Désargence

De Wikirouge
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La désargence est un néologisme qui regroupe un ensemble de courants qui tendent à promouvoir une société sans échanges marchands, sans profits, via l'abolition de l'argent comme équivalent monétaire universel jusqu’ici nécessaire aux échanges.

Ce mouvement assez divers s'est renforcé depuis la crise de 2008. Le néologisme « désargence » a été lancé en 2008 au cours d’un débat, s’est répandu dans les milieux alternatifs.

Définition[modifier | modifier le wikicode]

Principes de la désargence[modifier | modifier le wikicode]

La désargence se présente comme une démarche intellectuelle visant à décoloniser les esprits de l’empreinte de l’argent. Elle ne propose pas de programme “clé en main”, mais invite à inventer un nouveau modèle social qui éviterait les maux induits par l’argent, chacun dans son domaine de compétence, selon son expérience personnelle, ses centres d’intérêts. Les promoteurs de la désargence, persuadés que l’argent n’est pas éternel et que, comme tout système humain, il est soumis à un cycle de naissance-croissance-mort, proposent d’anticiper sur cette mort annoncée et de construire un autre mode de fonctionnement avant que la transition ne se fasse dans la violence et le chaos. Cette démarche se poursuit depuis une bonne décennie sous l’angle double de la théorie et de l’expérimentation pratique.

Le constat[modifier | modifier le wikicode]

Les partisans de la désargence reprennent la critique du mouvement décroissant, selon laquelle le système actuel fondé sur la croissance conduit à un inévitable emballement final du système. Ils soulignent que les entreprises industrielles de la planète survivent actuellement en sortant de leur comptabilité les dégâts environnementaux, sociaux, sanitaires (les externalités). C’est ce que montre une très sérieuse étude de Trucost: leur conclusion est sans appel, les externalités ont pris une telle ampleur que l’on peut d’ores et déjà considérer que la production mondiale devrait être en faillite. Les partisans de la désargence s'appuient sur des auteurs qui parlent de risque d'effondrement de la civilisation industrielle (dérèglement climatique, la fin des ressources extractibles, la désertification, la surpopulation) : Pablo Servigne, le Club de Rome, Peter Turchin...

Le courant de la désargence s'appuie aussi sur la crise économique et sociale, et sur l'idée que les réformes superficielles du système sont toutes vouées à l'échec. Il a été marqué par l'appel de 138 économistes à « sortir de l'impasse économique » en novembre 2016[1]. Ou encore par le distributisme de Jacques Duboin, par l’économie sociale et solidaire, les économistes atterrés, ou par Anselm Jappe qui, dans son dernier ouvrage, affirme clairement qu’il faut abolir immédiatement l’argent, la valeur, le salariat, la marchandise.[2]

Selon ce courant, l'argent impacte l’ensemble de la vie individuelle et collective, sociale et culturelle, et nous avons du mal à l’analyser tant il est présent dans les moindres détails de nos sociétés. Les partisans de la désargence partagent donc avec d'autres une critique radicale du système capitaliste, mais mettent l'accent sur l'argent, sur l'échange marchand, comme la cause première. Selon eux c'est l’argent qui a la caractéristique de condenser la valeur, c’est-à-dire de s’accumuler dans de moins en moins de mains (les fameux 1%). Pour les défenseurs d’une désargence, ce phénomène n’est pas une question de système ou d’éthique, ce n’est pas une question de forme (monnaie pleine, réelle, virtuelle, complémentaire…). Le livre de David Graeber sur la dette est souvent cité par eux, bien que Graeber n’envisage nulle part une abolition de la monnaie.

Le projet[modifier | modifier le wikicode]

La désargence vise donc l'abolition plus ou moins rapide de la monnaie en tant que convertisseur universel des échanges, sous quelle que forme que ce soit.

Cette théorie économique prétend, s’il n’y a plus d’outil d’échange, s’il n’y a plus d’échange du tout, que cela ne reviendrait pas à éradiquer tout mouvement de matières, de savoir, de services. A la place de l’échange, les protagonistes de la désargence préconisent un accès direct, sans condition et pour tous, à tout ce qui est utile, nécessaire, et pourquoi pas superflu si la production et l’état de la planète le permettent.

