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Emblème de la Tchéka
La Tchéka (en russe ЧК) est la police politique créée le 20 décembre 1917 sous l'autorité de Félix Dzerjinski pour combattre les opposants à la révolution d'Octobre. Son organisation était décentralisée et devait seconder les soviets locaux. En février 1922, elle fut renommée « Guépéou ».

Tchéka est l'acronyme de « Commission extraordinaire », forme abrégée de « Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage » (Всероссийская чрезвычайная комиссия по борьбе с контрреволюцией и саботажем). L'acronyme complet est en fait BЧК, le B signifiant « pan-russe ».

Contexte

Le 9 octobre 1917 (a.s), Lénine revient clandestinement à Pétrograd : le Comité central vote le projet d'une insurrection par 10 voix contre 2 et un bureau politique est créé pour conduire l'insurrection prévue pour le 27 octobre (n.s : 7 novembre). L'insurrection est dirigée par le Comité militaire révolutionnaire du soviet de Pétrograd, animé par Trotsky qui déclare : « Nous n'entrerons pas dans le royaume du socialisme gantés de blanc sur un parquet verni[1] ». Néanmoins l'insurrection se déroule sans effusion de sang, et les bolchéviks libèrent tous ceux qui sont capturés (qui rejoindront presque aussitôt la contre-révolution...).

Au lendemain de l'insurrection, de nombreuses régions sont encore contrôlées par des forces réactionnaires, et la bourgeoisie par l’intermédiaire de son parti, le parti KD, et de ses relais dans l’armée et l'appareil d’État, s’efforce de rétablir son pouvoir par la violence. Dès le 12 novembre, Kerensky tente une contre-attaque à l'aide des cosaques du général Krasnov. Ces derniers sont appuyés à Petrograd même par une mutinerie des junkers, avec des SR à leur tête. Les gardes rouges de Petrograd les mettent en déroute. Le 13, l'Etat major militaire annonce marcher sur Petrograd « afin d’y rétablir l’ordre », mais ses soldats se rebellent.

La lutte avec la contre-révolution est une lutte de classe, qui se joue entre forces armées mais se prolonge en interne. Les journaux bourgeois de Petrograd appelaient par exemple à la révolte contre les « agents du Kaiser », les dirigeants KD et tsaristes se réunissaient pour comploter... Dans ces conditions, il ne pouvait y avoir de raisonnement abstrait sur les droits démocratiques du peuple. La presse contre-révolutionnaire est donc rapidement interdite, d'ailleurs le plus souvent par des réactions spontanées des ouvriers. Les gardes rouges limitent fortement le « droit de réunion » des contre-révolutionnaires...

Une semaine avant la création de la Tchéka, Trotsky justifie le nombre grandissant des arrestations et perquisitions : « Vouloir renoncer à toutes les répressions en pleine guerre civile signifie renoncer à la guerre civile[2] ».

Historique

Création

Dès le 26-27 octobre (a.s), le Comité militaire révolutionnaire du soviet de Pétrograd devient un sous-comité du Comité central exécutif et assure les emplois de sécurité comme la « lutte contre les actions contre-révolutionnaires » définies comme « le sabotage, le recel de vivres, le pillage délibéré des cargaisons ». Chargé d'interroger les suspects, une section spéciale est créée sous la responsabilité de Félix Dzerjinski, qui fut chargé de la sécurité à Smolny. Elle commande un groupe de gardes rouges et un régiment, le Sveaborgesky.

Puis la section se transforme en « Commission extraordinaires de toutes les Russies » - la Tchéka - dont la mission est de combattre la contre-révolution et le sabotage. Elle est dirigée par un collège de 5 membres (3 bolcheviks et 2 SR de gauche) présidé par Dzerjinski. La Tchéka est d'abord conçue comme un instrument provisoire de répression, indépendant de la justice.

Le 20 décembre 1917 (n.s), le Conseil des commissaires du peuple, après avoir examiné le projet de Dzerjinski écrivit dans sa décision : « Donner à la commission le nom de « Commission extraordinaire panrusse près le Conseil des commissaires du peuple pour combattre la contre-révolution et le sabotage », et ratifier cette commission. Mesures à appliquer : confiscation, expulsion des lieux, retrait des cartes d'alimentation, publication des listes des ennemis du peuple, etc. »

Ce décret n'est rendu public qu'après la mort de Lénine. Parmi les « saboteurs » et ennemis prévus par le décret figurent KD, SR de droite. La Tchéka, fondée avec une centaine de militants (dont Menjinski, Peters, Iagoda), appelle la population et les soviets locaux à dénoncer les tentatives contre-révolutionnaires et à constituer des Tchékas locales. De fait, la lutte contre les Blancs a beaucoup reposé sur l'initiative populaire, et la direction bolchévique a souvent revendiqué et assumé des violences populaires spontanées pour donner une impression de maîtrise de la situation.

