Secours rouge international

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AfficheSecoursRouge.jpg

Le Secours rouge international (également connu sous l'acronyme russe МОПР ou MOPR) était une organisation caritative internationale liée à l'Internationale communiste. Créé en 1922 à Moscou, le Secours rouge international est une contrepartie politique de la Croix-Rouge.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

Fondation du SOI[modifier | modifier le wikicode]

Le Secours Ouvrier International est créé en 1921, un an avant le SRI. Son fondateur est Willy Münzenberg, proche de Lénine, futur député du parti communiste d’Allemagne, très lié aux milieux de l’avant-garde artistique. C’est l’époque du vote du Komintern en faveur de la politique de front unique, entraînant le développement d’organisations de masse. 1921, c’est aussi l’époque de la grande famine en URSS. Le 13 juillet, Maxime Gorki lance un appel international pour que l’on vienne en aide aux affamés. De retour d’un voyage dans ce pays, l’Allemand Münzenberg crée l’Internationale Arbeitershilfe (IAH, SOI en français) rassemblant de nombreuses organisations de gauche et des personnalités du monde entier, comme Albert Einstein, Anatole France, Henri Barbusse. Bientôt partiront du monde entier des bateaux de vivres, sous les auspices du SOI. Le SOI devient tellement puissant qu’il installe toutes sortes d’usines en URSS, bâtit des immeubles, répare les anciens.

Dans un second temps, le SOI devient l’organisation d’entraide internationale du prolétariat en lutte. Le SOI organise des collectes pour soutenir les grévistes, accueille les enfants des grévistes, etc. Les enfants des grévistes du Borinage seront ainsi recueilli par des familles ouvrières françaises et allemandes la durée de la grève.

Fondation du SRI[modifier | modifier le wikicode]

Le 29 décembre 1922, la Société des vieux bolcheviks, lors d’une de ses sessions, lance l’idée d’une association russe d’aide et de solidarité internationale aux combattants de la Révolution (MOPR) ; celle-ci reçoit le nom de Secours rouge. Très vite, l’idée est reprise par l’Internationale Communiste et le Secours Rouge s’adjoint de nombreuses sections nationales. Lors de sa première conférence, le Secours Rouge définit ses buts : « La conférence souligne particulièrement la signification politique du S.R.I. comme un des leviers les plus importants du front unique pour attirer les larges masses des travailleurs et des paysans sans distinction de parti à la solidarité avec les combattants révolutionnaires emprisonnés. »

L’organisation se veut donc la plus large possible mais se dote d’une structure très centralisée : le congrès des associations nationales membres, réuni au moins tous les deux ans, élit un Comité Exécutif siégeant deux fois par an ; ce dernier choisit en son sein un Présidium de neuf membres.

La section française est créée en 1923 par des militants et intellectuels communistes comme Henri Barbusse, Romain Rolland ou Francis Jourdain. L’association va s’intéresser au sort des bagnards, des militants anticolonialistes, des ouvriers licenciés pour activité syndicale ou politique, des prisonniers politiques et de leurs familles. Dès cette période, l’association développe des activités sociales destinées aux enfants démunis : colonies de vacances, aide aux enfants des chômeurs dont elle rend compte dans son magazine, La Défense, créé en 1926.

1922-1924 - Julian Marchlewski, premier président du SRI[modifier | modifier le wikicode]

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Julian Marchlewski]] était un des co-fondateurs, en 1893, avec Rosa Luxembourg du Parti social-démocrate de Pologne, puis membre du parti bolchevique et de la Ligue Spartakus. Il sera le premier président du Comité Central du SRI jusqu’à sa mort.

En septembre 1924, le SRI tient sa première Conférence internationale. Il réunit à ce moment 19 sections nationales, à savoir :

  • Allemagne : Rote Hilfe Deutschlands
  • Autriche : Osterreichische Rote Hilfe
  • Bulgarie : Organisation für die Unterstützung für die Opfer der kapitalistischen Diktatur
  • Espagne : Socorro Rojo Internacional
  • France : Secours Rouge International
  • Grande-Bretagne : International Class War Prisoners Aid
  • Mexique : Liga Pro Luchadores Perseguidos
  • Norvège : Norges Roede Hjelp
  • Pays-Bas : Rode Hulp Holland
  • Pologne : Kommission für die Unterstützung von politischen Gefangenen
  • Suède : Internationella röda hjälpen - svenska sektionen
  • Union soviétique : Internationale rote Hilfe fûr die Kämpfer der Revolution
  • USA : International Labor Defense

1924-1933 - Clara Zetkin, présidente du SRI[modifier | modifier le wikicode]

A la mort de Julian Marchlewski en 1925, c’est la grande dirigeante communiste féministe allemande Clara Zetkin qui assume la présidence du SRI.

