Guerre de Wat Tyler

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Une puissante révolte des paysans eut lieu en Angleterre en 1381, contre les impôts excessifs, et plus largement contre le servage et les privilèges de la noblesse. Elle fut principalement dirigée par Wat Tyler (? - 15 juin 1381), un paysan anglais qui fut soldat des guerres de France.

Le contexte[modifier]

Le coût de la Guerre de Cent Ans[modifier]

La Guerre de Cent Ans (1337-1453) coûté très cher à l'Angleterre, trois fois moins peuplée que la France, qui en fait lourdement retomber le coût sur les paysans, artisans et employés. Le Statute of Labourers de 1351 a bloqué les salaires.

Mêmes les Communes (représentantes d’un essor urbain déjà significatif) mettent en cause en 1376 les choix militaires du souverain ainsi que les privilèges du clergé, déclenchant une crise politique.

En 1380, le Parlement décide la levée d'une nouvelle poll tax, qui touche tous les hommes de 15 ans et plus (4 livres pour les plus riches, 4 pences pour les pauvres). Cela accroît la charge fiscale de 65% par rapport à 1376. Le Parlement décide aussi l'envoi de commissaires royaux dans les campagnes pour éviter les fraudes. C'en est trop pour les paysans.

Wycliff, Ball et le millénarisme[modifier]

Un fort courant millénariste se développe dans l'Angleterre. Il est particulièrement incarné par le religieux John Wycliff (1331-1384) qui apporte une critique très globale de l’idéologie dominante "catholique" médiévale.

Wyclif rejette la hiérarchie du clergé, demande l’élection du pape par tirage au sort parmi les religieux, considère nécessaire de redistribuer les richesses de l’Église, ne reconnaît pas l’autorité de fait (par la naissance en particulier) mais seulement celle de la sainteté personnelle, rejette toute la Tradition théologique lorsqu’elle ne correspond pas au texte biblique. Cela remet potentiellement en question toutes les autorités médiévales qui prétendent avoir reçu leur pouvoir (temporel ou spirituel) de Dieu.

Wycliff milite pour un retour à la pauvreté évangélique, c’est-à-dire à vivre la vie des Apôtres, à rejeter les biens de l’Église et à s’unir librement à la libre pauvreté du Christ. Il reproche tout d’abord aux religieux d’avoir dévoyé l’idéal de leurs fondateurs, mais après 1380 il prononce un anathème général contre tout type de "religion privée" qui ne figurent pas explicitement dans la Sainte Écriture : le monachisme, les biens temporels de l’Église, le statut particulier du clergé, son exemption des juridictions séculières et toute forme de piété individuelle (culte des images, pardons, pèlerinages, indulgences, prières pour les défunts...).

Le 22 mai 1377, le pape Grégoire XI condamne les idées défendues par Wycliff dans la lettre « Super periculosis ». A partir de 1380, Wyclif envoie ses disciples, appelés les pauvres prêcheurs ("the poor priests"), dans les campagnes pour qu’ils fassent connaître ses thèses religieuses égalitaristes. Celles-ci vont probablement jouer un rôle dans le soulèvement populaire de 1381.

Le prédicateur John Ball, disciple de Wycliff, prêchait encore plus radicalement l'égalité entre les humains. Il est fréquemment caractérisé comme le seul vrai révolutionnaire du Moyen Age européen. Dans un de ses sermons prononcé à Blackheath (Londres), il posa une question devenue célèbre en Angleterre : « Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? ». Il disait encore :

« De quel droit ceux qui s’appellent seigneurs, dominent-ils sur nous ? À quel titre ont-ils mérité cette position ? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs ? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu’ils valent mieux que nous, si ce n’est qu’en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? »

La révolte des paysans[modifier]

Mai 1381, début de la révolte[modifier]

La révolte explose en mai 1381 dans l’Essex (Est de Londres) et le Kent (Sud de Londres). Elle se répand assez rapidement dans 16 comtés sur 37, particulièrement le Norfolk et Suffolk (Nord de Londres), de même que les Midlands (Birmingham). La capitale connaît un paroxysme du mouvement vers la mi-juin. Les révoltés sont de milieux pauvres sinon misérables : serfs, petits artisans, tenanciers, travailleurs. Les chefs les plus connus sont eux-mêmes issus de ces milieux (Wat Tyler, Jack Straw, Geoffrey Lister...).