Premiers mois

La première opération de la Tchéka consiste à briser la grève des fonctionnaires de Pétrograd. Dzerjinski justifie l'opération : « Qui ne veut pas travailler avec le peuple n'a pas sa place avec lui. ». Les fonctionnaires dans le contexte de la Russie de 1917 représentaient une toute petite couche de la population, très attachée à l'ancien régime. A Petrograd, ils se sont mis en grève à l'appel du parti KD.

La Tchéka de Petrograd passe de 60 agents à 600 en mars 1918. De décembre 1917 à janvier 1918, elle recrute des membres le plus rapidement possible. Le 23 février, la Tchéka lance un appel radio aux soviets locaux pour qu'ils céent des comités de sécurité en liaisons avec des agents professionnels et, dès le début la Tchéka fut épaulée par une foule d'indicateurs occasionnels.

Les contre-révolutionnaires arrêtés dans ces premiers mois sont utilisés pour du travail forcé. Ils sont par exemple envoyés à Pétrograd creuser des tranchées pour la défense de la ville. Ils vivent dans des camps sous surveillance permanente. Lorsque la Tchéka obtient le contrôle du travail obligatoire, les camps commencent à proliférer aux abords des villes, dans tout le pays. Devant le 3e congrès des soviets, Lénine justifie la violence « lorsqu'elle émane des travailleurs, des masses exploitées, et qu'elle est dirigée contre les exploiteurs  ».[3]

La Tchéka est réorganisée le 10 mars 1918 :

  • Le siège central est déplacé à Moscou dans l'immeuble de la Loubianka,
  • Moïsseï Ouritski est nommé président de la Tcheka de Petrograd, située sur la place nommée alors Dzerjinski, en l'honneur du premier et unique directeur de la Tchéka centrale.

Dans ces premiers mois, les prérogatives de la Tchéka sont mal délimitées. Elles recoupaient souvent celles de la Commission Bontch-Brouïevitch (auprès du VTsIK), qui enquêtait notamment sur les pogroms et autres crimes politiques.

Aggravation de la guerre civile

A partir de mars 1918, au moment de l’offensive allemande, la situation s'aggrave. Les bolchéviques sont massacrés dans le Caucase, les Blancs forment des armées dans le Sud, en Finlande, la révolution est écrasée dans le sang de dizaines de milliers de travailleurs, des atrocités sans nom sont commises. Les effectifs de la Tchéka atteignent alors 600 hommes, ses prérogatives commencent à s'élargir (à partir du 27 mars, les "délits de presse" sont de son ressort).

Pour la première fois, des groupes révolutionnaires sont frappés. Les groupes libertaires de Pétrograd sont désarmés les 11 et 12 avril au prix de quelques tués et de 500 arrestations. Les bolchéviques estimaient que cette "Garde noire" armée représentait un danger à l'arrière car des espions et des saboteurs contre-révolutionnaires s'y infiltraient sans difficultés du fait de l'absence de contrôle et d'organisation centralisée des anarchistes. Ces groupes continuèrent d'exister politiquement et leur principal journal reparut dès le 21 avril.

La signature de la paix de Brest-Litovsk avec les Allemands va déclencher en retour une offensive généralisée des autres puissances impérialistes, qui vont apporter un vrai regain de forces aux armées blanches (Krasnov, Denikine, Koltchak, Légion tchèque) qui se constituent en mai 1918. La Russie rouge est dans une situation d'encerclement complet, même si elle dispose des bastions urbains et ouvriers. Dans chaque ville ou village pris par les contre-révolutionnaires, les travailleurs politiquement ou syndicalement actifs sont systématiquement exécutés. Les bolchéviks pouvaient légitimement craindre le pire en cas de victoire totale des Blancs.

En réaction, les bolchéviks accentuent la répression politique au cours de l’été 1918. Selon la Tchéka elle-même, il y a 22 exécutions dans les six premiers mois de 1918, mais 6000 pour les six derniers. La Tchéka passe de 1000 agents en juin à 40 000 fin 1918. La peine de mort est réintroduite en juin. La Tchéka ouvre des camps d'internement en août 1918. Ils fonctionneront jusqu'en février 1919 sans réglementation aucune.

Le 5 septembre 1918, la Tchéka met la « terreur rouge » à l'ordre du jour. A travers les villes de Russie bolchevique, des milliers de prisonniers, d'otages et de suspects sont exécutés (majoritairement des nobles et des ecclésiastiques). Ceux dont la propriété privée était évaluée à plus de 10 000 roubles étaient suspects. Désormais, les tchékistes peuvent exécuter sans jugement tout contre-révolutionnaire pris les armes à la main (ainsi que les saboteurs, les spéculateurs, les pilleurs, etc.). La liste de ses prérogatives est fortement élargie. Les coupables sont « jugés »par des tchékistes dans le secret le plus total et sans que l'accusé puisse se défendre.

