Harriet Law

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Harriet Teresa Law (1831-1897) était une militante britannique de premier plan à Londres.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

Harriet Teresa Frost naît le 5 novembre 1831 à Ongar, d'un père petit agriculteur, où elle est élevée comme baptiste (courant chrétien évangélique). Lorsque l'exploitation de son père fait faillite, sa famille déménage à Londres, au quartier de l'East End.

Harriet enseigne dans une école du dimanche pour apporter un revenu à la famille. Dans les années 1850, elle commence à débattre avec des owenistes comme George Holyoake et Charles Southwell qui donnaient des conférences dans l'Est londonien. Ces rencontres bouleversent ses croyances. Elle "vit la lumière de la raison" en 1855 et devint une fervente partisane de Holyoake, athée, féministe, et coopérativiste.

Harriet épouse Edward Law, qui était également libre-penseur, le 11 janvier 1855. Ils vivaient à 38 Boyson Road à Walworth et avaient quatre enfants.

Oratrice laïque[modifier | modifier le wikicode]

Harriet Law devient salariée pour le mouvement laïc et tient de nombreux meetings contre le christiannisme à travers le pays, devant des auditoires souvent hostiles et parfois violents.

Alors qu'elle donnait une série de conférences à Keighley, dans le Yorkshire, en septembre 1866, elle dut rivaliser avec Henry Grattan Guinness (de la famille des brasseurs), un évangéliste anticonformiste qui a tenu des réunions en même temps pour essayer de contrer son influence. Ecrivant en 1893, Annie Besant dit d'elle, "Mme Harriet Law, une femme de beaucoup de courage et de fortes capacités naturelles, eut de nombreux moments durs du temps de ses conférences."

Les groupes féministes mainstream l'excluaient en raison de ses convictions marxistes et athées. Certains de ses opposants rejetaient ses idées au nom du fait qu'elle venait des classes inférieures, qu'elle était peu instruite et enfin qu'elle était une femme. Un membre de l'Association de défense de la Bible a dit qu'il "ne pouvait pas discuter dans les rues avec une femme, et surtout pas une femme de la classe de Mme Law."

Une conférence qu'elle donnait à Woolwich sur "Comment je suis devenue libre penseur et pourquoi je le reste" a été attaquée dans la presse comme une "conférence infidèle".

Certains des conférences que Law a donné à Cleveland Hall à Fitzroy Square à Londres dans les années 1860 ont été intitulés : « Les enseignements et la philosophie de JS Mill, Esq.", "Le décès de Robert Owen: un hommage à sa mémoire" et "Appel aux femmes à considérer leurs intérêts en rapport avec les aspects théologiques, sociaux et politiques de ce temps"

En Juin 1867 lors d'un meeting pour le droit de vote elle partage la scène à Cleveland hall avec la médecin et militante américaine Mary Edwards Walker. Law a parlé de la proposition de John Stuart Mill pour le suffrage féminin, tandis que Walker a parlé de la réforme des lois sur le mariage. En 1876, Law est engagée par l'Union laïque du Lancashire pour donner dix conférences spéciales, attirant chacune autour de 5 000 personnes.

Lors de ses tournées Harriet Law ne représentait pas la direction du mouvement, mais parlaient en tant que conférencière freelance lors des réunions des sociétés laïques locales. Bien qu'elle ait eu un rôle de premier plan dans le mouvement, Law n'a pas rejoint la direction de la National Secular Society (NSS), peut-être en raison de la difficulté à travailler avec son leader, Charles Bradlaugh. Lors de la conférence de la NSS en 1866 à Leeds, elle a soutenu George William Foote dans sa tentative pour évincer Bradlaugh, en vain. Peu de temps après, Foote a été exclu. Elle s'est vue proposer deux fois la vice-présidence de la NSS, en 1867 et en 1876, mais a refusé.

Au milieu des années 1870, Annie Besant est en passe d'éclipser Law comme principale conférencière de la libre-pensée. Law quitte la NSS en 1877. George Holyoake, Charles Watts et Harriet Law fondent alors la British Secular Union, qui restera active jusqu'en 1884.

Une leader communiste[modifier | modifier le wikicode]

L'Association internationale des travailleurs, était à sa fondation quasi-exclusivement masculine, et il n'y avait aucune femme à sa direction. En 1865, l'AIT décida que les femmes pourraient être membres.