Les partisans de la désargence mettent souvent en avant l’outil informatique, principalement la technique de la blockchain, vue comme capable d’organiser une gestion des moyens en relation avec les besoins, les désirs, les souhaits, tant au niveau local que mondial. Le courant a-monétaire s’attaque donc autant au problème mental et politique d’une transition qu’à la recherche des pistes technologiques et scientifiques rendant possible cette transition.

Cette recherche, qui se veut transversale, insiste beaucoup sur une décentralisation des pouvoirs que permettrait une sortie du système monétaire, sur une maîtrise des usages (ce que J.P. Lambert a appelé l’usologie) qui serait ainsi redonnée aux unités humaines de base et qui modifierait considérablement la vision politique, sociologique, psychologique de nos sociétés.

Développement théorique[modifier | modifier le wikicode]

La désargence insiste sur la notion d’accès tout en se démarquant des travaux de Jérémy Rifkin[3] qui préconise « un monde nouveau où la transaction marchande par excellence est la consommation payante d’expérience vécue » (p.18), préférant la gratuité totale au payant, voire espérant la disparition du mot gratuit qui implique un payant quelque part.

La désargence insiste surtout sur la fin des profits financiers en montrant les multiples autres motivations qui permettent l’activité humaine. Elle se rapproche en cela de chercheurs tels qu’Idriss Aberkane.

La désargence ne propose pas une critique des mouvements alternatifs historiques (situationnistes, écologistes, décroissants, anticapitalistes, libertaires, etc.) mais prétend les prolonger, leur adjoindre les solutions qui généralement leur font défaut.

Les courants de la désargence[modifier | modifier le wikicode]

Les différents courants de la désargence divergent plus sur l’angle particulier sous lequel ils ont mené cette réflexion que sur la vision de la société à laquelle ils ont abouti. Ils sont de fait en constante relation et organisent régulièrement des manifestations et des rencontres collectives. Un site commun (civilisation-sans-argent.org) rassemble ces différents courants.

Desargence.org[modifier | modifier le wikicode]

Le site http://desargence.over-blog.com/ part essentiellement d’une critique de l’économie et de ses différentes écoles et s’applique à imaginer très concrètement la mise en œuvre d’une société sans argent. On y retrouve les écrits de la revue Prosper[4], quelques ouvrages divers déjà publiés, des contributions individuelles sur des thèmes de réflexion particuliers. L'idée forte de ce mouvement est de militer pour le passage d'une société monétaire à une "société de l'accès"

Voter A-M[modifier | modifier le wikicode]

Marc Chinal est un militant actif d’une société sans argent. Son site s’intitule Voter A-M (voter a-monétaire) en raison du choix qu’il a fait de se présenter aux élections législatives pour s’offrir une tribune. Sa vision part d’une analyse psychologique qui propose à la fois un constat de l’influence de l’argent sur les personnalités et une projection sur les transformations que son abolition entraînerait. Il est aussi l’auteur d’une bande dessinée, de vidéos et d’interviews sur le sujet.

Le Projet Mocica[modifier | modifier le wikicode]

Initié par un ostéopathe bien placé pour constater les dégâts de l’argent sur la santé publique, le jeune collectif Mocica s’étend très activement tant localement qu’internationalement (le site est traduit en douze langues)…

L’EBR-T[modifier | modifier le wikicode]

L’EBR-T (pour Economie Basée sur les Ressources, la Transition) présente sur son site le projet d’une cité sans argent.

L'EMEDSA[modifier | modifier le wikicode]

Bien que centré sur la question de la prise de décision collective (et l'abolition des pouvoirs autoritaires) en prônant une forme de démocratie directe (l'ucratie), le mouvement ukratio propose également une organisation économique sans argent ni propriété privée (qui serait l'extension de l'ucratie au domaine économique). Contrairement à ce qui est généralement évoqué dans d'autres mouvements communistes, cette organisation amonétaire ne repose pas sur une hypothétique abondance matérielle ou autodiscipline individuelle, mais sur une organisation collective respectant le principe de liberté du fait de son optimisation. Il s'agit de l'ÉMÉDSA, sigle signifiant "économie de la maximisation équitable et durable des satisfactions auto-évaluées", qui a pu être également qualifiée de socialisme 2.0.

