Fusillade de la Grange-aux-Belles

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Grange-aux-Belles 1913.jpg
Le 11 janvier 1924, une fusillade a eu lieu lors d'un meeting rue de la Grange-aux-Belles, dans le 10e arrondissement de Paris. Le service d'ordre communiste a tiré sur des militants anarchistes et fait 2 morts.

Contexte[modifier]

Un local central pour le mouvement ouvrier[modifier]

Au 33 de la rue Grange-aux-Belles, se trouve dès le début du XXe siècle la « Maison des syndicats ». L’immeuble est en effet le lieu d’activités de la Confédération générale du travail (CGT) à partir de juin 1907. Il sert de lieu de rassemblement des militants pacifistes (les « minoritaires ») durant la Première guerre mondiale. La salle du rez-de-chaussée, pouvant accueillir jusqu’à 3 000 personnes, est très prisée des militants ouvriers. S’y ajoute un dispensaire ainsi qu’une imprimerie.

Un forum de l'extrême gauche[modifier]

En plus de l’aspect syndical, le politique y est très présent. Anarchistes, socialistes, puis communistes y organisent congrès, réunions et événements.

Suite à la rupture entre communistes et socialistes au congrès de Tours (décembre 1920), c'est à la Grange-aux-Belles que les communistes tiennent leur premier congrès national administratif (mai 1921) et décident de l’appellation « Section Française de l’Internationale Communiste », et adoptent les premiers statuts de l’organisation. Le 15 octobre 1922 s’y déroule le 2e congrès de la SFIC, en présence de Dimitri Manouilsky, délégué du Komintern.

Anarchistes et communistes dans la CGTU[modifier]

La CGT avait été marquée dès son origine par une forte tradition anarchiste et syndicaliste révolutionnaire. Mais sa direction va progressivement s'aligner sur celle de la SFIO, pour finir par la suivre dans l'Union sacrée de 1914.

Après la fin de la guerre de 1914-1918, les idées révolutionnaires se répandent vite parmi les syndiqués. Pour ne pas risquer de perdre la main sur le syndicat, les bureaucrates provoquent une scission : la minorité révolutionnaire doit s'isoler et former la CGTU (Confédération générale du travail unitaire). Celle-ci comprend aussi bien des anarchistes que des communistes. Ces catégories ne sont alors pas aussi figées qu'il peut sembler aujourd'hui, notamment parce que le mouvement communiste international était naissant, parce que la révolution bolchévique a initialement soulevé beaucoup d'enthouisiame chez les militants anarchistes, et parce que l'Internationale communiste tenter de se rapprocher de militants syndicalistes révolutionnaires (CNT, IWW...).

Lors du premier congrès de la CGTU (1922), des militants issus du syndicalisme révolutionnaire se regroupent avec des militants communistes et obtiennent une majorité face aux libertaires plus orthodoxes. Le secrétaire général de l'ISR, Alexandre Lozovski, se moque alors de la minorité en inventant le terme d'anarcho-syndicalisme, conjoint à l'épithète infamant d'« anarcho-réformisme ». La CGTU acte son affiliation à l’Internationale syndicale rouge (ISR) lors de son 2e congrès en novembre 1923, ce que les libertaires dénoncent comme contraire à la charte d'Amiens.

Les tensions montent rapidement entre libertaires et communistes : au sujet de l'orientation syndicale, de Kronstadt, ou encore de l'utilisation de la « Maison des syndicats » par des groupes politiques comme la SFIC.

Evénements[modifier]

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Le 11 janvier 1924, la SFIC tient un meeting à la Grange-aux-Belles contre la vie chère et la politique extérieure de la France en Allemagne (occupation militaire dans le cadre du traité de Versailles).

La veille, le 10 janvier 1924, Le Libertaire, quotidien anarchiste, appelle à porter la contradiction dans le meeting, pratique courante dans la lutte politique à cette époque. Une centaine de libertaires répondent à l'appel.

A la tribune, Albert Treint préside le meeting.

Des insultes fusent, des affrontements éclatent, et le service d'ordre de la SFIC ouvre le feu. Deux anarchistes sont tués :  Nicolas Clos (ajusteur de métaux) et Adrien Poncet (syndicat unitaire du bâtiment, et membre de la commission d'organisation de l'Union anarchiste).

Chaque camp se renvoie la responsabilité du drame. Le lendemain, l’Humanité accuse les anarcho-syndicalistes d’être venus en force pour saboter la réunion et d’avoir utilisé contre eux des armes à feu.

Par ailleurs, les anarchistes aussi bien que les communistes affirmeront par la suite que Nicolas Clos était des leurs.

Cet affrontement conduit au départ définitif des libertaires de la CGTU. Les uns fondent la CGT-SR (CGT-Syndicaliste-révolutionnaire), les autres rejoignent les « confédérés » de la rue Lafayette.

Explications possibles[modifier]

Il est indispensable pour interpréter ces événements, avant toute comparaison, de rappeler que le niveau de violence politique était nettement plus élevé à cette époque que dans la France d'aujourd'hui. Dans ces années 1920, des affrontements politiques durs se produisent, comme la fusillade de la rue Damrémont ou les multiples agressions de fascistes italiens contre leurs compatriotes, comme en Isère ou en Savoie, départements de forte présence antifasciste italienne.

Certains ont parlé d'un effet de « brutalisation des sociétés » par la guerre de 1914-1918 (dans laquelle l’ensemble de la société française est mobilisée pendant 4 ans).

Notes et sources[modifier]