Clara Zetkin sera députée du KPD de 1920 à 1933. En août 1932, présidant le Reichstag en tant que doyenne, elle appelle à combattre le nazisme. Contrainte à l’exil après l’arrivée des nazis au pouvoir et l’interdiction du KPD, elle meurt quelques semaines plus tard à Moscou.

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Le SRI est impliqué dans plusieurs campagnes de soutien à des militant-e-s injustement accusé-e-s, comme Sacco et Vanzetti.

Avril-juillet 1928 - Exclusion des trotskistes[modifier | modifier le wikicode]

Le conflit entre trotskistes et staliniens rejaillit sur le SRI. En particulier, les trotskistes sont particulièrement forts dans la Section belge du SRI dirigée depuis mai 1925 par l’écrivain Charles Plisnier. En 1928, Plisnier et quelques membres de la section belge du SRI (dont le secrétaire général Guyomard et la majorité du Comité Central) s’alignent sur Trotsky, en opposition à la direction collective Staline-Zinoniev-Kamenev (la ’troïka’).

La direction internationale (le Comité Exécutif et le Présidium) du SRI prononça la dissolution du Comité Central belge au motif qu’il aurait violé la plate-forme du SRI, tandis qu’au sein de la section belge, la lutte de lignes est acharnée (les fédérations bruxelloise et liégeoise rejetèrent ouvertement la ligne du Comité Central contrôlé par les trotskistes et cessent de lui remettre les cotisations). La crise se solda par l’exclusion des trotskistes, et principalement de Plisnier. Celui-ci continuera un temps son engagement trotskiste, puis renoncera très vite à toute activité politique pour se consacrer à la littérature (prix Goncourt 1937 pour Faux passeport, roman basé sur son expérience d’émissaire de l’Internationale Communiste).

Plisnier sera remplacé par Pierre Vermeylen. Sous sa présidence le Secours Rouge connaîtra en Belgique un grand développement. Pierre Vermeylen était alors entouré d’une remarquable équipe d’avocats qui s’engagera dans la Résistance et sera décimée par la Gestapo : Maurice-Robert Beublet (décapité à la hache à Berlin), l’avocat Jean Bastien (mort au camp de concentration de Sachsenhausen) ou Robert Lejour (qui lui succédera à la tête du SR et qui sera abattu par ses geôliers à la prison de Liège). D’autres survécurent comme l’avocat cinéphile Jean Fonteyne (futur sénateur communiste entre 46-49), comme Albert Van Ommeslaghe (qui sera également sénateur du PCB après-guerre), Luc Peereboom (futur juge de paix), Georges Van Steenbeek, Israël Joudanine, Jacques Cyprès, et quelques autres.

Novembre 1932 - Premier congrès du SRI[modifier | modifier le wikicode]

C’est en novembre 1932, à l’occasion du dixième anniversaire du SRI, qu’eu lieu, à Moscou, dans la célèbre salle des colonnes de la Maison des syndicats (là où s’était tenu le congrès de l’Internationale syndicale rouge, où l’on exposera la dépouille de Staline), le premier Congrès international du Secours Rouge. Le SRI compte à cette époque 71 sections nationales totalisants 13,8 millions de membres (5.556.000 pour l’URSS). Pierre Vermeylen y représentait la section belge tandis que la section française était représentée par Marie-Louise Cachin, fille du fondateur du PCF.

Septembre 1933 - Le procès et de contre-procès du Reichstag[modifier | modifier le wikicode]

Le 27 février 1933, le Reichstag (parlement allemand) était incendié. Les nazis hurlèrent au complot communiste et instaurèrent un régime de terreur. La police allemande avait arrêté à Berlin le dirigeant communiste Dimotrov et deux autres bulgares et l’accusait de l’incendie du Reichstag en complicité avec un vagabond hollandais arrêté sur les lieux de l’incendie, Van der Lubbe, et le président de la fraction communiste au Reichstag, Torgler.

Willi Münzenberg organisa un grand contre-procès. Le président de la section belge du Secours Rouge, Pierre Vermeylen, était le seul ’apparenté communiste’ du jury. Münzenberg avait veillé à ce qu’il fut pluraliste. Le président du contre-procès était le King’s Councellor Pritt du barreau de Londres. A ses côtés siégeaient l’avocat new-yorkais célèbre pour avoir défendu Sacco et Vanzetti. Siégeait aussi dans la commission le bourgmestre socialiste de Stockholm, un avocat français, une parlementaire libérale néérlandaise, etc. Le contre-tribunal siégea à Londres et rendit son verdict trois jours avant l’ouverture du procès de Berlin, le 18 septembre, en déclarant qu’il était bien probable que le véritable incendiaire fut Hermann Goering, alors ministre de l’intérieur du Land de Prusse.