Les satellites[modifier | modifier le wikicode]

Le monde de la désargence est un archipel encore désordonné autour duquel gravitent des individus électrons libres, des groupes issus de mouvements contestataires et alternatifs qui se sont intéressés à l’idée de désargence sans pour autant abandonner leur objectif premier. De nombreux blogs de réflexion, tels que Palim Psao qui travaille sur la critique de la valeur-dissociation, s’en approchent prudemment sans encore sauter le pas. Au vu de l’ampleur du mouvement durant ces quelques dernières années, il est prévisible que mot désargence aussi inconnu au début du siècle que ne l’était celui de l’écologie dans les années soixante, va peu à peu entrer dans le langage commun.

La désargence dans le monde[modifier | modifier le wikicode]

Grande Bretagne[modifier | modifier le wikicode]

Essentiellement portée par le World Socialist Movement, l’idée d’une société sans argent rejoint plus ou moins ce que les différents collectifs français ont développé, avec toutefois une plus grande prudence et un plus grand pragmatisme. Des groupes américains, canadiens, cubains et russes se rattachent au WSM.

Irlande[modifier | modifier le wikicode]

Freewolder, projet initié par Colin R. Turner d’une économie ouverte (open-economy)

USA[modifier | modifier le wikicode]

Le Projet Vénus de Jacques Fresco propose « un système où l'humanité vivrait en harmonie avec la nature grâce à la technologie et à une économie basée sur les ressources qui n'utiliserait pas de monnaie. »

Système de Contribution UBUNTU : « Nos scientifiques, nos agriculteurs, nos paysans et fermiers, et nos gens ordinaires possèdent toutes les réponses et toutes les connaissances pour une progression rapide, ce que ne possèdent PAS nos gouvernement et nos politiciens. »

Canada[modifier | modifier le wikicode]

L’anthropologue Denis Blondin a écrit La mort de l’argent, essai d'anthropologie naïve (2003) (ISBN 2890241556)

Grèce[modifier | modifier le wikicode]

Sous le titre “To Portofolio”, le livre français “Le porte-Monnaie” a été traduit et publié aux éditions Aparsis (Athènes). Curieusement, ceux qui se sont intéressés à ce projet sont des gens qui étaient au cœur du système économique et politique avant et au début de la crise. Ces nouveaux contestataires affirment que le laboratoire grec du libéralisme deviendra tôt ou tard un laboratoire de la désargence…

Références historiques et bibliographiques[modifier | modifier le wikicode]

La réflexion sur l’argent date de l’antiquité et dans la littérature classique, nombreuses sont les œuvres qui proposent de sévères critiques de l’argent, sans pour autant en conclure que l’on pourrait s’en passer.

Le passage de la critique à l’élaboration d’une autre forme économique n’a pu se développer de façon concrète et réaliste qu’avec l’émergence de technologies nouvelles telles que le numérique.

Romans et essais[modifier | modifier le wikicode]

