Armand Cuvillier

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Armand Cuvillier (1887-1973) est un professeur de philosophie et journaliste français.

BIOGRAPHIE[modifier | modifier le wikicode]

Aperçu[modifier | modifier le wikicode]

Classé premier à la session spéciale d'octobre de l'agrégation de philosophie de 1919[1], il devient professeur dans de nombreux lycées, notamment au Lycée Louis-le-Grand. Cuvillier s'employa à présenter les différentes doctrines philosophiques dans des traités et choix de textes restés célèbres. Il se spécialisa plus particulièrement dans la philosophie de Nicolas Malebranche. S'intéressant également à la sociologie, il participa à l'activité de nombreuses revues littéraires et philosophiques. Il gravite un temps dans le groupe formé par le sociologue Georges Gurvitch, autour de la revue : Cahiers Internationaux de Sociologie, à laquelle il collabore. Dans son Manuel de Sociologie, il revendique l'héritage de la sociologie de Durkheim, qu'il oppose à la tradition sociologique allemande, critiquée dans le contexte d'après-guerre. C'est dans Partis pris sur l'art, la philosophie, l'histoire (1956) qu'il compila ses essais et articles personnels.

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • À la lumière du marxisme, 2 tomes, 1935, 1936 (préface d'Henri Wallon)
  • Proudhon, Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 278 p.
  • Petit Vocabulaire de la langue philosophique, Paris, A. Colin, 1938 (4e éd. revue et augmentée), 112 p.
  • Introduction à la sociologie, Paris, Armand Colin, 1939, 208 p.
  • P.-J.-B. Buchez et les origines du socialisme chrétien, Paris, Presses universitaires de France, 1948, 82 p.
  • Précis de Philosophie, Classe de Philosophie, 2 vol., Armand Colin, 1957.
  • Un journal d'ouvriers : « L'Atelier » (1840-1850), Paris, Les Éditions Ouvrières, coll. "Masses et Militants", 1954, 226 p.
  • Textes choisis des auteurs philosophiques, 2 vol., Armand Colin, 1954-55.
  • La dissertation philosophique, 2 vol., Armand Colin, 1958.
  • Manuel de sociologie, avec notices bibliographiques, Paris, Presses universitaires de France, 1950-...
  • Essai sur la mystique de Malebranche, Paris, J. Vrin, 1954, 120 p.
  • Hommes et idéologies de 1840, préf. de Georges Bourgin, Paris, M. Rivière, 1956, 250 p.
  • Partis pris sur l'art, la philosophie, l'histoire, Paris, A. Colin, 1956, 353 p.
  • Sociologie et problèmes actuels, Paris, J. Vrin, 1961 (2e éd. augmentée), 230 p.

Éditions posthumes[modifier | modifier le wikicode]

  • Nouveau vocabulaire philosophique, [nouvelle éd.], Paris, A. Colin, 1977, 209 p.
  • Cours de philosophie, Paris, Librairie générale française, 1986, 2 vol., 649 p. et 457 p.
  • Vocabulaire philosophique, Paris, Librairie générale française, 1988, 256 p.

Adaptations et traductions[modifier | modifier le wikicode]

Emilio Wilelms, Dictionnaire de sociologie. Adaptation française par A. Cuvillier, Paris, Rivière, 1961.

Références[modifier | modifier le wikicode]

CITATIONS[modifier | modifier le wikicode]

Manuel de Philosophie, tome 1 - Introduction générale, Psychologie, 1947[modifier | modifier le wikicode]

Renan avait écrit que l'esprit humain débute, chez le primitif, par un syncrétisme, c'est-à-dire par « une première vue générale, compréhensive, mais obscure et inexacte », où « tout est entassé sans distinction. (Avenir de la Science, 301). Les psychologues contemporains ont repris cette idée en l'appliquant à l'enfant. Ils ont montré que celui-ci commence par une « perception globale », une « vision d'ensemble » et ont donné de curieux exemples de ces perceptions syncrétiques »

  • Manuel de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Armand Colin, 1947, t. 1. Introduction générale, Psychologie, p. 427


l'état primitif de la pensée est un syncrétisme, c'est-à-dire un état confus, où les distinction sur lesquelles repose la pensée claire, ne sont pas encore formées

  • Manuel de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Armand Colin, 1947, t. 1. Introduction générale, Psychologie, p. 473


Mais l'étude de la perception nous a montré que, loin de débuter par la perception de l'individuel, nous débutons par une intuition confuse, globale, syncrétique des choses et que la perception individualisée est un progrès relativement tardif.

