Appellisme
L'appellisme (aussi orthographié appelisme) ou tiqqunisme est une idéologie politique d'extrême gauche inspirée par le post-situationnisme, l'anarchisme insurrectionnel, le mouvement autonome et la communisation. Cette idéologie prône l'instauration d'expériences et de lieux révolutionnaires, sous la forme de squats, ZAT (zones d'autonomie temporaire), ZAD (zones à défendre) ou lieux autogérés. Le terme appelliste est également utilisé dans les milieux militants (notamment autonomes, antifascistes, anarchistes) pour dénigrer des personnes ou comportements jugés problématiques.[1]
1 Histoire[modifier | modifier le wikicode]
1.1 Héritage situationniste[modifier | modifier le wikicode]
Le texte fondateur du tiqqunisme, et qui lui donne son nom, est le Tiqqun, une revue parue en deux exemplaires en 1999. Il s'agit d'œuvres dont le comité de rédaction est issu du mouvement des chômeurs, le Parti Imaginaire. Les deux textes sont à la base du mouvement post-situationniste qu'est l'appellisme.
Le nom de cette idéologie est tiré de l'Appel, texte publié en 2004 par un ou plusieurs militants anonymes. Les militants appellistes ne se désignent pas eux-mêmes par ce terme.
1.2 ZAD de Notre Dame des Landes[modifier | modifier le wikicode]
Lors de l'occupation de la zone d'aménagement différé, ayant pour but l'implantation d'un aéroport, entre 2009 et 2018, il est fait mention d'un groupe de militants appellistes, nommés "Comité pour le Maintien Des Occupation", en hommage au Conseil pour le Maintien Des Occupations (CMDO) de la Sorbonne lors de Mai 68[2]. C'est durant les événements de cette ZAD qu'une partie de la réputation des appellistes nait. On y développe notamment une critique en terme de comportements, pratiques de luttes, personnes ou groupes (voir plus bas).[3] [4] [5]
1.3 Affaire de Tarnac[modifier | modifier le wikicode]
Julien Coupat, membre du comité ayant rédigé Tiqqun, est arrêté par la sous direction anti-terroriste en 2008 dans le cadre de l'affaire de sabotage de lignes de TGV. Tout au long de l'enquête, de nombreuses incohérences sont pointées du doigt (PV de filature de Julien Coupat, témoignage sous X d'une connaissance du groupe de Tarnac, procédures abusives, aucune preuve matérielle). Les membres du groupe auquel Coupat appartient sont relâchés après plusieurs mois de détention provisoire pour certains, et relaxés, à l'exception de Julien Coupat et de sa compagne, Yildune Lévy, condamné pour refus de se soumettre à un prélèvement biologique, mais sont dispensés de peine. L'affaire est considérée comme un fiasco judiciaire.
Julien Coupat a fait l'objet, avant son arrestation, de plusieurs années de filature, écoute, surveillance du fait de ses occupations militantes (participation à des black blocs, à des sommets, contre-sommets, assemblées, réunions, ZAD de Notre Dame des Landes, comité de rédaction du Tiqqun). Il participe à la construction et à la popularisation de l'anarchisme insurrectionnel, du mouvement autonome et de l'appellisme (bien que ces idéologies soient désignées comme "mouvance anarcho-autonome" dans les médias).
Julien Coupat est également considéré par la justice et la police comme étant auteur, ou co-auteur de L'insurrection qui vient, publiée anonymement par le Comité Invisible publiée en 2007. Le journal Libération écrit à ce sujet, dans son exemplaire du 8 juin 2015 : "Tout comme l'Insurrection qui vient, pamphlet poético-révolutionnaire. Ecrit par le mystérieux Comité invisible, il est décrit par les autorités comme le petit manuel du terroriste en puissance. Pourtant, pas de mode d'emploi pour fabriquer des bombes, mais des envolées lyriques contre la vie capitaliste stupide et bête qui nous est faite."
