Capital fictif

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Définition[modifier]

Dans la section V du livre III du Capital, Karl Marx utilise le concept de capital fictif pour désigner la monnaie de crédit, les titres de la dette publique et les actions. Autrement dit, le capital fictif regroupe l'ensemble des liquidités et titres créés à partir de rien (ne reposant pas sur une production matérielle prééexistante) par des institutions financières, l'Etat, ou des entreprises. Le rôle du capital fictif dans l'économie capitaliste est de prévalider le procès valorisation du capital afin d'amplifier le développement des forces productives et le marché mondial au-delà de ce qu'il est possible de faire avec la plus-value réellement extorquée par les capitalistes au terme d'un cycle de production. Par exemple, il serait impossible pour un Etat d'investir massivement dans de nouvelles infrastructures ferroviaires uniquement en augmentant les impôts sur les sociétés car cela nuirait à la compétitivité de celles-ci, il est donc obligé d'emettre des obligations (titres de dette), donc du capital fictif. Il en est de même pour une entreprise qui souhaite faire de lourds investissements en capital fixe (bâtiments, machines) qu'il n'est possible d'amortir que sur le long terme, et qui va donc demander des crédits banquaires ou émmettre des actions faute de pouvoir auto-financer ces investissements avec les profits préalablement réalisés par l'exploitation de la force de travail.

En accordant des crédits à intérêts ou en achetant des titres sur les marchés financiers (actions, obligations), les capitalistes financiers s'attribuent des droits de tirage sur la plus-value qui sera réalisée dans le futur. En cela, ils font un pari sur le futur. Mais en installant ainsi l'idée confortable et chimérique d'une séparation entre procès de valorisation et exploitation du travail, le capitalisme favorise les phénomènes de spéculation financière : d'une part, les capitalistes financiers fétichisent la monnaie en croyant pouvoir faire du profit sans passer par la production de marchandises, en croyant que le capital peut s'auto-fructifier. D'autre part, la spéculation financière devient un refuge pour les capitalistes lorsque les taux de profits dans la sphère productive sont trop bas. Mais l'économiste marxiste Cédric DuranD a précisé la conception du caractère "fictif" de ce capital : "dans l'approche marxiste, la fictivité n'est pas synonyme du succès ou de l'échec du procès de valorisation à venir, même si elle en indique la fraglité. [...] le capital est fictif dans la mesure où il circule sans que la production soit encore effective." (Durand, 2014)

Références[modifier]

Cédric Durand. Le capital fictif. Comment la finance s'approprie notre avenir, Les Prairies Ordinaires, Paris, 2014.