Ante Ciliga

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Ante Ciliga (1898-1992), parfois appelé Anton Ciliga, est un militant croate parmi les fondateurs du Parti communiste yougoslave et qui sera anti-stalinien.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Ante Ciliga nait le 20 février 1898 à Šegotići, Chegotitchi, sur la commune de Marčana, près de Pula (aujourd'hui en Croatie).

Après la Première Guerre mondiale, il adhère au Parti socialiste croate, puis rejoint le Parti communiste yougoslave à partir de 1920. Il poursuit ses études d'histoire et de philosophie en exil et participe à la création de la Fédération internationale des étudiants marxistes. Il obtient un doctorat d'Histoire à l'université de Zagreb.

Il devint en 1925 membre du Bureau politique du Parti communiste de Yougoslavie, et en 1926 membre du bureau balkanique de l'Internationale communiste. En décembre 1926, il assiste au plenum élargi du Comité exécutif de l'Internationale communiste. Expulsé de Yougoslavie en 1925, il se rend à Moscou en 1926 pour y enseigner.

Ciliga appartenait à la fraction gauche du Parti communiste yougoslave, et se trouva au nombre des militants yougoslaves qui, réunis à Moscou en février 1929, condamnèrent la "couardise" de la direction de l'Internationale et de ses émissaires yougoslaves lors du coup d'Etat fasciste de la "main blanche".

Il se rallia alors à l'Opposition de gauche, et il est arrêté le 21 mai 1930. Emprisonné à Léningrad, jugé par le Collège spécial de la Guépéou sans avoir été entendu, Ciliga est incarcéré pendant trois années dans l'isolateur politique de Verkhneouralsk, réservé aux « prisonniers de marque ». Il y fait la connaissance de plusieurs opposants russes, comme Serge Tigounov, membre du « Groupe ouvrier », dont le leader était Gavril Miasnikov. Durant ces années, il aboutit à la conclusion que le léninisme porte en lui les germes de la décomposition que connaissait alors la Russie, et que ce n'est pas un retour aux sources du bolchévisme qui pourrait redresser la situation. En 1933, il est déporté à Ienisseïsk, en Sibérie. Mais en raison de sa nationalité italienne et grâce à une campagne menée en sa faveur en Occident, il est finalement expulsé d'Union soviétique en décembre 1935. Il vit alors à Paris.

En 1936 et 1937, il écrit Au Pays du grand mensonge, qui est publié en 1938. C'est un récit de ses années passées en Union soviétique et une analyse politique de son régime, qu'il considérait comme étant capitaliste d'État. Cet ouvrage est augmenté par la suite à plusieurs reprises, sa version définitive portant le titre Dix ans au pays du mensonge déconcertant. En France, Ciliga achève la rédaction du second volume de ses mémoires : Sibérie, Terre de l'Exil et de l'Industrialisation, en août 1941.

Il a la possibilité de partir en Amérique, mais il préfère retourner en Croatie en décembre 1941, alors que le pays est à l'époque allié à l'Allemagne nazie, sous la dictature d'Ante Pavelic. Ciliga est arrêté peu après son arrivée par la police oustachi, puis envoyé au camp de concentration de Jasenovac sous le poids d'une condamnation à mort. Il en est cependant libéré le 1er janvier 1943, peut-être grâce à certains éléments favorables aux Alliés parmi les autorités croates, alors que les forces allemandes étaient empêtrées en URSS. Il donne alors des conférences à l'Université de Zagreb et écrit des articles dans le journal Spremmost, considéré comme un organe de presse de qualité plutôt pro-Alliés.