Partout, les sheriffs, les percepteurs et les nobles fuient, des abbayes et des châteaux brûlent, parfois même des maisons de riches bourgeois détestés. On proteste contre la poll tax, on exigence des chartes d’affranchissement pour les serfs... Les révoltés ouvrent les prisons et décapitent les juges qui tombent entre leurs mains.

John Ball est arrêté en mai par les gardes de l'archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury, il annonce: « Il y aura 20 000 hommes qui vont me libérer. »

Dans le Kent, un homme prend la tête des insurgés, Wat Tyler. Ayant servi comme valet d'armes dans la guerre en France, il était revenu en angleterre travailler sur sa terre. Un jour un percepteur royal s'est présenté chez lui et a tenté de violer sa fille de 15 ans. Encouragé par ses voisins, Tyler tue à coups de marteau l'agresseur de sa fille. Les paysans du Kent, qui connaissent sa valeur, l'élisent chef des rebelles. Celui-ci, qui ne peut plus revenir en arrière, accepte. Leur première direction est Cantorbéry où ils libèrent John Ball. Puis ils décident de marcher sur Londres.

Les révoltés entrent dans Londres[modifier]

Le 10 juin, près de 100 000 insurgés arrivent aux portes de la capitale, et exigent de parler au roi. Le 12, ils campent sur la colline de Blackheath. Le 13, des bandes parcourent la capitale, pillant des palais et établissements religieux, ralliant à eux les milieux populaires urbains.

Wat Tyler ne veut pas renverser le gouvernement mais exige des réformes et des négociations. Il impose une discipline à ses hommes en interdisant les pillages et en punissant de mort les fautifs.

Finalement le 14 juin, Richard II (âgé alors de 14 ans) accepte de le rencontrer. Le jeune garçon arrive à bord d'une barque sur la Tamise, mais il prend peur et décide de rebrousser chemin. Il va se réfugier à la Tour de Londres avec quelques notables, dont Simon de Sudbury, l'archevêque de Cantorbéry. Tyler assiège alors la Tour qui est prise en deux feux. Sudbury est arrêté et assassiné, peut-être à l'instigation de John Ball.

Richard II rencontre Tyler à Mile End, un faubourg de Londres. Le capitaine des insurgés exige l'abolition du servage, de la poll tax et du privilège de la chasse et de la pêche de la noblesse. Le roi veut gagner du temps car il sait que Robert Knolles est en train de lever une armée non loin de là. Il accepte tout et fixe rendez-vous au lendemain pour finaliser les détails de l'entente.

La trahison et l'écrasement des rebelles[modifier]

Le 15 juin, Tyler et le roi se rencontrent donc de nouveau à Smithfield. Richard II s'est entouré de provocateurs qui s'amusent à insulter le chef des insurgés. Celui-ci sort son épée. Prenant prétexte de vouloir défendre son roi, le Lord-maire de Londres, William Walworth, lui porte un coup d'épée qui le renverse. Il est aussitôt achevé par un écuyer.

Richard, qui a belle prestance, parvient à calmer les insurgés présents. Il leur fait croire que Tyler est un traître qui a voulu l'assassiner et que lui, le roi, est leur véritable chef. Il leur promet qu'il respectera sa promesse et leur demande de se disperser.

Ce sera leur faute. Robert Knolles les attend à la sortie de Londres. Ils sont écrasés. Ceux qui ne sont pas tués s'éparpillent dans toutes les régions. Clergé, noblesse, bourgeoisie urbaine, grands propriétaires ruraux sont ragaillardis par ce carnage et passent aux représailles. Des milliers de paysans sont exécutés et souvent brûlés vifs. John Ball, capturé dans une ancienne abbaye, est pendu et écartelé. Ce n'est que le 30 août qu'un ordre royal suspend les représailles.

Par la suite, il ne fut plus question avant longtemps d'abolir le servage ni la poll tax.

Suites et répercussions[modifier]

Le millénarisme de John Ball inspira le mouvement des Lollards qui se développa dans les années suivantes. Si bien qu'en 1401, un décret papal « De haeretico comburendo » condamne tout Lollard pris au bûcher. Le mouvement continue cependant à progresser dans des milieux intellectuels, de marchands et artisans. En 1414, un soulèvement initié par les Lollards est écrasé par le roi Henri V.

Cependant, le mouvement contribuera à inspirer plusieurs grands mouvements millénaristes égalitaires comme celui des Hussites tchèques.

Notes et sources[modifier]