  • Esope de Phrygie, VIe s. BC, Fables (De l’Homme qui avait caché son trésor)
  • Hérodote d'Halicarnasse, 480-425 BC, Histoire I-14 (Légende du roi Midas qui transforme ce qu'il touche en or, puis ne peut plus rien manger)
  • Antisthène d'Athènes, 444-365 BC (Description Wikipedia: 'il faut mener une vie aussi simple et morale que possible, et se détacher des conventions sociales')
  • Timon d'Athènes, 440-? BC (Description Wikipedia: '[He] lavished his money on flattering friends. When his funds ran out, the friends deserted him and [he] was reduced to working in the fields. One day, he found a pot of gold and soon his fair-weather friends were back')
  • Aristote de Stagire, 384-322 BC, Éthique à Nicomaque et La politique, livre 1
  • Jules César, 100-44 BC, selon Voltaire: "avec de l’argent on a des soldats, et avec des soldats on vole de l’argent"
  • Jésus de Nazareth, Le Nouveau Testament, ~30, Matthieu 19:24 ("Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu."), Matthieu 19:20 ("Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel"), Luc 16:19-31 (Parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare: "souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie"), Marc 6:8 ("Il leur prescrivit de ne rien prendre pour le voyage, si ce n'est un bâton; de n'avoir ni pain, ni sac, ni monnaie"), Matthieu 26:15 (Jésus trahi: "Et ils lui payèrent trente pièces d'argent"), Actes des Apôtres 2:45 ("Ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun"), Actes des Apôtres 4:35, ("et l'on faisait des distributions à chacun selon qu'il en avait besoin")
  • Sénèque le Jeune, Lettre #115 à Lucilius , 64 ("Depuis que l’argent est si fort en honneur, le véritable honneur a perdu tout crédit")
  • Titus Flavius Vespasianus (Vespasien), empereur de 69 à 79, "L'argent n'a pas d'odeur"
  • Durante (Dante) degli Alighieri, La Divine Comédie Livre I Chant VII sur les avares, 1321 ("Tout l’or qui est et fut jamais sous le ciel ne pourrait procurer de repos à une seule de ces âmes fatiguées")
  • Thomas More, Utopia, 1516, sans doute le premier à avoir évoqué l’abolition de l’argent ("In Utopia, where every man has a right to everything, they all know that if care is taken to keep the public stores full, no private man can want anything; for among them there is no unequal distribution, so that no man is poor, none in necessity, and though no man has anything, yet they are all rich; for what can make a man so rich as to lead a serene and cheerful life, free from anxieties")
  • François Rabelais, Le Tiers livre, 1552
  • Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576
  • Michel Eyquem de Montaigne, Essais Livre I Chapitre XIV, 1580
  • William Shakespeare, Timon d'Athènes, 1623 ("Allons, métal maudit, putain commune à toute l’humanité, toi qui mets la discorde parmi la foule des nations…")
  • Gerrard Winstanley, La Loi de la Liberté, 1652, ("Property and wages should be abolished")
  • Jean de La Fontaine, Fables (Livre IV Fable XX: L’avare et son trésor ("Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait"), Livre VIII Fable II: Le savetier et le financier) 1668
  • Jean-Baptiste Poquelin (Molière), L’avare, 1668
  • Jean de la Bruyère, Les Caractères, 1688, en particulier le Livre VI: Des Biens de Fortune
  • Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, 1762 ("Jamais l'argent ne me parut une chose aussi précieuse qu'on la trouve. Bien plus, il ne m'a jamais paru fort commode; il n'est bon à rien par lui-même, il faut le transformer pour en jouir; il faut acheter, marchander, souvent être dupe, bien payer, être mal servi. Je voudrais une chose bonne dans sa qualité : avec mon argent je suis sûr de l'avoir mauvaise. J'achète cher un œuf frais, il est vieux, un beau fruit, il est vert, une fille, elle est gâtée. J'aime le bon vin, mais où en prendre? Chez un marchand de vin? comme que je fasse, il m'empoisonnera. Veux-je absolument être bien servi? que de soins, que d'embarras! avoir des amis, des correspondants, donner des commissions, écrire, aller, venir, attendre; et souvent au bout être encore trompé. Que de peine avec mon argent!")