Peu après le débarquement en Normandie, en juin 1944, Ciliga se rend à Berlin, en tant que journaliste, par curiosité probablement, mais aussi en raison du danger pour lui du prévisible avènement d'un pouvoir communiste en Yougoslavie. L'étiquette « trotskyste » qu'il porte équivaut alors, dans les Balkans, à une condamnation à mort. Fuyant ensuite Berlin, menacée par l'Armée rouge, Ciliga peut gagner la France puis l'Italie. Au cours des années d'après-guerre, il se déplace entre Paris et Rome, toujours inquiet de la menace des puissants partis communistes de ces deux pays. Il continue à écrire durant ces années et se fixe à Rome.

Ses préoccupations se déplacent alors vers la question des nationalités en Yougoslavie. Il établit un parallèle entre la domination russe en Union soviétique et la domination serbe en Yougoslavie. Il est favorable à l'établissement d'États souverains démocratiques, à l'intérieur desquels les droits des minorités seraient garantis. Il se rend en 1969 aux États-Unis - pour l'unique voyage qu'il effectue dans ce pays - afin d'assister à un symposium à l'Université de Caroline du Sud. Il écrit également dans des journaux de la diaspora croate, dont il devient un membre politique éminent, avant de revenir finir ses jours en Croatie[1].

Il meurt le 21 octobre 1992 à Zagreb.

L'URSS, capitalisme d'État[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Capitalisme d'État.

Il publia en 1939 un ouvrage intitulé : Au pays du mensonge déconcertant, où il affirmait : "Dans la Russie actuelle l'exploitation capitaliste, l'oppression politique et même l'esclavage se marient à un progrès économique certain."

Il y raconte les discussions menées dans la prison l'"isolateur politique" de Verkhné-Ouralsk, en 1931-1932 au sein des groupes de déportés de l'opposition de gauche ou voisins. Une minorité "trotskyste" à laquelle Ciliga appartient se prononce pour la révision de la nature de classe de l'URSS :

« La première question discutée fut celle du caractère de l'Etat soviétique. Est-ce un Etat ouvrier et socialiste ? Sinon quelle classe représente-t-il ? La discussion dura plus de six mois. Nous avions encore une arrière-pensée qui nous déconseillait toute hâte: nous espérions qu'entre temps Trotsky passerait le Rubicon et nierait le caractère ouvrier de l'Etat stalinien. Beaucoup d'entre nous étaient déjà persuadés qu'il n'y avait pas trace de "dictature du prolétariat" en U.R.S.S. (...) Les "négateurs" de la dictature du prolétariat en U.R.S.S. présentèrent deux résolutions distinctes. Les uns trouvaient qu'il n'y avait plus de dictature prolétarienne en U.R.S.S., mais que les "fondements économiques de la Révolution d'Octobre subsistaient". Ils en concluaient qu'il fallait faire une "révolution politique" doublée d'une "profonde réforme de l'économie". Les autres "négateurs" dont j'étais croyaient que non seulement l'ordre politique, mais aussi l'ordre social et économique étaient étrangers et hostiles au prolétariat. Aussi envisagions-nous une révolution non seulement politique, mais aussi sociale qui ouvrirait la voie au développement du socialisme. Selon nous la bureaucratie était une vraie classe et une classe hostile au prolétariat » (p. 187-188).

En conclusion dit Ciliga : « Trotsky est, au fond, le théoricien d'un régime dont Staline est le réalisateur » (p. 198).

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Stephen Schwartz, « Ante Ciliga (1898-1992). A Life at History's Crossroads », Journal of Croatian Studies, New York, 1995. revolutionary-history.co.uk

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Dix ans au pays du mensonge déconcertant, Paris, Champ Libre, 1977
  • Lénine et la révolution, Paris, Éditions Spartacus, 1947, rééd. 1978.
  • Crise d'état dans la Yougoslavie de Tito, 1972, rééd., Paris, Denoël, « Lettres Nouvelles », 2001
  • L'Insurrection de Cronstadt et la destinée de la révolution russe, Paris, éditions Allia, 1983
  • Après la Russie : 1936-1990, Quimperlé, La Digitale, 2000

Article connexe[modifier | modifier le wikicode]

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]