Exécution de la famille impériale russe

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La famille Romanov en 1913.

En pleine guerre civile, le pouvoir bolchévik a ordonné l'exécution du tsar Nicolas II et de sa famille dans la nuit du au .

1 Contexte et motivation[modifier | modifier le wikicode]

Le tsar Nicolas II est d'abord renversé par la révolution de février 1917. Il abdique le 22 mars 1917, et est placé en résidence surveillée avec sa famille au palais Alexandre situé à Tsarskoïe Selo près de Saint-Pétersbourg. En août 1917, le gouvernement provisoire de Kerenski évacue les Romanov à Tobolsk en Sibérie, selon lui, pour les protéger contre les débordements de la révolution. Ils y vivent plutôt confortablement dans l’ancien hôtel particulier du gouverneur.

Après la révolution d'octobre 1917, les conditions de leur détention se durcissent. D'une part parce que les bolchéviks sont nettement plus hostiles politiquement au tsar (et ont subit une répression politique bien plus dure), d'autre part parce que la guerre civile que traverse la Russie créé une situation économique très dure. Le 1er mars 1918, la famille vit sur des rations de soldats et doit se séparer de dix serviteurs.

On évoque un procès à venir du tsar, mais les conditions de la guerre civile ne le permettent pas. Les gardes bolchéviks, souvent des gens simples issus de la population (la révolution ayant largement renouvelé les forces armées à partir de la base) tendent à multiplier les insultes et vexations envers la famille impériale.

En avril-mai 1918, la famille est déplacée dans l'Oural, dans la maison Ipatiev à Ekaterinbourg. On craignait que l'avancée des armées blanches et/ou des forces alliées ne les conduise à opérer un sauvetage, qui galvaniserait le camp contre-révolutionnaire.

Le grand-duc Michel Alexandrovitch, frère du tsar, était quant à lui en résidence surveillée à Perm. Celui-ci n'hésita pas à envoyer plusieurs lettres à Lénine dans lesquelles il demandait à vivre dans son domaine de Crimée, en gardant ses titres et privilèges impériaux. L'avancée des armées blanches vers Perm conduisit la Tchéka à ordonner son exécution dans la nuit du 12 au 13 juin 1918.

Pendant un temps, les bolchéviks espéraient utiliser les Romanov comme monnaie d'échange, notamment auprès des monarques européens, liés par la famille. Des négociations ont eu lieu avec l'Allemagne pour un échange avec des spartakistes ou un assouplissement du traité de Brest-Litovsk. Ou encore des négociations avec l'Espagne pour la reconnaissance diplomatique du régime soviétique.

Mais l'avancée des armées blanches vers Ekaterinbourg conduisit les bolchéviks à décider l'exécution, pour signifier au camp des Blancs qu'il n'y avait pas de retour en arrière, pas de restauration possible.

Un télégramme du Soviet régional de l'Oural, signé par Iakov Sverdlov, donnant l’ordre d’exécuter les prisonniers. Sverdlov est alors président du Soviet régional de l'Oural mais aussi président du Comité exécutif central panrusse. Il a alors un rôle organisateur central du pouvoir et est en lien étroit avec Lénine. La majorité des historiens considèrent qu'il a pris cette décision d'un commun accord avec lui. C'est par ailleurs ce qu'écrit Léon Trotsky dans son journal personnel[1], précisant aussi 17 ans plus tard qu'il fallait tuer toute la famille pour terroriser l'ennemi.[2]

Dans la nuit du 16 juillet 1918, un groupe de tchékistes dirigés par Iakov Iourovski conduit les Romanov dans une pièce où ils sont exécutés. Les corps auraient ensuite été incinérés, pour qu'ils ne puissent faire l'objet d'un culte des martyrs.


Il y a de nombreuses controverses sur le fait que la famille du tsar ait été exécutée en même temps que lui. Notamment parce que de 1918 à 1922, plusieurs responsables soviétiques affirment publiquement que le tsar a été fusillé, mais que sa famille a été épargnée et est même encore en vie : Tchitchérine le 20 septembre 1918, Litvinov le 17 décembre 1918, Zinoviev, le 11 juillet 1920, à nouveau Tchitchérine, le 25 avril 1922.[3]

Icon-Wikipedia.png Voir sur Wikipédia : Exécution de la famille Romanov.

2 Discours réactionnaires[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Nostalgie monarchiste[modifier | modifier le wikicode]

L'église de Tous-les-Saints-sur-le-Sang-versé, construite à l'emplacement de la maison Ipatiev.

Les réactionnaires de l'époque et d'aujourd'hui utilisent abondamment cet évènement pour condamner les révolutionnaires bolchéviks. La plupart du temps ils font passer les bourreaux pour des barbares et la famille impériale comme le sommet de la civilisation, passant sous silence la barbarie que faisait subir le régime tsariste aux peuples de l'empire russe.

Le , l’Église orthodoxe russe annonce la canonisation des Romanov pour « [leur] humilité, [leur] patience et [leur] douceur ». Le , la Cour suprême de la fédération de Russie poursuit la campagne de réhabilitation des Romanov.

2.2 Complotisme antisémite[modifier | modifier le wikicode]

Un mythe antisémite va circuler dans les milieux les plus réactionnaires : celui selon lequel il s'agirait d'un « meurtre rituel juif ». Il faut alimenté par exemple en septembre 1920 par le journaliste britannique Robert Wilton, adepte de la théorie du complot « judéo-bolchévik ».[4] En 2017, sous le régime de Poutine, la justice ouvre officiellement une enquête pour étudier cette thèse...

3 Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Journal de Léon Trotsky, avril 1935 comme le cite (en) Peter Daniels, « An exchange on Bolshevism and revolutionary violence », sur World Socialist Web Site, 27 décembre 2003.
  2. Jean-Jacques Marie, La guerre civile russe 1917-1922 ; armées paysannes, rouges, blanches et vertes, Paris, Éditions Autrement, coll. « Mémoires », 2005, chap. 112, p. 68 ;
  3. Marc Ferro, Nicolas II, Paris, Documents Payot, 1990
  4. Robert Wilton, The Last Days of the Romanovs, 1920