  • Gabriel Bonnot de Mably, Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale et de la politique, 1763 ("Qu'importe cette plus grande abondance, si elle invite les hommes à être injustes et à s'armer de la force et de la fraude pour s'enrichir ?", "Il voit dans la propriété commune et l'égalité, moins un moyen d'atteindre le bonheur qu'un moyen d'atteindre la vertu"), De la législation, ou Principes des lois, 1776 ("Vous parlerai-je de la mendicité, qui déshonore aujourd’hui l’Europe, comme l’esclavage a autrefois déshonoré les républiques des Grecs et des Romains ?")
  • François-Marie Arouet (Voltaire), Dictionnaire philosophique à l'article Argent, 1764 ("En général, l’art du gouvernement consiste à prendre le plus d’argent qu’on peut à une grande partie des citoyens, pour le donner à une autre partie")
  • Maximilien de Robespierre, Discours, 1791 ("Nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim", "Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide")
  • François Noël (Gracchus) Babeuf, Le Tribun du peuple (journal), notamment Contre le droit de propriété, 1795 ("Les fruits sont à tous, la terre à personne")
  • Sylvain Maréchal, Le manifeste des égaux, 1796 ("Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvre")
  • Johann Wolfgang von Goethe, Faust II (Le Second Faust), 1832 ("Que diantre! Il est clair que tes mains et tes pieds Et ta tête et ton c… sont à toi ; Mais tout ce dont je jouis allègrement En est-ce donc moins à moi ? Si je puis payer six étalons, Leurs forces ne sont-elles pas miennes ? Je mène bon grain et suis un gros monsieur, Tout comme si j’avais vingt-quatre pattes")
  • Louis Blanc, Organisation du Travail, 1839 ("De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins" / "L'égalité [...] n'existera d'une manière véritable que lorsque chacun [...] produira selon ses facultés et consommera selon ses besoins")
  • Étienne Cabet, Voyage en Icarie, 1840 (Description Wikipedia: 'Le nouveau régime repose sur des principes égalitaires, où l'argent, la propriété privée, les cours de justice, les polices secrètes et la délinquance n'existent pas')
  • Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?, 1840 ("La propriété, c'est le vol", "L'argent que prête le propriétaire au travailleur pour que celui-ci puisse vivre décemment n'est autre que l'argent qui lui fut spolié par ce même propriétaire")
  • François René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, 1841 ("Le salaire n'est que l'esclavage prolongé")
  • Karl Marx, Manuscrits de 1844 ("Shakespeare fait ressortir surtout deux propriétés de l'argent: C'est la divinité visible, la métamorphose de toutes les qualités humaines et naturelles en leur contraire, la confusion et la perversion universelles des choses. L'argent concilie les incompatibilités. C'est la prostituée universelle, l'entremetteuse générale des hommes et des peuples")
  • Henry David Thoreau, La Désobéissance Civile, 1849 ("Plus on a d'argent, moins on a de vertu") - Walden ou la Vie dans les Bois, 1854 ("Plutôt que l'amour, que l'argent, que la gloire, - Donnez-moi la vérité."), Journal, 1937-1961 ("Presque tous les hommes savent gagner de l'argent, mais il n'y en a pas un sur un million qui sache le dépenser")
  • Victor Hugo, Discours sur la misère, 1849, L'Homme qui Rit, 1869 (et notamment dans le Livre VIII Chapitre VII, pages 480 à 490, au passage du Discours de Gwynplaine à la chambre des lords ( ... "C'est votre richesse, sous la forme d'une femme morte de froid et de faim" ...), ainsi que la célèbre citation au Livre II Chapitre XI: "C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches.")
  • Alphonse Daudet, Lettres de mon Moulin, (La légende de l’homme à la cervelle d’or) 1866
  • Hans Christian Andresen, La petite fille aux allumettes, 1876 ("pas d’acheteurs, donc pas le moindre sou")