Lors de la réunion du Conseil général de l'AIT du 16 avril 1867, une lettre de Harriet Law concernant les droits des femmes a été lue, et il a été convenu de lui demander si elle serait prête à assister aux réunions du conseil. Le 25 juin 1867 elle est ainsi la première femme siégeant au Conseil général.

Elle est souvent restée silencieuse, mais est intervenue dans un certain nombre de discussions. En 1868, Marx dit que "l'oratrice bien connue Harriet Law représente le mouvement athée populaire dans le Conseil général". C'est peut-être sous son influence que Marx a commencé à parler des femmes travailleuses dans ses déclarations et adresses.

Le 27 août 1867, une discussion eut lieu au Conseil général de l'AIT sur l'opportunité de renforcer la propagande. Marx exprima son opposition à la transformation de l'AIT en "club de discussion", ajoutant qu'il nétait pas opposé aux discussions sur les "grandes questions". Parmi ceux qui sont notés dans le compte-rendu comme favorables à des débats, figure Harriet Law.

Le 28 Juillet 1868, Marx parle au Conseil général de l'effet néfaste de la machinerie aux mains des capitalistes sur "les enfants et les femmes". Il précise qu'il n'est pas contre l'intégration à la production des femmes et des enfants à partir de 9 ans, mais que dans les conditions actuelles l'effet est "abominable". Le débat se poursuivant le 4 août, Harriet Law dit que les machines ont rendu les femmes moins dépendantes aux hommes qu'auparavant, et qu'elles finiraient par les émanciper de l'esclavage domestique. Le 11 août, Marx met en avant la nécessité de la réduction du temps de travail pour "les femmes et les enfants", ajoutant que dans la plupart des cas cela conduirait à la réduction du temps de travail pour les hommes.

Law n'assiste pas aux réunions du Conseil général entre août 1870 et octobre 1871. En réponse à une question sur son absence Engels repondit qu'elle lui avait dit qu'elle se considérait encore comme membre. Elle fut parmi les signataires de la brochure publiée en 1872, Les prétendues scissions dans l'Internationale, qui opposa les partisans de Marx et ceux de Bakounine.

Law dénonçait l'impérialisme britannique à une époque où les élites étaient fières de l'expansion continue de l'Empire britannique.

Après avoir quitté le Conseil général, Law est élue pour représenter la Société centrale des femmes travailuses de Genève au Congrès de La Haye de l'AIT en 1872, mais pour une raison inconnue elle ne s'y rend pas. Les femmes de l'AIT de Genève étaient contre le «salaire familial» qui était préconisé en Amérique par le marxiste Friedrich Adolph Sorge, et elles voulaient que l'AIT revendique des "avantages égaux" dans le droit du travail.

Dernières années[modifier | modifier le wikicode]

En 1876 elle rachète le journal Secular Chronicle, suite à la mort de son propriétaire George Reddells. Elle le gère avec sa fille et élargit son contenu, abordant le socialisme, l'athéisme et les droits des femmes. Elle publie une courte biographie de Karl Marx, avec un portrait, et dans le numéro suivant elle publie un article de Marx dans lequel il pointe les erreurs de L'histoire de l'Internationale de George Howell . Elle a aussi publié des profils de femmes tels que Mary Wollstonecraft. En 1877, elle publie An hour with Harriet Martineau. Elle cède le journal en 1878 à de nouveaux propriétaires, après avoir y perdu 1000 £.

Sa santé dégradée la force à réduire ses activités à partir de 1879. Mais elle continue à donner des conférences de temps à autre. Le 6 mars 1881 elle parlait à l'inauguration du nouveau bâtiment de la Société laïque de Leicester, aux côtés de George Jacob Holyoake, Annie Besant et Charles Bradlaugh.

Harriet Law meurt d'une crise cardiaque le 19 juillet 1897, après avoir contracté une bronchite. A cette époque, elle vivait au 24 Somerville Road à Peckham.

Hommages[modifier | modifier le wikicode]

Selon Bradlaugh elle était « sérieuse, brutalement honnête ».

William Stewart Ross a déclaré: « Elle était une femme entière, honnête, totalement exempte de tout soupçon de charlatanisme. »

Eleanor Marx disait qu'elle était l'une des premières femmes à reconnaître « l'importance de l'organisation des femmes du point de vue du prolétariat », et ajoutait « Quand l'histoire du mouvement ouvrier en Angleterre sera écrite le nom de Harriet Law sera inscrit dans le livre d'or du prolétariat. »[1]

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Worker's Liberty, Remember Harriet Law, 2007

Christine Fauré, Political and Historical Encyclopedia of Women, 2003