Contradiction

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Les contradictions sont des phénomènes qui s'excluent mutuellement. Selon le langage courant une contradiction est une absurdité. En logique, la contradiction montre une incompatibilité entres une ou plusieurs propositions. Cependant, la logique complexe mettant en œuvre la dialectique ne rejette pas les contradictions contrairement à la logique formelle. La contradiction est un principe dialectique. Elle est la force motrice de tout système.

À la fin des années 1940, il existe un débat opposant logique dialectique et logique formelle[1]. Or, ce débat n'a aucun sens[2]. Mais, même si la logique formelle n'est plus rejetée comme une pensée petit-bourgeois, la dialectique est encore niée, mal vue ou rejetée dans le domaine de la logique classique et des sciences dont les scientifiques sont influencés par les pensées évolutionniste (ex  : sociobiologie, évopsy...), empiriste (ex  : ingénierie, neuroscience...), structuralistes et pragmatiques (ex  : éducation, cognitivisme ...).

Dialectique et science[modifier | modifier le wikicode]

La dialectique n'exclut pas la logique formelle. La logique formelle est contenue dans la dialectique. Mais contrairement à la dialectique, elle reste dans l'instantanéité et ne prend pas en compte les phénomènes en interactions et évolutifs dans le temps. La logique formelle est donc limitée dans son application sur les grands systèmes.

En effet, dans les domaines scientifiques, il est courant de rencontrer des situations qui paraissent incongrues ou inintelligibles du point de vue de la logique[3] comme l'observation de zones extensives (<-*->) en montagne formée par un mouvement compressif (->*<-).

Le plus souvent les contradictions sont rejetées ou déniées.

Il aura fallu plus de 10 ans pour que les géologues sortent du déni de cette dialectique « compression <> extension » et reconnaissent l'existence de structures en extension (bassins syn-orogéniques : <-\_/->) dans des zones montagneuses (orogenèse : ->/_) et pas seulement dans les zones océaniques (<-\_/->).

La dialectique du point de vue matérialiste et scientifique permet de comprendre et ainsi de dépasser les contradictions.

« Il est utile de considérer la contradiction comme l'opposition de tendance (antagonisme) entre les éléments impliqués dans un processus évolutif (et non comme impossibilité logique), ce qui donne lieu à l'un des principes de la dialectique, la “ force créatrice de la contradiction ” ».[3].

Ce sont essentiellement des phénomènes dynamiques de natures cycliques ou quasi-périodiques dont l'amplitude dépend de la configuration de départ.

Contradiction et dépassement[modifier | modifier le wikicode]

Lucien Sève[modifier | modifier le wikicode]

« Est-il sûr que 'toute' contradiction se dépasse ainsi dans une unité plus vraie de ses termes contraires ?

Marx l'a contesté résolument, et l'expérience paraît lui donner de maintes manière raisons - notre présent socio-politique à l'échelle nationale comme mondiale n'est-il pas fertile en contradiction apparemment sans issue ? Est donc à étudier avec vigilance la question aujourd'hui coupable négligée de savoir ce qu'il en est des structures logiques des contradictions et sans doutes de leurs diversités d'essence - on va y venir.

Ce qui est clair en tout état de cause est que nulle contradiction dialectique ne saurait se résoudre en fuyant son fond inexorablement 'contradictoire', ou ne fût-ce qu'en tentant de le minorer.

C'est ce qui tend toujours à faire qui pratique la dialectique 'sans le savoir' , c'est à dire selon cette logique pauvre où la dialectique est rabattues sur l' 'éclectisme' : non plus couple de contraires objectifs mais contrastes d'opposés subjectifs.

C'est ainsi que, selon Marx, Proudhon croyait comprendre la dialectique : éliminer le mauvais côté des choses pour garder le bon.

Or, « ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est la coexistence des deux côtés contradictoires, leur lutte et leur fusion en une catégorie nouvelle [selon la conception hégélienne du dépassement des contradictions]. Rien qu'à poser le problème d'éliminer le mauvais côté, on coupe court au mouvement dialectique » [Marx Misère de la philosophie, 1847].

Il n'y a plus alors - ou pas encore - de vrai dialectique, ni davantage de bonne politique, « tout au plus de la morale » qui tient lieu de politique au petit-bourgeois. »

  • Sève, L (2014). Penser avec Marx aujourd'hui - Tome III - « Philosophie » ? (p.544). La dispute.