  • Lev (Léon) Nikolaïevitch Tolstoï, Que Faire ?, 1886 ("L’argent, grâce à l’existence de la violence dans les rapports sociaux, ne représente que la possibilité d’une nouvelle forme d’esclavage impersonnel qui a remplacé l’esclavage personnel", "Dans une société où il existe une force qui s’approprie l’argent des autres ou même qui en protège la possession, le numéraire ne peut être regardé comme le représentant du travail. Tantôt il en est l’équivalent, tantôt il est le résultat de la violence", "L’argent, c’est une forme récente et horrible de cet esclavage et, comme celui-ci, il corrompt le maître et l’esclave ; mais cette nouvelle forme est plus ignoble parce qu’elle affranchit l’un et l’autre de tous rapports personnels", "Le fondement de tout esclavage c’est la jouissance du travail d’autrui et, par conséquent, me servir de l’activité des travailleurs, en exerçant mes droits sur leurs personnes ou user de cet argent qui leur est indispensable, c’est absolument la même chose. Si réellement je regarde comme un mal cette jouissance, je ne dois profiter ni de mes droits, ni de mon argent, et je dois débarrasser les malheureux du travail qu’ils font pour moi, soit en m’en privant, soit en le faisant moi-même")
  • Emile Zola, La Curée,1872 - L'Argent, 1891 ("Le travail ne peut faire vivre, les misérables et les imbéciles travaillent seuls, pour engraisser les autres")
  • Edward Bellamy, Cent ans après ou l’an 2000, 1891
  • Piotr Alexeïevitch Kropotkine, La Conquête du Pain, 1892 ("Prise au tas pour ce qui se trouve en abondance")
  • Georg Simmel, Philosophie de l’argent, 1900, et Les pauvres, 1908
  • George Bernard Shaw, Bréviaire du révolutionnaire, 1903 ("L'esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié")
  • Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905 ("Le gain est devenu la fin que l'homme se propose, il ne lui est plus subordonné comme moyen de satisfaire ses besoins matériels")
  • Geronimo, 1829-1909, "Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché.. alors on saura que l'argent ne se mange pas."
  • Charles Péguy, L’argent, 1913 ("Une seule misère suffit à condamner une société. Il suffit qu'un seul homme soit tenu, ou sciemment laissé dans la misère pour que le pacte civique tout entier soit nul", "J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du même esprit et du même cœur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales. (...) Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales", "On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait")
  • Jean Giono, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938, La chasse au bonheur,1988, ISBN : 2070383237
  • Roger Vailland, 325 000 francs, 1955 (un ouvrier à l'usine doit amasser 325 000 francs pour épouser la femme qu'il aime)
  • Henri Jeanson, probablement dans En verve. Mots, propos, aphorismes, 1971 ("Tout métier qui ne fait pas oublier le travail est un esclavage")
  • Charles Bukowski, Factotum, 1975 ("Comment diable un homme peut-il se réjouir d’être réveillé à 06h30 du matin par une alarme, bondir hors de son lit, avaler sans plaisir une tartine, chier, pisser, se brosser les dents et les cheveux, se débattre dans le trafic pour trouver une place, où essentiellement il produit du fric pour quelqu’un d’autre, qui en plus lui demande d’être reconnaissant pour cette opportunité ?")
  • Nicholas Georgescu-Roegen, Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie, 1979
  • Le livre noir du capitalisme, 1998
  • Frédéric Beigbeder, 99 francs (14,99 euros), 2000, Au secours pardon, 2007 ("L'argent tue l'amour. L'amour n'est plus possible au-dessus d'un certain niveau de vie")
  • Pascal Bruckner, Misère de la prospérité, 2002
  • Denis Blondin, La mort de l’argent, 2003 ("Une invention qui a connu un incroyable succès, mais qui arrive peut-être à son terme, parce qu'elle crée plus de nouveaux problèmes qu'elle n'en résout")