  • Manuel de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Armand Colin, 1947, t. 1. Introduction générale, Psychologie, p. 496


Manuel de philosophie, tome 2 - Logique, Morale, Philosophie générale, 1947[modifier | modifier le wikicode]

Logique[modifier | modifier le wikicode]

En résumé, la religion et la technique préparent le terrain à la pensée scientifique, mais ni l'une ni l'autre n'est encore la science. La science n'a pu naître précisément que le jour où la pensée humaine, opérant d'ailleurs ainsi une véritable « conversion » sur elle-même, est devenue capable de 'se libérer à la fois de la pensée mystique et de la pensée utilitaire'.

  • Manuel de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Armand Colin, 1947, t. 2. Logique - Morale - Philosophie générale, partie 1. Logique, chap. II. La science et l'esprit scientifique, p. 48


Le matérialisme historique[modifier | modifier le wikicode]

=> Cuvillier, A (1947). Manuel de philosophe (680p.). Tome II. Armand Colin.

p.370-371

«  Le « Matérialisme historique ». _ Reste à savoir si nos idées morales peuvent avoir sur cette évolution quelque influence. Nous rencontrons précisément dans le socialisme marxiste une autre conception du déterminisme qui semble leur refuser toute efficacité. c'est ce qu'on désigne ordinairement sous le nom de « matérialisme historique ».

Karl Marx a expliqué lui-même, dans la préface à la Critique de l'Économie Politique [1] --->

[1 : Voir ce passage cité dans Bouglé et Raffault, « Él. de Sociologie, p.418-420 ou pour les gens du XXI regarder sur la machine à gogoles]

---> comment, à la suite de ses études de droit, il fut amené à penser « que les rapports juridiques et les formes politiques ne peuvent s'expliquer ni par eux-même ni par le soi-disant développement général de l'esprit humain », mais que les uns et les autres plongent leurs racines dans les conditions matérielles de la vie en société. « Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus social, politique et intellectuel de la vie dans son ensemble. Ce n'est pas la conscience de l'homme qui détermine son existence, mais son existence sociale qui détermine sa conscience ». 'Ces forces productives' constituent la « base » sur laquelle s'élève tout une « superstructure » juridique (formes de propriété, rapports entre classes), politique, religieuse, artistique, philosophique, morale.

[texte en petit (police 9) - c'est pour aller pour loin surtout pour les universitaires nés entre les années 50 et 1975, puis entre 1984 et les années 1990/2000 éduqué à la guerre froide entre cocos et bobos]

On a souvent conclu de là que, selon le matérialisme historique, le facteur économique était seul déterminant [2] --->

[2 : Certaines formules de Marx pouvaient d'ailleurs faire illusion : « Le moulin à bras, écrit-il dans la'Misère de la Philosophie' (2éd, p. 156) donne dans la société avec suzerain; le moulin à vapeur, la société avec capitaliste industriel ». Mais ce sont là formule polémique : « Nous avions, écrira Engels en 1890, à prouver envers nos adversaire le principe essentiel par eux nié, et nous n'avions pas toujours l'occasion de faire ressortir suffisamment les autres facteurs. » ]

---> et que les facteurs « idéologiques », le facteur moral en particulier, étaient des sortes d' 'épiphénomènes' sans efficacité. Une telle doctrine se heurterait évidemment à ce que nous savons de l'importance des éléments psychologiques dans la vie sociale (cf. page 209) et elle aboutirait à faire de la morale une spéculation vaine.

