Beatrice Potter Webb

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Beatrice Webb en 1894.

Martha Beatrice Potter Webb ( 30 avril 1943) est une économiste et militante socialiste britannique.

Elle et son mari Sidney Webb étaient connus comme un couple d'intellectuels britanniques, dirigeants de la Fabian society, un think tank du réformisme socialiste.

1 Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Beatrice Potter nait à Gloucester, dans le comté de Gloucestershire. Elle est la petite fille d'un parlementaire radical, Richard Potter. En 1882, elle a une relation avec l'homme politique radical Joseph Chamberlain, alors ministre. En 1890, elle rencontre Sidney Webb, qui l'aide dans ses recherches. Ils se marient en 1892 et travailleront ensemble jusqu'à leur mort.

Sidney et Beatrice sont parmi les tout premiers membres de la Fabian Society en 1884.  Avec Annie Besant, Graham Wallas, Edward R. Pease, Hubert Bland, Sidney Olivier et George Bernard Shaw, ils transformeront la Fabian Society en un important club politico-intellectuel dans l'Angleterre de l'époque édouardienne.

En 1894, les époux Webb publient History of Trade Unionism, qui devint un livre de référence sur les syndicats.

Beatrice prend très souvent part aux activités politiques et professionnelles de son mari, y compris au sein de la Fabian Society. Elle participe ainsi à la création de la London School of Economics (LSE).

1.1 Théoricienne de la coopérative[modifier | modifier le wikicode]

Elle contribue de manière importante aux théories politiques et économiques du mouvement de la Coopération. Elle est la première à employer les termes de « fédéralisme coopératif » et d'« individualisme coopératif » dans son livre publié en 1891 Le Mouvement Coopératif en Grande-Bretagne.

Beatrice Webb pense que les sociétés fondées sur la consommation coopérative doivent former des sociétés fondées sur un mode de coopération de vente de gros et que les Coopératives Fédéralistes doivent acheter des fermes ou des usines. Elle est très critique vis-à-vis des coopératives ouvrières censées conduire au socialisme, pointant du doigt que de telles tentatives se sont largement soldées par des échecs.

1.2 Eugénisme[modifier | modifier le wikicode]

Beatrice Webb admire Francis Galton. Elle pousse son époux Sidney Webb à adhérer à la Société eugénique à partir de 1890. Cependant, tous deux rejettent l'idée d'eugénisme positif de Francis Galton. Ils préconisent une action sur l'environnement plutôt que sur la biologie.

1.3 Théoricien·es réformistes[modifier | modifier le wikicode]

Beatrice et Sidney Webb 1895.jpg

Les époux Webb étaient des socialistes réformistes au sens classique. Ils étaient convaincus qu'une société socialiste meilleure adviendrait, et en parlaient abondamment dans leurs écrits. Ils ont ainsi milité contre la pauvreté des masses ouvrières, pour la journée de 8 heures, etc.

Les époux Webb fondent le magazine New Statesman en 1913.

Ils rejoignent le Parti Travailliste fin 1914. Ils sont à l'origine de la Clause IV du programme du parti, qui fixait l'objectif de la nationalisation de toute l'industrie. Mais ils s'appuyaient pour cela uniquement sur une stratégie électoraliste et gradualiste de transformation du capitalisme. Leur milieu était profondément bourgeois et ils étaient étrangers à toute idée d'indépendance de classe du prolétariat et de révolution.

Au moment de la révolution russe de 1917, ils condamnent les bolchéviks d'un point de vue typiquement bourgeois libéral. Ils voient le fascisme italien et le communisme russe comme les deux faces d'une même pièce, d'un même goût pour la violence, et ils s'effraient de la montée de la lutte de classe de cette période.

Sidney devient député en 1922. Leur influence est d'autant plus importante qu'ils organisent les Coefficients club[1], des dîners qui attiraient les penseurs et les hommes d'État les plus influents de l'époque.

En 1928, ils déménagent à Liphook (Hampshire) où ils passeront le reste de leur vie.

En 1929, Sidney Webb devient Baron Passfield et membre du gouvernement anglais (Secrétaire d'État aux colonies et Secrétaire d'État aux affaires des dominions) sous Ramsay MacDonald. Le 21 octobre 1930, il publie le Livre blanc de Passfield, qui remet en question la poursuite de l’implantation juive en Palestine. En cette même année 1930, il doit démissionner en raison de problèmes de santé.