1.4 Les Soulèvements De la Terre[modifier | modifier le wikicode]
Il est considéré, dans les milieux militants d'extrême gauche, et dans les textes indépendants (fanzines, réseaux sociaux, etc) que les Soulèvements De la Terre sont, du moins partiellement, appellistes.[6] [7] C'est notamment un deuxième élément ayant permis d'élaborer des critiques vis-à-vis des appellistes et de l'appellisme de manière générale. Les SDT sont à ce titre une organisation conséquente dans le paysage politique appelliste. De façon plus globale, les SDT sont impliqués de façon régulières dans les ZAD, actions de désobéissance civile, sabotages, mouvements de résistance populaire et locale, campagnes contre l'extrême droite (Bolloré par exemple). [8] [9] [10]
2 Idéologie[modifier | modifier le wikicode]
L'appellisme se décrit comme une critique de la société capitaliste et étatique actuelle, mais également des stratégies révolutionnaires classiques (communisme, anarchisme, autonomie, conseillisme...). Il propose en opposition avec le principe de construction d'une avant-garde révolutionnaire et d'une phase transitoire de dictature du prolétariat, une révolution à l'intérieur de la société actuelle, par la construction de situations émancipatrices.
Cela reprend majoritairement les thèses situationnistes, et permet d'élaborer des stratégies de lutte telles que les ZAD, les squats, les lieux autogérés (bars, cafés, squats militants aménagés pour recevoir du public, lieu d'accueil de sans-abris ou sans papiers, etc)[11]
Les appellistes forment des groupes affinitaires plus ou moins grands, avec des objectifs et visions communes, afin de mettre en place leurs actions révolutionnaires et émancipatrices, notamment occuper et tenir des tiers lieux. Contrairement aux autonomes, ces groupes n'ont pas vocation à s'agrandir, accueillir de nombreux nouveaux membres, faire des réunions ou AG publiques, diffuser les connaissances militantes...
Les appellistes sont également réputés pour participer activement et régulièrement aux cortèges de tête (black bloc) ou émeutes[12] [13] [14].
3 Critiques[modifier | modifier le wikicode]
Un certain nombre de militants en viennent à critiquer l'appellisme, et n'hésitent pas à utiliser ce terme comme insulte (parfois abrégé en "appello"). Les principaux aspects dénoncés étant :
- le manque de diffussion des connaissances et le manque d'ouverture aux autres et aux nouveaux membres
- le manque d'horizontalité, l'autoritarisme au sein des mouvements et organisations auxquels les appellistes participent
- le manque de remise en question des oppressions systémiques et des rapports de domination internes
- la volonté constante de se distinguer du reste des militants, en créant des groupes bien plus soudés, en préparant les AG et réunions en avance, en manipulant les luttes de l'intérieur ou encore en usant de termes et pratiques bourgeois (prises de parole, textes littéraires, communiqués...)[3] [1].
4 Références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ 1,0 et 1,1 https://zadducarnet.org/index.php/2021/01/14/lappelisme-vu-comme-ensemble-de-pratiques-contre-lesquelles-il-faut-sorganiser
- ↑ https://reporterre.net/Notre-Dame-des-Landes-des-zadistes-expliquent-leur-demarche
- ↑ 3,0 et 3,1 https://lenumerozero.info/Appellisme-antiappellisme-6437
- ↑ https://labogue.info/spip.php?article1080
- ↑ https://infokiosques.net/spip.php?page=lire&id_article=1575
- ↑ https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2025/06/09/miguel-amoros-la-terre-qui-se-revolte-comme-farce
- ↑ https://nantes.indymedia.org/posts/87873/contre-le-phagocytage-des-luttes-par-les-soulevements-de-la-terre
- ↑ https://lessoulevementsdelaterre.org
- ↑ https://www.socialter.fr/article/les-soulevements-de-la-terre-alliances-mega-bassines-bollore-sterin-militaire
- ↑ https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-jeudi-08-juin-2023-8927116
- ↑ https://reporterre.net/Batir-des-lieux-la-nouvelle-strategie-des-luttes
- ↑ https://prnt.sc/q5Vn2_V_36-o
- ↑ https://fr.squat.net/wp-content/uploads/fr/2024/06/contre-la-legende-et-l-oubli-cahier-A3.pdf
- ↑ https://dimanche.pm