Banque coopérative
Une banque coopérative (également appelée coopérative de crédit, crédit coopératif ou crédit mutuel) désigne un établissement bancaire fonctionnant selon les principes coopératifs. Contrairement aux banques à but lucratif, une banque coopérative est détenue et gouvernée par ses membres – souvent appelés sociétaires – qui en sont à la fois les usagers et les propriétaires.
1 Principes et limites[modifier | modifier le wikicode]
Les banques coopératives se veulent une alternatives aux banques traditionnelles à but lucratif. Elles se distinguent par :
- la propriété collective : les parts sociales appartiennent aux membres ;
- la gouvernance démocratique : chaque sociétaire dispose en principe d’une voix, quel que soit le nombre de parts détenues (« un homme, une voix ») ;
- l’affectation des résultats : une partie des excédents peut être redistribuée aux membres sous forme de ristournes ou de dividendes limités, tandis que le reste est réinvesti dans le développement de la coopérative ;
- l’ancrage local : de nombreuses coopératives de crédit entretiennent un lien fort avec leur territoire d’implantation.
Mais les banques coopératives n'ont jamais réussi à faire tâche d'huile jusqu'à menacer les grandes banques capitalistes. En effet, elles sont sujettes aux mêmes problèmes que les autres types de coopératives, qui subissent un plafond de verre sous le capitalisme :
- tendance à la concentration et à la bancarisation « classique », éloignant certaines institutions de leur vocation coopérative ;
- question de la gouvernance démocratique réelle lorsque les réseaux atteignent une très grande taille ;
- concurrence avec les banques commerciales et contraintes liées à la réglementation bancaire internationale.
2 Historique[modifier | modifier le wikicode]
2.1 Origines[modifier | modifier le wikicode]
L’origine des banques coopératives remonte au 19e siècle, dans un contexte de difficultés d’accès au crédit pour les artisans, les paysans et les classes populaires. La première institution financière coopérative d'Europe aurait été la « Spolok Gazdovský » (Association des administrateurs ou Association des agriculteurs), fondée en 1845 par Samuel Jurkovič, dans l'actuelle Slovaquie. Elle proposait à ses membres des prêts à taux réduit, issus de l'épargne régulière. Ces membres devaient s'engager à une vie morale et planter deux arbres chaque année dans un lieu public.
En Allemagne, deux figures majeures fondent les premiers modèles :
- Friedrich Wilhelm Raiffeisen, qui met en place dans les années 1860 des caisses rurales de crédit mutuel destinées à soutenir les agriculteurs ;
- Hermann Schulze-Delitzsch, qui développe des coopératives de crédit urbaines pour les artisans et petits entrepreneurs.
Ces expériences s’exportent rapidement en Europe puis en Amérique du Nord, où naissent les credit unions.
En Angleterre, dans la deuxième moitié du 19e siècle, le mouvement ouvrier développe de puissants syndicats, coopératives et associations de crédit, notamment de crédit immobilier (building society) qui se concentrent sur l'amélioration du pouvoir d'achat de leurs membres.
Pour certains anciens militant du mouvement chartiste, beaucoup plus tourné vers l'émancipation globale de l'humanité, cette évolution était un symbole d'embourgeoisement de la classe ouvrière :
« À l'époque chartiste, il est vrai, les ouvriers du Lancashire étaient par milliers en haillons ; et beaucoup manquaient souvent de nourriture. Mais leur intelligence se manifestait partout où l'on allait. On pouvait les voir en groupes discutant de la grande doctrine de la justice politique… Maintenant, vous ne verrez plus de tels groupes dans le Lancashire. Mais vous entendrez des ouvriers bien habillés parler, en marchant, les mains dans les poches, des « coopératives » et des parts qu'ils ont dedans, ou de sociétés de crédit immobilier. »[1]
Au Canada et aux États-Unis, les coopératives de crédit deviennent un élément structurant du paysage bancaire, particulièrement à partir du début du 20e siècle.