EN RÉALITÉ, la signification est tout autre. ||-

K. Marx et son collaborateur Engels ont été surtout frappés par l'impossibilité de tout expliquer dans la société par le développement autonome des idées, des croyances, des représentations collectives, et en cela ils ont simplement fait œuvre de sociologues.

Dürkheim lui-même, bien que sa sociologie fût d'une inspiration beaucoup plus idéaliste, écrivait dans un article sur le matérialisme historique : « Pour que les représentations collectives soient intelligibles, il faut bien qu'elles viennent de quelque chose, et comme elles ne peuvent pas former un cercle fermé sur lui-même, la source d'où elles dérivent dit se trouver en dehors d'elles. Ou la conscience collective flotte dans le vide, sorte d'absolu irreprésentable, ou elle se rattache au reste du mode par l'intermédiaire d'un substrat dont, par suite, elle dépend. » (Revue philosophique, déc. 1897, p. 648).

C'est sur ce « substrat » qu'insiste le matérialisme historique. Il ne méconnait pas l'aspect psychologique et idéaliste de la vie sociale. Mais il refuse à y voir le facteur premier de la vie en société. Selon lui, les conceptions morales expriment un certain état de la société et elles sont loin d'être sans influence, car elles réagissent, à leur tour, sur la société qu'elles expriment.

-|| Une des notions essentielles du matérialisme historique et que l'on a trop souvent laisser dans l'ombre est en effet celle de l'action réciproque (Wecheselwirkung-FU) des différents facteurs :

« La situation économique, écrit Engels, est la base, mais les différents facteurs de la superstructure, et aussi, bien entendu, leur reflet dans le cerveau des participants exercent également leur influence sur le cours des luttes historiques et déterminent, dans beaucoup de cas, les formes de façon prépondérante » (Lettre à J. Bloch, 21 ep. 1890).

Déjà d'ailleurs, dans son ouvrage contre Dürhing, Engels avaient montré que l'idée morale d'égalité, si elle a beaucoup varié dans son contenu au cours de l'histoire, n'en a pas moins exercé et exerce encore une action considérable.

ON NE SAURAIT DONC, MÊME DANS CETTE DOCTRINE , CONSIDÉRER LES IDÉES MORALES COMME NÉGLIGEABLES.


Philosophie générale[modifier | modifier le wikicode]

... la science n'est vraiment devenue elle-même que du jour où elle parvint à s'émanciper de la pensée technique aussi bien que de la pensée théologique (p.47, D.)

  • Manuel de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Armand Colin, 1947, t. 2. Logique - Morale - Philosophie générale, partie 3. Philosophie générale, chap. III. Les doctrines contemporaines, p. 532

Le matérialisme dialectique[modifier | modifier le wikicode]

=> Cuvillier, A (1947). Manuel de philosophie (680p.). Tome II. Armand Colin.

p.604-605

« 3°) 'Le matérialisme dialectique. - Les critiques qui précèdent, s'adressent exclusivement au matérialisme 'statique' qui a été surtout celui du XVIII et du début du XIX siècles et qui correspond à un état de la science aujourd'hui dépassé. Elles ne portent pas contre le « matérialisme dialectique de Marx », Fr. Engels, etc., qui s'oppose à l'idéalisme [1_ cf Fr Engels, Louis Fuerbach et le déclin de la philosophie classique en Allemagne, paragraphe 2 Idéalisme et matérialisme] et dont les principales thèses sont les suivantes.

« La nature procède dialectiquement » : les 'choses elles-mêmes ne sont pas immobiles, elles se développent selon un processus analogue à celui dont Hegel avait fait la loi de la pensée (cf. ci-dessus p.574-575), c'est-à-dire par opposition ('thèse' et 'antithèse') qui se trouvent dépassées, et résolues en une 'synthèse' supérieur. Là où Hegel voyait une dialectique de l'idée, le matérialisme dialectique voit « le reflet dans la conscience, du mouvement dialectique du monde réel ».