En 1932, les Webb passent deux mois en URSS stalinienne... et se mettent à l'apprécier. En cette période de dépression économique dans le capitalisme occidental, ils vantent la croissance soviétique, qui leur semble propice à développer graduellement la société vers le socialisme. En 1935, ils publient un livre élogieux de 1000 pages nommé Soviet Communism: A New Civilisation? Le livre sera essentiellement basé sur des publications et statistiques fournies par l'ambassade soviétique de Londres. Ils resteront par la suite fidèles à l'URSS jusqu'à leur mort. Leur livre La Vérité sur la Russie Sovietique (1942) est un éloge du régime de Staline... Il sera frontalement critiqué par l'historien trotskiste Al Richardson.

Beatrice Potter meurt à Liphook le 30 avril 1943, et Sidney Webb le 13 octobre 1947.

2 Quelques appréciations sur Sidney Webb[modifier | modifier le wikicode]

Dans The New Machiavelli (1911) de H. G. Wells, les Webb, sous le nom des Baileys, sont critiqués pour être des bourgeois manipulateurs. La Fabian Society, dont Wells fut brièvement membre, ne valait pas mieux à ses yeux.

Friedrich Hayek, à la suite de la lecture du journal de Beatrice Webb, écrit : « malgré cette relation intime du partenariat particulièrement heureux qui nous est présenté, « l'Autre » demeure une silhouette curieusement impersonnelle et discrète dont le trait distinctif semble être une puissance et une stabilité intellectuelles parfaites. Sidney Webb a souvent été décrit comme le prototype du parfait commissaire politique et sa description dans le livre comme un homme qui « n'avait pas le moindre scrupule », « altruiste », et doté d'une « conscience robuste » le confirme à peine »[2]

3 Œuvres[modifier | modifier le wikicode]

Les écrits de Beatrice Webb, et notamment son journal intime, sont regroupés dans les archives Passfield de la London School of Economics[3].

Œuvres de Béatrice Potter Webb :

  • Cooperative Movement in Great Britain (1891)
  • Women and the Factory Acts (1896)
  • The abolition of the Poor Law (1918)
  • Wages of Men and Women: Should they be equal? (1919)
  • My Apprenticeship (1926)
  • A new Reform Bill (1931)
  • Our Partnership by Beatrice Webb (1948), Longmans, Green & Co: London, New York, edited by Barbara Drake & Margaret Cole at the request of Sidney Webb. Covers the period from 1892 up to 1911.
  • The Diaries of Beatrice Webb (2000), edited by Norman and Jeanne Mackenzie; abridged by Lynn Knight. Published by Virago in conjunction with the LSE: London. Covers period from 1873 to 1943; the diaries are also available in typescript and manuscript facsimile at LSE digital library, Beatrice Webb's diaries.

Coécrites avec Sidney Webb :

  • History of Trade Unionism (1894)
  • Industrial Democracy (1897)
  • English Local Government (9 volumes, 1906-1929)
  • The Manor and the Borough (1908)
  • The Break-Up of the Poor Law (1909)
  • English Poor-Law Policy (1910)
  • The Cooperative Movement (1914)
  • Works Manager Today (1917)
  • The Consumer's Cooperative Movement (1921)
  • Decay of Capitalist Civilization (1923)
  • Methods of Social Study (1932)
  • Soviet Communism: A New Civilization? (1935)
    • Réédité en 1937 sous le nom de Soviet Communism: A New Civilization, sans point d'interrogation[4].
  • The Truth About Soviet Russia (1942)

4 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Stéphane Lebecq (dir.), Fabrice Bensimon, Frédérique Lachaud et Joseph Ruggiu, Histoire des îles britanniques, Paris, PUF, coll. « Quadrige Manuels », , 2e éd. (1re éd. 2007), 976 p. (ISBN 978-2-13-061745-7 et 2-13-061745-X)
  • Friedrich Hayek, Les époux Webb et leur œuvre in Essais de philosophie de science politique et d'économie, les belles lettres 2007, p. 500 (le texte est paru en anglais initialement dans Economica en août 1948)
  • Corinne M. Belliard, Beatrice Webb divorcée de la Charity Organisation Society in Emancipation des femmes à l'épreuve de la philanthropie, Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques Historiques », 2009, pp. 180-190

5 Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. https://en.wikipedia.org/wiki/Coefficients_%28dining_club%29
  2. Friedrich Hayek, Les époux Webb et leur œuvre in Essais de philosophie de science politique et d'économie, les belles lettres 2007, p. 500 (le texte est paru en anglais initialement dans Economica en août 1948)
  3. (en) « 'A poor thing but our own': the Webbs and the Labour Party. », sur The London School of Economics and Political Science
  4. Lebecq et al. 2013, p.761