Schématisation de la dynamique de la société occidentiste[modifier | modifier le wikicode]

Mise à jour de l'unité des contraires de la société capitaliste : « sphère communaliste aliénante <> sphère professionnelle aliénée »

No-alternative ou contradictions réactionnaires[modifier | modifier le wikicode]

  • Société aristocratique : De la renaissance à 1880 - « traditionalisme d'ancien régime > capitalisme en développement »
    • Mariage de raison entre les opposés (non dépassement des complémentaires) : la haute-bourgeoisie (pouvoir économique) et la noblesse (pouvoir politique)

> Alternative ou dépassement potentiel à cette dynamique : formation de la sphère professionnelle (esclave, coolie, prolétaire); émergence de forces progressives contre le féodalisme et les Empires (socialismes utopiques, anarchisme, 1848); et début des mouvements contre le capitalisme (1871).

  • Société fasciste I : 1880-1945 - « traditionalisme d'ancien régime >< capitalisme industriel »
    • fusion noblesse-capitaliste (sous la forme d'une unité identité-différence complémentaire sans dépassement des antagonismes) mais avec une hégémonie de l'ancien régime bien qu'en fin de vie => processus de fascisation développant la société impérialiste du XX
    • Déclenchement de la guerre mondialisée pour sauver l'ancien régime générant une crise historique de 1914 à 1984
    • première révolution fasciste (fascisme politique) dans les années 20. La société impérialiste est mature.
    • Crise économique de 1929
    • société nazi = summum de l'impérialisme
    • ...

> Alternative ou dépassement potentiel à cette dynamique fascisante => émergence de forces progressistes politiques anti-traditionalistes et anti-capitalistes (POF, SFIO, Révolution russe, PC). Mais : Crise historique de 1914-1945 (Ouvrant une nouvelle voie de développement sociétal vers la modernité et le moderne pour les sociétés communalistes  : formation des sociétés communalistes modernes = pays communistes du XX).

  • société bourgeoise pseudo-socialiste et pseudo-démocratique : 1952-1984 - « communalisme émancipateur de guerre civile mondialisée > capitalisme impérial »
    • Mort de l'ancien régime : traditionalisme < capitalisme
    • les membres de l'ancien régime vont pour la majorité du côté capitaliste. La minorité se politise dans des partis nationalistes aliénants formant une nouvelle sphère traditionaliste potentielle
    • dislocation de l'impérialisme
    • démocratisation par pression des forces progressives (PC, syndicalisme, nationalisme émancipant, mouvement contre la guerre du Viet-Nam... ) sur le parti capitaliste
    • Renforcement de la persistance du traditionalisme dans l'État Républicain (République aristocratique)
    • crise pétrolière de 1973
    • ...

> Alternative ou dépassement potentiel à cette dynamique bourgeoise => guerre contre le colonialisme, mouvements démocratiques et sociales. Mais « facteur de trahison » (Alexandre Zinoviev) au sein du mouvement progressiste anti-humaniste, anti-utopiste, anti-dialectique : structuralisme, post-structuralisme/post-modernisme = nouvelle maladie du gauchisme

  • Société fasciste II : 1984 à 2019... : « traditionalisme de guerre froide >< capitalisme financier »
    • Vers la fin de la crise historique du XX (1914-1945/1952-1984) : épuisement du communalisme émancipateur de guerre civile mondialisée (incapacité du Parti à prendre en charge la Paix)
    • renforcement du traditionalisme par le capitalisme : vers un nouvelle impérialisme avec une hégémonie du capitalisme
    • 1984 : seconde révolution fasciste initiée par Thatcher et Reagan
    • 1990 : victoire de la finance sur le social : Retour des pouvoirs religieux (catho soutenu par l'aristocratie du LR et du FN, islam soutenu par les post-modernes du PS et du NPA); endettement des familles, des paysans, des travailleurs, des entrepreneurs non capitalistes...;
    • crise immobilière et financière de 2008,
    • 2017 : « Macron (capitalisme) >< Lepen (traditionalisme) » = politique fascisante
    • ...

Alternative à la fascisation du XXI ou contradictions révolutionnaires[modifier | modifier le wikicode]

  • Communisme individuant : « communalisme moderne (Alexandre Zinoviev) <> modernisme commun (Karl Marx) » ( avec complémentarité et dépassement mutuelle des antagonistes)
  • Enjeu : En simultanée,
    • abolition du traditionalisme (dont de la religion) par la pédagogie (méthode globale : Dewey, Decroly, Wallon, Vygotski, Makarenko, Piaget) et l'idéologie nouvelle (Olga et Alexandre Zinoviev) => orientation et potentialisation des personnes ...
    • abolition du capitalisme par la séparation de l'état et du Privé de la propriété, par la socialisation du mode de production et démocratisation globale de la sphère professionnelle => libération de la propriété et émancipation des forces de travail (hommes et nature) ...