Un tel matérialisme ne peut plus se définir, selon la formule d'Aug. Comte**, comme la doctrine « qui explique le supérieur par l'inférieur ».

Ici, en effet, chaque ordre de réalité constitue une synthèse, en quelque mesure, nouvelle, bien qu'en dernière analyse elle se trouve conditionné par ce qui la précède : de même que la vie est quelque chose de relativement nouveau par rapport aux phénomènes physico-chimique qui la conditionnent, la conscience, tout en dépendant de conditions physiologiques et 'aussi, d'ailleurs, sociales' (cf. ci-dessus p.370), « amène un stade nouveau de développement, celui où l'homme transforme le monde à sonusage, où le monde s'humanise et se rationalise [2_ René Maublanc, 'Hegel et Marx', dans le recueil 'A la lumière du marxisme, p. 222-226]

La pensée n'est plus un 'épiphénomène' puisqu'elle réagit sur ses propres conditions. »


Cours de philosophie, tome 1, 1954[modifier | modifier le wikicode]

L'« égocentrisme » enfantin (§40)[modifier | modifier le wikicode]

L'esprit du tout jeune enfant relève, lui aussi, de cette semi-inconscience. J. Piaget l'a qualifié, du terme équivoque, d'égocentrisme, voulant dire par là que l'enfant « ne dissocie en rien le moi et les choses ». [...] D'où un syncrétisme qui confond en un seul ordre de deux choses que l'adulte a appris à distinguer [...]; un réalisme pour lequel toute donné immédiate est réalité [ax ; le rêve]; un animisme ou un artificialisme qui voit dans toutes choses de la nature des êtres animés ou des objets fabriqués [...] par une non distinction de l'ordre naturel et de l'ordre humain; un finalisme enfin qui fait que l'enfant se représente choses et événements sous un aspect utilitaire aboutissant à lui-même [...]. Cet égocentrisme est particulièrement marqué dans cette « pensée de rêve » qui accompagne le jeu, l'enfant qui jour confond l'imaginaire et le réel. [...] Il fait de l'affabulation [...].

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie Introduction, chap. Les niveaux de conscience : l'inconscience et l'attention, p. 49


Analyse et Synthèse (§65)[modifier | modifier le wikicode]

Tout connaissance, a-t-on dit, est une analyse entre deux synthèses » A vrai dire, la première phase ne mérite guère ce nom de synthèse. C'est plutôt, comme a dit Renan, un syncrétisme, c'est-à-dire une vue globale, mais confuse dans laquelle les éléments ne sont pas encore distingués.

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. Les différents types de connaissances, p. 103


Du syncrétisme aux objets distincts (§83)[modifier | modifier le wikicode]

Ce qu'on peut retenir de la théorie de la Forme, c'est que la perception ne part pas chez l'enfant, d'éléments isolés, mais de certains ensembles et ces éléments ne sont pas, primitivement, des ensembles analysées ni des ensembles construits : ils sont perçus syncrétiquement.

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. La perception sensible, p. 103


Ce syncrétisme n'est pas à proprement parler, une perception structurée, organisée, comme le voudrait le Gestaltisme. L'enfant ne prend pas conscience des rapports. Il est, commentait CLAPARÈDE, « dans le même état d'esprit qu'un adulte qui ignore et qui ne sait pas qu'il ignore. Il n'analyse pas ce qu'il a sous les yeux, si les parties du tout qu'il observe lui sont encore inconnues ou ne suscitent pas son intérêt d'une façon particulière. »

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. La perception sensible, p. 104


la loi du syncrétisme ne vaut pas également pour tous les sens. Ainsi comme le note J. Delay, [...] « ... il y a une différence fondamentale entre les "formes" optiques et les "formes" tactiles. Dans le domaine visuel, la perception du tout est aussi immédiate que la perception des parties même et même elle les précède. Dans le domaine tactile, le cmplexe ne naît que par synthèse active des formes élémentaires et partielles ».

