juxtaposition devait amuser l'ironie de Lénine toujours en éveil - recommencèrent les compliments. C'en était trop. Lénine endurait les averses d'éloges à la façon dont un piéton impatient supporte la pluie sous une porte cochère. Il sentait que l'on se réjouissait sincèrement de son arrivée, mais s'irritait de cette joie grandiloquente.  »[2]

Soukhanov, invité à un de ces premiers discours, témoigne du choc que cela était pour lui mais aussi pour les vieux bolchéviks :

« Je n'oublierai jamais ce discours tonitruant, qui ébranla et stupéfia non seulement moi, hérétique survenu là par hasard, mais aussi tous les orthodoxes. J'affirme que personne n'attendait rien de pareil. Il semblait que, de leurs tanières, se fussent levés tous les éléments et que l'esprit de la destruction universelle, ne connaissant ni limites, ni doutes, ni difficultés humaines, ni calculs humains, planait dans le salon de Kszesinska sur les têtes des disciples ensorcelés. »

Lénine prononce des discours du balcon d'avril à juillet 1917 et l'on installe les services d'expédition de la Pravda et la rédaction de la Pravda du soldat.

L'occupation du palais passa d'abord à peu près inaperçue. L'indignation contre les ravisseurs s'accroissait au flan et à mesure qu'augmentait l'influence des bolcheviks.

« Les racontars des journaux affirmant que Lénine se serait logé dans le boudoir de la ballerine et que tout le mobilier de l'hôtel aurait été saccagé ou volé, étaient tout simplement des mensonges. Lénine vivait dans le modeste petit logement de sa sœur, et, quant au mobilier de la ballerine, le commandant des locaux l'avait fait ranger et mettre sous scellés. (...) Ce thème alimentait les éditoriaux et les feuilletons. Des ouvriers et soldats crottés parmi les velours, les soies et les tapisseries ! (...) La ballerine de la dynastie devint le symbole d'une culture foulée aux pieds par les bottes à gros clous de la barbarie. Cette apothéose donna des ailes à la propriétaire, qui porta plainte en justice, et le tribunal décida que les bolcheviks seraient expulsés des lieux. »[3]

Mais l'application de cette décision n'allait pas de soi dans les premiers mois de la révolution. « Les autos blindées qui veillaient dans la cour avaient un air suffisamment imposant », note dans ses souvenirs Zalejsky, membre du Comité de Petrograd à l'époque. Le 25 mai, le bureau du Comité exécutif du Soviet (aux mains des menchéviks et SR) fit une déclaration platonique : « les intérêts de la révolution exigeaient le respect des décisions des tribunaux ».

Journées de juillet et expulsion[modifier]

C'est du palais Kschessinska que furent organisées les manifestations des journées des 3-4 juillet. C'est là notamment que l'Organisation militaire du parti bolchévik coordonne les régiments de soldats et les gardes rouges proches des bolchéviks. Les mots d'ordre de ces journées quasi-insurrectionnelles étaient : « A bas les dix ministres bourgeois ! Tout le pouvoir au soviet ! Arrêter l'offensive ! Confiscation des imprimeries des journaux bourgeois ! La nationalisation de la terre ! Contrôle sur la production ! »

Non seulement de nombreux soldats et ouvriers sont armés, ainsi qu'un grand nombre de marins de Kronstadt venus exprès, mais ces derniers ont aussi occupé la forteresse Pierre-et-Paul, seulement séparée de l'hôtel par un ruban d'eau. Comme le résume Trotsky, les deux foyers de la manifestation étaient : « l'hôtel privé de Kschessinska et le palais de Tauride ».[4]

Suite à la dure répression qui s'ensuit, les troupes du gouvernement provisoire investissent la maison et dispersent les bolchéviks. Au su et au vu du consentement des ministres socialistes, le prince Lvov, dès le 4 juillet, avait donné au général Polovtsev l'ordre écrit « d'arrêter les bolcheviks qui occupaient la maison Kczesinska, de faire évacuer cette maison et d'y mettre des troupes. »

Le matin du 7 juillet, à 3h du matin, des troupes fidèles du gouvernement se groupent vers l'hôtel de Kschessinska et la forteresse Pierre-et-Paul : le bataillon de réserve du régiment de Petrograd, un effectif de mitrailleurs, une compagnie du régiment Semenovsky, une compagnie du régiment Preobrajensky, l'effectif des élèves officiers du régiment de Volhynie, deux pièces de canon et un détachement de huit autos blindées. A 7h, l'adjoint au commandant des troupes de l'arrondissement, Kouzmine, socialiste-révolutionnaire, exigea l'évacuation de l'hôtel particulier. Ne voulant pas rendre les armes, les matelots de Cronstadt, qui n'étaient plus guère dans le palais qu'au nombre de 120, se mirent à gagner au pas de course la forteresse Pierre-et-Paul. Lorsque les troupes du gouvernement occupèrent l'hôtel, elles n'y trouvèrent personne, exception faite de quelques employés... Restait la question de la forteresse. Du quartier de Vyborg, comme on s'en souvient, s'étaient portés sous les remparts de jeunes gardes rouges pour prêter main-forte aux marins, en cas de nécessité. « Sur les murs de la forteresse - raconte l'un d'eux - quelques pièces de canon sont braquées, vraisemblablement par les marins, à tout hasard... Cela commence à sentir le sang... »

Mais des pourparlers diplomatiques donnèrent une solution pacifique. Sur mandat du comité central, Staline proposa aux leaders conciliateurs de prendre en commun des mesures pour liquider sans effusion de sang les manifestations des hommes de Cronstadt. À deux, avec le menchevik Bogdanov, ils persuadèrent sans grande difficulté les matelots de se soumettre à l'ultimatum lancé la veille par Liber. Lorsque les autos blindées du gouvernement s'approchèrent de la forteresse, une députation sortit de la grand-porte pour déclarer que la garnison se soumettait au comité exécutif. Les armes rendues par les matelots et les soldats furent emportées en camions. Les matelots désarmés avaient les barges pour retourner à Cronstadt. La reddition de la forteresse peut être considérée comme l'épisode final du mouvement de juillet. Les équipes d'autos blindées arrivées du front occupèrent le palais Kschessinska et le fort, évacués par les bolcheviks, et elles devaient passer à leur tour, à la veille de l'insurrection d'octobre, du côté de ces derniers.

Après Octobre[modifier]

Diverses institutions bolchéviques occupent l'édifice après la Révolution d'Octobre. De 1938 à 1956 c'est le musée Kirov, de 1957 à 1991 le musée de la Révolution qui y ouvrent leurs portes.

L'hôtel abrite aujourd'hui le musée d'histoire politique de Russie. Une petite partie du musée est consacrée à Mathilde Kschessinska.

Notes[modifier]