Au procès, Dimitrov se défendit froidement des accusations et réplique en accusant ses accusateurs, poussant Goering à la faute. Ce procès vaudra à Dimitrov une renommée mondiale. Après avoir été acquitté, il gagne l’Union Soviétique, devient secrétaire général de l’Internationale Communiste de 1934 à sa dissolution en 1943. En 1944, Dimitrov retourne en Bulgarie dont il dirige le Parti communiste, et fonde la République populaire de Bulgarie.

1934 - Campagne de soutien aux mineurs d'Asturies[modifier | modifier le wikicode]

En octobre 1934, des insurrections prolétariennes ont lieu à Madrid, en Catalogne et dans les Asturies. Dans les deux premiers cas, la contre-révolution triomphe assez facilement. En revanche, des soviets sont organisés dans la seule région qui y soit prête, la région minière des Asturies. Cette insurrection est parfois appelée la ’Commune espagnole’ ou la ’Révolution d’octobre’ puisqu’elle culmine en octobre 1934 lorsque l’armée rouge des mineurs contrôle un territoire de quelques 1.000 km² autour d’Oviedo et au sud de cette ville. L’insurrection est matée dans le sang par les troupes d’Afrique commandées par Franco. La répression ordonnée par le gouvernement est terrible : 1.000 morts et 20.000 prisonniers pour lesquels le Secours Rouge International fait campagne.[1]

En 1935, Pierre Vermeylen s’oppose à son tour à la ligne du Praesidium du Secours Rouge International. Il démissionne de son poste, et s’éloigne du mouvement communiste pour se rapprocher du parti socialiste, dans les rangs duquel il sera après-guerre sénateur et ministre. C’est l’avocat Robert Lejour qui le remplace à la tête du SRI belge.

1936 - Du Secours rouge au Secours populaire[modifier | modifier le wikicode]

En 1936, dans la logique du tournant opportuniste du Front Populaire, le Secours Rouge devient en France le « Secours Populaire de France et des colonies ».

C’est en 1938 que le slogan « Tout ce qui est humain est nôtre » devient la devise de l’association, toujours en vigueur aujourd’hui.

1936-1939 - La guerre d’Espagne[modifier | modifier le wikicode]

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Préparé de longue date, le soulèvement militaire fasciste éclate le 17 juillet 1936, mais sa mise en échec partielle contraignit les militaires putchistes (soutenus par l’Eglise, Hitler et Mussolini), et le gouvernement de Front Populaire (soutenu par l’URSS et, très timidement, par les démocraties occidentales) à se livrer une guerre totale, imprévue, longue et meurtrière

Les membres du SRI organisent des quêtes pour acheter du lait pour les enfants d’Espagne, des collectes de vivres et de vêtements. Des camions de la solidarité parcourent la campagne, on affrète des péniches, des trains et des bateaux.

1933-1940 - Le soutien aux antinazis exilés ou emprisonnés[modifier | modifier le wikicode]

Les campagnes pour dénoncer les crimes nazis, celle exigeant l’acquitement de Dimitrov, celle exigeant la libération de Thälmann (dirigeant du Parti Communiste d’Allemagne) eurent un grand retentissement. Le Comité Thaelmann, créé à Paris en mars 1934, avait organisé en outre un grand nombre de meetings (rassemblant plus de 100 000 personnes rien qu’en 1935 !), lâché des centaines de ballons sur l’Allemagne sur lesquels étaient écrit Freiheit für Thälmann, envoyé des délégations, organisé un contre-tribunal avec 300 juristes, etc.

Le Secours Rouge allemand souffrira beaucoup de la répression nazie. Par milliers, ses membres et ses dirigeants sont envoyés en camp de concentration. Ils seront nombreux à être exécutés, comme Johanna Kirchner qui avait été emprisonnée par Vichy et livrée à la Gestapo en 1942. C’est une des rares dirigeantes du Rote Hilfe qui venaient du parti socialiste. D’abord condamnée à dix années d’emprisonnement, Johanna Kirchner fut rejugée et exécutée le 9 juin 1944. Le Secours Rouge a pu maintenir une activité clandestine sporadique. C’est ainsi qu’un autre dirigeant du Rote Hilfe, Wilhelm Beuttel qui avait reconstitué l’organisation en Allemagne fut arrêté par la Gestapo en 1943 et exécuté en 1944.