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. La perception sensible, p. 104


Le syncrétisme du sujet et de l'objet (§102)[modifier | modifier le wikicode]

Le syncrétisme du sujet et de l'objet. - Il existe donc à l'origine de la pensée, une confusion initiale du sujet et de l'objet. Le genre d'existence que le tout jeune enfant attribue aux choses est de même nature que sa propre existence à lui : on peut aussi bien dire qu'il y a assimilation des choses au moi que, comme dit J. Piaget, « absorption du moi dans les choses par indifférenciation du subjectif et de l'objectif. »

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. L'idée d'objet et le réel, p. 142


Le syncrétisme primitif : le jugement comme analyse (§170)[modifier | modifier le wikicode]

Nous savons (§40 et 102) qu'une caractéristique de la pensée enfantine est son syncrétisme, c'est-à-dire la confusion en un seul tout mental du sujet pensant et de l'objet pensée et bien aussi des différents objets entre eux. D'où ces « contaminations» et ces « digressions » (§65) qu'H. Wallon comme J. Piaget signalent dans la pensée de l'enfant, par suite de l'insuffisance du « pouvoir discriminateur » de son intelligence, de son « inaptitude à dégager de la masse où il plongent les éléments qu'exigerait le processus intellectuel ». C'est à dire que la psychologie du développement de l'enfant est ici d'accord avec la psychologie de la Gestalt pour s'opposer au postulat de ces psychologues trop logiciens selon lesquels il y aurait antériorité psychologique des termes par rapport à l' aperception de la relation.

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. Le jugement, p. 261


Ajoutons-y ces « confusions syncrétiques » inhérentes à la « représentation concrète des choses » et qui interdisent à l'enfant l'accès du « monde des relations : « ... » ((Wallon, l'origine de la pensée chez l'enfant). L'enfant est donc, primitivement du moins, incapable de poser un sujet' logique et un attribut ou un complément, conçu de façon objective, qui formerait les deux termes du rapport. L'un et l'autre sont englobés sans distinction dans l'acte perceptif, d'autant plus que la perception de l'enfant elle-même a elle aussi un caractère syncrétique (§83).

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996 (ISBN 9782253040217), t. 1, partie La connaissance, chap. Le jugement, p. 261


Fait scientifique (§263)[modifier | modifier le wikicode]

... le fait scientifique est en grande partie, construit, constitué par l'esprit et que, comme le dit A. Lalande , « l'idée devient une part du fait. » (h).

  • Cours de philosophie (1954), Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996, chap. §263, p. 436
  • (h). Lalande, A (1929). Les théories de l'Induction et de l'expérimentation. Bovin.


Les théories transformistes (§278)[modifier | modifier le wikicode]

=> « Les théories transformistes » du 'Cours de philosophie' d'Amand Cuviller (Livre de Poche, 1996 (1954)) met bien en avant sur 3 pages les grandes « écoles » principales (p.470-471) qui sont toujours d'actualité ainsi que leurs questionnements (p.471-473).

p.470 > [« 3 GRANDES ÉCOLES »]

« Avec la théorie transformistes, fondées sur l'idée d'une < évolution des espèces > et, plus généralement, 'des types' biologiques, la classification va prendre un sens nouveau et un aspect dynamique : elle tendra à devenir une 'généalogie, et par la même, un essai d' 'explication' de ces formes qu'on se bornait jusque-là à ranger dans un certain ordre, logique plutôt que chronologique.

Déjà Buffon avait mis en lumière le caractère artificiel des classifications prétendues « naturelles » et entrevu la dépendance des formes vivantes par rapport au milieu; il en avait conclu que « la forme des espèces animales n'est pas inaltérable » et que des espèces nouvelles ont pu paraître, dues à l'influence du climat et du milieu.