  • Henri Grouès (Abbé Pierre), 2007, "Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure "Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix !", je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c'est vous ! Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d'inconscients, au regard de Dieu, que n'en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir", "Avec tout l’argent du monde, on ne fait pas des hommes : on les dégrade"
  • Jean-François Brient, De la servitude moderne, 2007 (Description Wikipedia: "La dictature ne s'exerce plus par un homme. C’est plutôt un principe : la marchandise ou l'argent qui dictent l'existence de chaque être humain qui en étant réduit à être un consommateur, un travailleur, un serviteur, perd son humanité")
  • Jordan Belfort, Le loup de Wall-Street, 2007 ("L'argent. (...) Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n'avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n'était jamais assez...")
  • Paul Ariès, Décroissance & gratuité, Golias, 2010, Désobéir et grandir ("de l'alimentation à la désobéissance civile, en passant par la publicité, le rationnement et la gratuité"), 2018, Gratuité vs capitalisme, Éditions Larousse, 2018 ("gratuité de l’eau, des transports en commun, de la restauration scolaire, des services funéraires, au service juridique, à la santé…")
  • J.P Abelshon et Marc Sanders, Désobéir à l’argent: Un appel à la démonétisation des activités humaines, éd. Passager Clandestin, 2011 ("Création de monnaies alternatives, solidaires ou fondantes, abolition de toute monnaie, troc, systèmes d’échange locaux, zones de gratuité…")
  • Léon de Matis, Crises, éditions Entremonde, 2012, ISBN 97829404268, 165p. ("Le fonc­tion­ne­ment de l’économie, à l’heure actuelle, repose sur la croyance en la capa­cité des États à main­te­nir la valeur de la valeur. Que cette croyance s’effon­dre et le sys­tème périt. (...) Tant qu’il y aura de l’argent, il n’y en aura pas assez pour tout le monde")
  • Thierry Long, Un monde sans argent: « L'utopie », cinq siècles après Thomas More (1516), éd. Sciences Sociales, 82p., 2012 ISBN : 9782753902947 ("(...) connaissances scientifiques et philosophiques actuelles et passées pour penser un monde humaniste régulé sans argent")
  • Jean-François Aupetitgendre, Le Porte-Monnaie, une société sans argent ?, éd. Libertaires, 2013 ("(...) imagine une hyperinflation mondialisée qui contraint brutalement la société à se réorganiser, pour survivre sans euros, sans dollars, sans yens sonnants et trébuchants")
  • Monique et Michel Pinçon-Charlot, La violence des riches, 2013
  • Ludovic Greiling, Argent et pouvoir ("Ce livre dévoile l’origine de la monnaie et les guerres souterraines pour son contrôle"), 2015
  • Marc Chinal, Joanne Lebster, le début d’un nouveau monde (Bande Dessinée) éd. RJTP, BD, 2016, ISBN 9782952628013 ("Joanne et un groupe d'amis construisent leur solution : un village post-monétaire")
  • David Graeber, Dette 5 000 ans d’histoire, 2016, Poche, ISBN 9782330061258, 667p.
  • Colin R. Turner, F-Day: The Second Dawn Of Man, 2016 (description Wikipedia: 'Compte à rebours vers une societe sans argent'), Le chemin vers l’économie ouverte, 2017, 112 p., éd. Applied Image, ISBN 978-0956064059 ("Un monde sans argent, d'abondance, de paix et d'accomplissement est réalisable maintenant, ce n'est plus un rêve utopique futuriste")
  • Anselm Jappe, La Société autophage, éd. La Découverte, 2017, ISBN 9782707195395, 243p. ("(...) le « sujet » est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l’intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd’hui le réceptacle d’une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise")
  • Pablo Servigne, L'entraide, l'autre loi de la jungle, 2017
  • Jean Ziegler, Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu'elle en verra la fin), 2018
  • Frederic Lordon, Vivre Sans ?, 2019 (Pourrait-on vivre "sans institutions, sans État, sans police, sans travail, sans argent" ?)