Le site Nicht mehr anonym (’Plus jamais anonyme’) a mis en ligne les fiches des personnes arrêtées par la Gestapo de Vienne, dont quelques membres du Secours Rouge autrichien clandestin.[2]

Le Secours populaire français[modifier | modifier le wikicode]

Durant la Seconde guerre mondiale, le Secours populaire de France, malgré son interdiction, poursuit ses actions de solidarité, édite des numéros de La Défense dans la clandestinité. La moitié des cadres dirigeants sont fusillés ou déportés pendant l’Occupation.
L’association se réorganise dans le Paris de la Libération et envoie, dès décembre 1944, des enfants en vacances.

L'association fusionne en 1945 avec l’Association nationale des victimes du nazisme (ANVN) et devient le Secours populaire français.

Aujourd'hui, le Secours populaire est complètement dépolitisé :

« Grand mouvement décentralisé, le Secours populaire regroupe 99 fédérations départementales et professionnelles et 656 comités. L'objectif commun est de pratiquer une solidarité agissant sur les conséquences des drames vécus par des personnes, individuellement ou collectivement, sans se prononcer sur les causes et de permettre à chacun de s'investir personnellement. »[3]

Tentatives de refondation[modifier | modifier le wikicode]

Après la Seconde guerre mondiale, plusieurs forces politiques tentent de refonder un Secours rouge international, mais il n'y a plus d'équivalent de l'organisation de masse des origines.

Années 1970[modifier | modifier le wikicode]

Dans les années 1970, en plein essor du militantisme en Europe, dans le but de venir en aide aux militants arrêtés durant les manifestations et les grèves, le Secours Rouge était une première fois refondé.

En Belgique, cette tentative de refondation fut menée par des organisations marxistes-léninistes comme le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de Belgique (PCMLB), les maoïstes de l’organisation ’Université Usine Union’ et de ’Tout le pouvoir aux travailleurs’ et par les trotskistes de la Jeune Garde Socialiste (organisation de jeunesse de la Ligue Révolutionnaire des Travailleurs, l’actuelle LCR).

De semblables démarches en France (sous la présidence de l’ancien commandant de la résistance armée communiste Charles Tillon et avec l’adhésion de Jean-Paul Sartre), en Italie (avec l’adhésion de Dario Fo et de Franca Rame) et ailleurs. Parmi les fondateurs du SR italien, Sergio Spazzali, avocat des brigadistes rouges et militant communiste lui-même, puisqu’il fut l’un des fondateurs de la ’Cellule pour le PCC’, un des courants constitutifs du PCPM. Sergio Spazzali est mort en exil, à Paris. Finalement, seul le nouveau Secours Rouge allemand (Rote Hilfe) passera le cap du reflux des luttes à la fin des années 1970, et le projet d’unir ces organisations en un nouveau SRI échoua.

Années 1980 à aujourd'hui[modifier | modifier le wikicode]

Le 15 décembre 1985, quatre militants des Cellules Communistes Combattantes sont arrêtés et placés à l’isolement carcéral. Leurs proches se forment aussitôt en Association des Parents et Amis des Prisonniers Communistes (APAPC). Ils lutteront d’abord pour que soit mis fin au régime d’isolement, ensuite pour que soit appliqué aux prisonniers les procédures de libération conditionnelle. Autour de ce groupe se forme un réseau international qui existe jusqu'à aujourd'hui.[4]

Le premier ’tour de table’ pour la refondation d’un Secours Rouge International, convoqué par l’Association des Familes et des Amis des Prisonniers Politiques (Espagne) a rassemblé à Lyon, en décembre 2000, des délégués de Belgique, France, Suisse et Italie. L’APAPC y représentait la Belgique. C’est à la suite de cette réunion que sont issus la Commission pour un SRI, et la Plate-forme pour un SRI.
 

Le chant du Secours rouge[modifier | modifier le wikicode]

Pour briser l’ardeur des meilleurs combattants,
Pour vaincre l’essor ouvrier montant,
Le Bourgeois fait donner sa police.
Prison, tribunaux, matraqueurs, répression,
Fascistes tout prêts à servir les patrons,
Ont jeté tout un peuple au supplice.

Contre ce monde malade
Jusqu’au jour de l’assaut final
Protégeons nos camarades
Qu’un régime infernal
Frappe dans nos rangs
Secours à nos combattants !

Martyrs blancs et noirs des pays coloniaux,
Chinois et Roumains tous unis au tombeau,
Innocents qu’on refuse d’absoudre
Vos cris resteraient sans écho, sans espoir
Si chacun de nous comprenant son devoir
N’allait vers vous par le Secours Rouge.

Refrain

Chacun des méfaits du bourgeois assassin
Dressant contre lui tout le genre humain
Porte atteinte à sa propre puissance.
Unis par ses coups ceux qu’il frappe si fort
Invinciblement lui préparent le sort
Du tsarisme écroulé dans sa fange.

Refrain

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]