Citations[modifier | modifier le wikicode]

Henri Wallon[modifier | modifier le wikicode]

La vie mentale, 1938[modifier | modifier le wikicode]

Par suite des circonstances ou de leur tempérament, leurs tendances affectives l'emportent d'habitude sur le contrôle intellectuel. Or la vie affective présente certaines particularités essentielles que doit connaître quiconque peut-être en rapport avec eux. Suivant, l'expression proposée par Freud, il y a "ambivalence" dans tout sentiment, c'est à dire qu'il est à la fois lui-même et son contraire.

Par exemple, l'amour ne peut pas se développer sans développer simultanément des germes de haine, qui opèrent en sourdine ou se manifestent par épisode et qui peuvent même servir de stimulant à l'amour. Le besoin de faire souffrir, souvent avec raffinement, est un trait inévitable de l'amour, de même que des sentiments intermittents de vive hostilité et d'intolérance. Il n'est pas exceptionnel que le sentiment induit finisse par prendre la place du sentiment initiale; la haine la place de l'amour ou inversement.

  • La vie mentale, Dr H. Wallon, éd. Editions sociales, 1982, chap. Les sentiments et leur ambivalence, p. 320

De l'acte à la pensée, 1942[modifier | modifier le wikicode]

Pour résoudre une contradiction, est-il plus expédient d'en tenir les termes pour irréductibles que de les assimiler entre eux ou d'omettre l'un des deux.

  • De l'acte à la pensée - essai de psychologie comparée, Henri Wallon, éd. Flammarion, 1942, partie Les sources de comparaison, chap. Mythes et Raison, p. 97

Pour une encyclopédie dialectique, 1945[modifier | modifier le wikicode]

Il faut choisir entre l'éclectisme et la dialectique. Au lieu de juxtaposer, de contaminer, de brouiller entre elles les contradictions qui peuvent-être dans les idées et dans les choses, il convient de les reconnaître, de les pousser à leur dernier degré de précision ; de chercher comment la vérité s'en accommode, comment elles se résolvent dans la réalité.

  • Psychologie et dialectique - écrits de 1926 à 1961, Henri Wallon, éd. Messidon, 1990, partie Pour une encyclopédie dialectique, p. 124

J.B.S. Haldane[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque nous trouvons des « contradictions internes » dans nos conceptions des choses, notre esprit reflète la nature. Mais ces contradictions internes ne signifient pas que la nature est irrationnelle. Elles signifient qu’elle est instable.

  • In Simon Gouz, Biologie, philosophie et marxisme. Textes choisis d’un biologiste atypique (1940 in Rationalit Annual), J.B.S. Haldane, éd. Éditions Matériologiques, 2012, p. 81

La nature est probablement infinie, certainement trop étendue pour que nous la saisissions entièrement. Donc notre explication de n’importe quel phénomène matériel est une simplification. Nous pensons naturellement aux choses comme étant nettement délimitées, et dès lors tendons à exagérer leur stabilité. Cependant, plus nous étudions la nature, plus nous voyons que ce qui est apparemment stable se révèle être le champ de bataille de tendances opposées.

  • In Simon Gouz, Biologie, philosophie et marxisme. Textes choisis d’un biologiste atypique (1940 in Rationalit Annual), J.B.S. Haldane, éd. Éditions Matériologiques,, 2012, p. 81

Évariste Sanchez-Palencia[modifier | modifier le wikicode]

Il est utile de considéré la contradiction comme l'opposition de tendance (antagonisme) entre les éléments impliqués dans un processus évolutif (et non comme impossibilité logique), ce qui donne lieu à l'un des principe de la dialectique, la « force créatrice de la contradiction ».

  • Promenade dialectique dans les sciences, Évariste Sanchez-Palencia, éd. Hermann, 2012, partie Pragmatique et dialectique, p. 6

Émile Jalley[modifier | modifier le wikicode]

Le noyau rationnel de la dialectique, que nous spécifions comme paradigme hégélo-marxien de la contradiction, se laisse envisager, en termes généraux, comme l'opposition des contraires au sein d'une unité. Or le paradoxe propre au processus de la contradiction dialectique, c'est de donner lieu à une définition marquée elle-même par la contradiction.

  • Wallon et Piaget - Pour une critique de la psychologie contemporaine, Émile Jalley, éd. L'Harmattan, 2006, chap. 5.5 - Le paradigme hégélo-marxien de la contradiction, p. 372

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Lefebvre, H (1947). logique formelle, logique dialectique. Éditions Sociales
  2. cf Alexandre Zinoviev, 1991, p. 316-317 in citations sur le matérialisme dialectique
  3. 3,0 et 3,1 Évariste Sanchez-Palencia, Promenade dialectique dans les sciences, Hermann, 476p., 2012, p.6-7