A. Le Lamarckisme :

Cette idée allait conduire LAMARCK (Philosophie zoologique, 1805) au Transformisme. Ayant eu à établir pour le Muséum une classification des « nimaux sans vertèbres », Lamarck fut amené à penser que la 'parenté' (ressemblance) entre certaines espèces était une 'parenté réelle', c'est-à-dire que ces espèces étaient issues de souches communes. La transformation des types primitifs s'expliquerait alors :

1° par l' < action du milieu >, qui modifie lentement l'organisation et les parties des êtres, en amenant l' 'usage plus fréquent' d'un organe, qui « le fortifie peu à peu, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proprtionnée à la durée de cet emploi », ou , au contraire, 'le défaut d'usage' qui « l'affaiblit insensiblement et finit par le faire disparaïtre » : en un mot, « la fonction crée l'organe » [S.L. ~ fonctionnalisme], tandis que, comme on le voit par l'exemple de la taupe, de l'aspalax et des animaux cavernicoles, l'organe de la vision, par exemple, n'ayant pas l'occasion de s'exercer dans l'obscurité, s'atrophie;

2° < par la transmission héréditaire > des caractères ainsi acquis : « Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposées, elle le conserve par la génération aux nouveaux individu qui en proviennent. »

B. le Darwinisme.

Cinquante ans après Lamarck, DARWIN publia son 'Origne des espèces' (1859), fruit de longues méditations à la suite d'une croisière scientifique sur les côtes de l'Amérique du Sud commencée en 1831. S'inspirant à la fois

* des réflexions qui lui avait suggérée ce voyage sur les variation de la faune et de la flore,

* de l'exemple des horticulteurs et des éleveurs qui, par des croisements appropriés, modifient les espèces végétales et animales,

* et enfin des théories de l'économiste MALTHUS qui avait cru pouvoir énoncer [p. 471 >] une loi d'après laquelle, tandis que la population s'accroît en progression géométrique (en multipliant), la subsistance s'accroissent seulement en progression arithmétique (par addition),

p. 471 >

Darwin admit qu'il existe dans la nature entre tous les vivants, végétaux et animaux, mais surtout entre les individus ou espèce les plus proches par leurs besoins, une « concurrence vitale », c'est-à-dire une sorte de < lutte pour la vie >; d'où résultent une < sélection naturelle >, analogue à la sélection pratiqué artificiellement par les éleveurs, et en définitif, selon l'expression de Spencer, une « survivance des plus aptes ». Si par exemple des loup viennent à proliférer dans une contrés où ils ne trouvent comme nourriture que des animaux très rapides à la course, seuls les plus agiles survivront.

C. le Mutationnisme.

Lamarck et Darwin avaient admis que l'évolution se fait par transformations lentes et insensibles, transmises par l'hérédité.

Dès 1850 cependant, JORDAN avait constaté qu'une même plante peut donner des variétés différents de l'espèce primitve par des caractères minimes, mais stable et héréditaires [ex : les choux, téosinte \ maïs].

Mais restant placé au point de vue fixiste, il en avait conclu que les espèces type (espèces « linnéennes ») peuvent se morceler en un certain nombre de petites espèces, également fixes et immuables (espèce « jordaniennes »).

Vers 1900, Hugo de Vries, à la suite d'observations faites, aux environs de Hilversum, sur une plante à fleurs jaunes, l' 'Œnothera lamarckia' établit qu'il peut se produire, dans la descendance d'une espèce, des variations individuelles qui sont d'emblée héréditaires et qu'il appela des < mutations > pour les distinguer des autres variations brusques, les 'fluctuations', qui oscillent autour d'un niveau moyen.

Tandis que ces dernières, en raison de leur instabilité, sont sans action pour la formation d'espèce nouvelles, les mutations sont tout de suite fixes et, en croissant entre eux des individus qui les présentent, on obtient un type nouveau et stable.

Selon Vries, c'est par de telles mutations que les nouvelles espèces prennent naissance. Par la suite, de nombreuses études, effectuées notamment sur la 'Drosophile' (mouche au vinaigre), ont montré que les mutation peuvent être provoquées expérimentalement. »

En 1954, on savait encore appliquée la dialectique. Voici les discussions :

p. 471 > [DÉBATS ET DISCUSSIONS]

« ces théories ont été très discutées.