Dans la littérature jeunesse, plusieurs dizaines d’ouvrages dont les célèbres:

Journaux, magazines, articles[modifier | modifier le wikicode]

Conférences, documentaires, théâtre, films[modifier | modifier le wikicode]

Chansons, poèmes, humour[modifier | modifier le wikicode]

  • Pink Floyd, Money
  • Serj Tankian, Money
  • Pennywise, Greed
  • The Exploited, Law for the Rich
  • The Beatles, Can't buy me love
  • The O'Jays, For the Love of Money
  • Donna Summer, She Works Hard For The Money
  • Michael Jackson, Money
  • Sia, Cheap Thrills feat. Sean Paul
  • Jessie J., Price Tag feat. B.o.B
  • Belocca, My Love Don't Need No Money
  • Imani Williams, Don't Need No Money feat. Sigala, Blonde
  • Merk & Kremont, Don't Need No Money ft. Steffen Morrison
  • Shackles, We don't need no money
  • Zaz, Je veux
  • Tryo, Yakamonéyé
  • Noir Désir, L'homme pressé
  • Téléphone, Argent trop cher
  • HK et les saltimbanks, Citoyen du monde
  • Saez, Des p'tits sous
  • Keny Arkana, Ne t'inquiète pas
  • IAM, La fin de leur monde
  • Les Sales Majestés, Sois pauvre et tais toi
  • Mustang, Salauds de Pauvres
  • Les Inconnus, Les sousous dans la popoche
  • JonLajoie, Please use this song
  • Didier Super, Y'en a marre des pauvres
  • Chanson plus bifluoree, L'argent
  • Fatal Picards, La francaise des jeux
  • Les guignols de l'info, la World Company
  • Victor Hugo, Chose vue un jour de printemps ("elle est honnête enfin. Un jour on va chez elle, elle est morte de faim")
  • La chanson de Craonne ("Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront Car c'est pour eux qu'on crève")

Arts visuels, dessins, tags, sculptures[modifier | modifier le wikicode]

Mouvements, concepts, philosophie[modifier | modifier le wikicode]

Journées Internationales[modifier | modifier le wikicode]

Autres[modifier | modifier le wikicode]

(Brouillon - TODO/a faire: a ajouter les ouvrages contenus dans

https://www.parolesdepsy.com/wordpress/wp-content/uploads/2017/09/DIVERSfamille-chretienne-PDF.pdf

https://www.site-magister.com/prepas/page21a.htm

http://agora.qc.ca/documents/argent-monnaie--meditations_dun_prisonnier_sur_largent_par_renaud_bougie

https://www.cap-concours.fr/enseignement/textes-de-reference

https://citation-celebre.leparisien.fr/citation/argent

http://tourev.celeonet.fr/Citations/Argent_3.htm

https://www.evolution-101.com/pensees-sur-le-travail/)

Critiques[modifier | modifier le wikicode]

D'un point de vue marxiste, la plupart du temps les critiques « de l'argent » sont posées d'un point de vue idéaliste. Marx et Engels ont construit leur politique notamment sur une critique des socialistes utopiques et les proudhoniens qui parlaient de société sans argent sans analyser de façon matérialiste l'origine de l'argent et son rapport avec les rapports de production capitalistes. Pour les marxistes :

« Il est impossible d'abolir l'argent tant que la valeur d'échange reste la forme sociale des produits. Il est nécessaire de s'en rendre compte, si l'on veut éviter d'affronter des tâches impossibles, et si l'on veut bien connaître les limites dans lesquelles les rapports de productions et les conditions sociales correspondantes peuvent être transformées en réformant la monnaie et la circulation. »[5]

En revanche, les marxistes évoquent généralement la possibilité que l'argent finisse par ne plus être nécessaire au bout d'un certain temps après la révolution socialiste, dans une société sans classe et d'abondance, dans laquelle il n'est plus nécessaire de corréler la distribution des biens à la quantité de travail fournie par chacun. C'est-à-dire une société qui réalise l'adage « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Sortir de l’impasse, appel des 138 économistes, éd. LLL, 2016, ISBN 9791020904072
  2. Anselm Jappe : auteur de La société autophage, a publié dès 2011 dans Le Monde un article intitulé L’argent est-il devenu obsolète?
  3. Jérémy Rifkin, L'âge de l'accès : La Révolution de la nouvelle économie [« The Age Of Access: The New Culture of Hypercapitalism, Where All of Life is a Paid-For Experience »], La Découverte, 2000, 380 p. (ISBN 978-2707132901)
  4. Revue Prosper, (ISSN 1621-5540), créée en 2000, n° 1 à 18 disponibles sur le lien, au début 2018, 26 numéros et 5 hors-séries (1800p.) disponibles à la BNF (Notice n° : FRBNF37130225)
  5. Karl Marx, Contribution à la critique de l'économie politique (Grundrisse), 1859