Ondes longues du capitalisme

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Les ondes longues du capitalisme sont une théorie du marxiste Ernest Mandel. Il s'agit d'une étude des cycles longs du capitalisme, à la suite des travaux de Kondratieff et Schumpeter.

Historique[modifier]

Les ondes longues avaient déjà soulevé au siècle passé l’intérêt d’auteurs marxistes ou néoclassiques. levons (1884), Wicksell (1894), Casel (1918) et van Gelderen (1913), entre autres, acceptèrent l’existence de ces cycles longs.

Mais ce fut Kondratieff qui, dans les années 1920, fit la première étude statistique sur la base de séries concernant la France, l’Angleterre et les États-Unis. Ces chiffres, qui couvraient la période allant de la fin du XVIIIe à 1920, suggéraient l’existence d’« ondes longues » ayant une durée moyenne de 50 ans. Kondratieff considérait les ondes longues comme une expression de forces internes au capitalisme, c’est-à-dire, selon ses propres termes, « émanant de causes inhérentes à la nature propre de l’économie capitaliste ». Le fonctionnement en serait « endogène » et non « exogène », autrement dit le comportement cyclique de l’économie capitaliste serait déterminé par des forces internes et non par l’intervention d’un facteur externe quelconque. Ainsi, pour Kondratieff, ce ne sont pas les innovations technologiques qui sont à l’origine des ondes longues. Ces dernières sont l’émanation de forces plus profondes qui façonnent le développement de l’économie capitaliste.

En outre, Kondratieff observait un large éventail de phénomènes sociaux et économiques ayant une dynamique endogène d’agrégation : guerres et découvertes de gisements d’or, expansion géographique des marchés, etc. Les innovations technologiques exercent une grande influence sur le développement capitaliste. Toutefois, elles surgissent en tant que réponse à des facteurs endogènes. Elles ne constituent pas la cause de ce développement. Il est évident que les notions d’« endogénéïté » et d’« exogénéïté » ne doivent pas faire référence à la société capitaliste dans son ensemble - car, dans ce cas de figure, tout serait endogène - mais elles renvoient aux mécanismes économiques de base de son fonctionnement. En ce sens, l’explication de Kondratieff n’est pas correcte, et Trotsky l’a clairement indiqué dans un article bref, mais pénétrant, écrit au moment où Kondratieff formula sa théorie des ondes longues[1].

Le caractère exogène des ondes longues a été ensuite défendu à partir de points de vue très différents. Le premier, dont Joseph Schumpeter est le représentant le plus important, part de l’idée que les cycles longs sont suscités par les processus d’innovations technologiques. La seconde position part de l’idée que les ondes longues sont déterminées par des facteurs externes, qui ne se confondent pas avec les innovations technologiques, mais qui relèvent de phénomènes extra-économiques non systémiques et non périodiques. De plus, ces facteurs auraient été différents selon les différentes phases du capitalisme. Walt Whitman Rostow peut être classé dans ce courant. Toutefois, au cours des années cinquante et soixante, l’hégémonie acquise, dans le champ de l’économie conventionnelle, par le keynésianisme et, dans le champ de l’économie marxiste, par le marxisme soviétique, firent disparaître l’étude des ondes longues de la littérature économique.

Dans ce contexte, Ernest Mandel reprend la théorie des ondes longues pour en faire la pièce qui manquait selon lui entre la loi de la chute tendancielle du taux de profit et les cycles industriels périodiques. Le taux de profit chute de manière tendancielle, tout en connaissant des oscillations pendant de longues périodes. Chacune de ces oscillations détermine une onde longue, elle-même composée de phases ascendantes et descendantes. Et dans sa phase initiale ainsi qu’au long de son développement, de multiples facteurs externes interviennent qui déterminent comment fonctionnent les lois du développement capitaliste à chaque période historique. L’évolution du taux de profit résume tous ces phénomènes internes et externes, mais chaque onde longue doit être considérée comme une période singulière, avec ses caractéristiques spécifiques. En outre, les ondes longues ne consistent pas en des mouvements pouvant être expliqués mécaniquement, à la manière dont le fait la théorie des cycles dans l’économie conventionnelle ou par des mécanismes endogènes comme l’a présenté Kondratieff, ou aujourd’hui les tenants de l’École de la régulation (Aglietta, Boyer...).

Au début d’une phase d’expansion de longue durée, des facteurs externes, dans le sens défini plus haut, interviennent. Le plus significatif s’avère être celui de la lutte des classes. Par conséquent, la théorie des ondes longues ne relève pas de la construction d’un modèle théorique abstrait ; elle participe de l’élaboration d’une théorie et d’« instruments » visant à pouvoir analyser l’évolution des lois du développement capitaliste. Dans ce sens, toutes les ondes longues ont été différentes puisque leur concrétisation affirme leur singularité.

Périodisation[modifier]

Pour Ernest Mandel, les ondes longues doivent être intercalées entre la "tendance générale" et les "crises périodiques". Sa périodisation de ces ondes longues du capitalisme est la suivante :


Expansion
Récession
1ère onde longue
1789-1816 1816-1847
2ème onde longue 1848-1873 1873-1896
3ème onde longue 1896-1919 1919-1945
4ème onde longue

1945-1970 « Trente Glorieuses »

1970-2010


Notes et sources[modifier]

Nicolas Kondratieff, Les Grands cycles de la conjoncture

Joseph Schumpeter, Business Cycles, New York, 1939, et Capitalisme, socialisme et démocratie

Ernest Mandel, Le Troisième âge du capitalisme

  1. Léon Trotsky, La courbe du développement capitalisme, avril 1923