* < L'hérédité des caractères acquis > qu'implique le Lamarckisme, a été mis en doute depuis que le néo-darwinien Weimann (1834-1914) a distingué en chaque individu le 'soma' formé pr les cellules différenciées constituant le corps proprement dit et le germen formé de l'ensemble des cellules sexuelles : le germen gardant seul le patrimoine héréditaire transmissible aux descendants, les modifications acquises qui n'affectent que le 'soma', ne se transmettraient pas.

=> ' Cette conception a paru un moment [p. 472 >] confirmé par la génétique moderne (§280), si bien que beaucoup de biologistes rejettent aujourd'hui l'hérédité de l'acquis'.

p. 472 >

La question demeure ouverte :

** d'abord il paraît bien artificiel de séparer ainsi l'individualité du vivant en deux parties sans rapport l'une avec l'autre (note 1 : Les biologistes ont été amenés à admettre une hérédité extra-chromosomique ou protoplasmique);

** d'autre part, les néo-lamarckiens ont pu citer quelque cas où l'hérédité de l'acquis paraît indéniable, et les expérimentations poursuivies en URSS par l'école de MITCHOURINE (Lyssenko, etc.) semblent bien montrer qu'elle est possible au moins dans certain cas;

** enfin et surtout, puisqu'on a réussit à provoquer expérimentalement des mutations en tous point semblables aux mutations naturelles, il est probable que celles-ci se produisent sous l'action du milieu, et l'on sait qu'elles sont héréditaires.

Quoi qu'il en soit, l'idée larmarckienne de l' 'action du milieu' (que Darwin lui-même avait admise), demeure incontestable, et cette notion est capital : le rapport < organisme-milieu > est ici le fait de base : il y a 'action réciproque' entre les deux termes, et c'est le rapport qui caractérise la vie.

Encore cette notion doit-elle être dépouillée de toute interprétation finaliste, l' 'adaptation' s'applique moins à la 'morphologie' de l'être, à la forme de ses organes, qu'à son 'métabolisme', c'est-à-dire à l'ensemble des échanges qui s'effectuent entre lui et son milieu (voir Rabaud. intro aux études biologique, A. Collin, 1941).

* Chez Darwin, d'autre part, l'idée de la < sélection naturelle >, avec son corolaire la survivance des plus aptes, est, elle aussi, encore trops empreinte de finalité : selon É. Rabaud Le transformisme, P.U.F, 1931), « la diversité des formes vivantes ne dérive pas d'une mise en harmonie toujours plus précise des animaux ou des plantes avec une manière de vivre et avecles conditions à l'habitat. Cette diversité, de ce point de vue, précaire, médiocre, passable ou facile » La sélection n'est qu'une « suppression du pire » : elle joue en éliminant les formes qui rendraient la vie impossible. Mais elle est incapable de donner naissance à des espèces nouvelles.

* Quand à la théorie des 'mutations', elle amis en lumière le fait incontestable des variation brusque. Mais elle n'est qu'une variante [p. 473 >] de la théorie darwinienne, et, pas plus qu'elle, elle n'explique la 'formation des grands types biologiques' : les mutation portent sur des caractères infimes, parfois plus ornementaux que structuraux. »


Cours de philosophie, tome 2, 1954[modifier | modifier le wikicode]

Le moi de l'enfant (§73)[modifier | modifier le wikicode]

... la personnalité se développe en antithèse avec lui par toute une série de différenciations. Comme on l'a déjà vu,l'enfant part d'un état de syncrétisme, c'est-à-dire de confusion primitive, qui se manifeste ici : 1° comme un confusion du moi avec le non-moi (égocentrisme de Piaget)) ... ; . 2° comme une confusion du moi avec autrui (« monologue ») ... ; 3° comme une confusion du moi « avec le sujet » au sens philosophique (fabulation) ...; 4° une confusion du moi, en tant que pure existence psychique, avec le « je » (instabilité affective et intellectuelle) ... .)

  • Cours de Philosophie, Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1995 (ISBN 9782253040217), t. 2, chap. VIII. La personnalité et le caractère, p. 141-142