Une caisse populaire à Lévis, Quebec, vers 1920
Statue d'Owen devant le siège de la Co-operative Bank à Manchester
En France, les premières structures inspirées de Raiffeisen apparaissent dans les années 1880 et donneront naissance, entre autres, au Crédit agricole, au Crédit mutuel et plus tard au Crédit coopératif. Ces institutions se développent massivement au cours du 20e siècle, notamment après la Seconde Guerre mondiale, en accompagnant la modernisation de l’agriculture et l’essor des classes moyennes.
En Suisse, la banque WIR est créée en 1934.
2.2 Démutualisation[modifier | modifier le wikicode]
Au Royaume-Uni, le tournant néolibéral sous Thatcher va conduire à ringardiser les sociétés de crédit mutuel. La législation est modifiée pour faciliter et encourager la conversion de ces sociétés en banques classiques
En 1986 une loi sur les sociétés de crédit immobilier les autorise à se « démutualiser »[2] si plus de 75 % des membres votent pour. La société devient alors une société à responsabilité limitée, et les droits mutuels des membres sont échangés contre des actions. Toutes celles qui ont fait de telles propositions à leurs membres ont été acceptées.
2.3 Aujourd'hui[modifier | modifier le wikicode]
Il est difficile d'obtenir des données précises sur l'évolution du crédit coopératif, notamment parce qu'il est difficile de définir correctement ce qui relève réellement du système coopératif, et ce qui n'en garde que le nom.
Ceci d'autant plus que les « banques coopératives » ont un intérêt à conserver ce nom même lorsque leur gouvernance est devenue quasiment identique à celle d'une banque classique, vu l'image positive du terme « coopératif ».
Selon certaines données disponibles, en 2023, le secteur du crédit coopératif représentait 1,9 % des actifs bancaires mondiaux.[3]
Les banques coopératives font partie du secteur de l’économie sociale et solidaire, ce secteur qui a été en quelque sorte normalisé en même temps que marginalisé dans le capitalisme contemporain.
Une succursale d'une société de crédit immobilier à Banbury
2.3.1 Systèmes d'échange locaux[modifier | modifier le wikicode]
Les Systèmes d'échange locaux (SEL) sont entre le crédit coopératif et la monnaie alternative (monnaie-temps de temps).
2.3.2 Pays en développement[modifier | modifier le wikicode]
Dans de nombreux pays en développement, les coopératives de crédit ont également servi de levier de microfinance et d’inclusion bancaire, en particulier à travers les caisses populaires et les réseaux villageois.
3 Au niveau international[modifier | modifier le wikicode]
La présence de plusieurs monnaies pose la question de leur taux de change, et sous le capitalisme, de la défense face à la spéculation, qui peut notamment aggraver la situation en cas de dégringolade économique d'un pays.
L'étalon or était une réponse traditionnelle, qui avait de nombreuses limites. Une alternative est la mise en place d'un système de crédit mutuel entre devises. C'est notamment ce qui avait été proposé par Keynes avec le Bancor au lendemain de la Seconde guerre mondiale.[4] Mais les États-Unis, alors hégémoniques, ont à la place imposé un système faisant du dollar la monnaie de référence, celui-ci étant alors basé sur l'or. Suite à l'abandon de la conversion du dollar en or, ce sont des taux de change flottants qui se sont imposés progressivement au niveau mondial, générant une plus grande fragilité face à la spéculation.
Le système des Droit de Tirage Spéciaux du FMI est une sorte de mutualisation, même si sa gestion est tout sauf démocratique.[4]
4 Notes[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Thomas Cooper, The Life of Thomas Cooper, written by Himself (London, 1873), p. 393
- ↑ Building Societies Act 1986 (Wikipédia)
- ↑ Actifs selon la World Council of Credit Unions (Statistical Reports 2023), rapportés aux actifs du secteur bancaire mondial selon le Financial Stability Board (Global Monitoring Report)
- ↑ 4,0 et 4,1 Pascal Ordonneau, « Bancor », lesechos.fr, 15 février 2011