Le 1er novembre 1918, un des chefs de la Tchéka donnait l'instruction :

« La Commission extraordinaire n'est ni une commission d'enquête, ni un tribunal. C'est un organe de combat dont l'action se situe sur le front intérieur de la guerre civile. Il ne juge pas l’ennemi : il le frappe. Nous ne faisons pas la guerre contre des personnes en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas, dans l'enquête, des documents et des preuves sur ce que l'accusé a fait, en acte et en paroles, contre le pouvoir soviétique. La première question que vous devez lui poser, c'est à quelle classe il appartient, quelle est son origine, son éducation, son instruction et sa profession. Ce sont ces questions qui doivent décider de son sort. Voilà la signification et l'essence de la Terreur rouge. » Martyn Latsis, Journal La Terreur rouge. 1 novembre 1918[4]

Un peu plus tard, Dzerjinski proclamait que « la contrainte prolétarienne sous toutes ses formes, en commençant par les exécutions capitales, constitue une méthode en vue de créer l'homme communiste ».

Des cas de tortures et d'atrocités ont existé, souvent de l'initiative de Tchékas locales, elles-mêmes confrontées plus directement aux atrocités des blancs. Des prisonniers ont été lapidés, scalpés, crucifiés, bouillis, laissés congelés dans la glace... Des femmes étaient parfois violées, des enfants exécutés... Souvent, ces agissements étaient reportés dans la presse soviétique, par exemple dans l'Izvestia du 26 janvier 1919, qui titre « Est-ce vraiment une détention moyen-âgeuse ? » ou la Pravda du 22 février 1919 au sujet des tortures de la Tchéka de la ville de Vladimir.

Répression des autres courants socialistes

Les menaces viennent aussi de l'intérieur. Brest-Litovsk va déclencher l'hostilité des SR de gauche, jusque là associés au pouvoir soviétique. Dans un premier temps, les SR de gauche quitte le gouvernement, mais conservent leurs postes à la Tchéka.

En juillet, des SR de gauche assassinent l'ambassadeur allemand, puis le bolchévik V. Volodarski, puis le 30 août le dirigeant de la Tchéka Moïsseï Ouritski. Lénine est grièvement blessé par la SR Fanny Kaplan. Les SR tentent également une insurrection à Moscou le 7 juillet. Les SR de gauche sont donc désormais rejetés dans le camp contre-révolutionnaire. Une partie d'entre eux se battra aux côtés des armées blanches.

En 1918, la Tchéka commence aussi la répression des groupes anarchistes les plus anti-bolchéviks.[5][6][7] Ceux-ci étaient souvent catégorisés comme « bandits », comptabilisés dans les mêmes décomptes officiels que les bandits de type « droit commun ».

La presse légale menchevique ne disparaîtra qu’entre 1919 et 1921.

Répression d'ouvriers et de paysans

La répression frappait d'abord essentiellement des membres des classes possédantes (bourgeois, nobles, clergé...). Mais de fait elle s'est étendue à des membres des classes populaires :

  • à des citadins affamés qui tentent d'échanger quelques produits dans les campagnes contre de la nourriture sont arrêtés pour « spéculation »,
  • à des ouvriers en grève, surtout à leurs meneurs lorsqu'ils sont SR ou menchéviks,
  • à des déserteurs de l'Armée rouge,
  • à des paysans se rebellant contre les réquisitions de récoltes...

Des méthodes particulièrement brutales ont été utilisées pour la répression des mouvements paysans (qui pouvaient être eux-mêmes particulièrement violents avec les rouges qu'ils capturaient) : kidnapping, le bombardement de villages entiers...

Un «Département punitif spécial» de la Tchéka a été créé pour punir les déserteurs de l'Armée Rouge. Environ 500 000 déserteurs ont été arrêtés en 1919 et près de 800 000 en 1920 (sur un total estimé de 3 millions de déserteurs). Tout au long de la guerre civile, plusieurs milliers ont été abattus - un nombre comparable à celui des belligérants pendant la Première Guerre mondiale.

Les tchékistes

Les tchékistes portaient habituellement des manteaux noirs en cuir (ce qui devint une mode pour des communistes occidentaux). Ils avaient aussi souvent des komboloïs. Beaucoup de tchékistes finissaient par devenir psychopathes et/ou les psychopathes étaient attirés par ce métier. Beaucoup s'endurcissaient en buvant beaucoup et en utilisant des drogues. Certains tchékistes ont développé un argot de gangsters, par exemple pour se distancer des tueries en disant « tirer des perdrix », « sceller » quelqu'un, ou lui « donner un natsokal » (onomatopée du bruit de la gachette).

Dzerjinski ne buvait quasiment pas. Mais un jour où il avait particulièrement bu, il dit à Lénine : « ce travail de police secrète ne peut être fait que par des saints ou des scélérats... mais les saints s'enfuient et me laissent avec les scélérats ».[8]

Critiques internes

Isaac Steinberg, commissaire du peuple à la Justice (SR de gauche), rapporte dans ses souvenirs qu'alors qu'il tentait début 1918 de freiner les actions illégales de la Tchéka, en s'exclamant devant Lénine : « À quoi bon un Commissariat à la Justice ? Appelons-le commissariat à l’extermination sociale, la cause sera entendue », Lénine répondit : « Excellente idée, c’est comme ça que je vois la chose. Malheureusement, on ne peut l’appeler ainsi. »[9]

Le 25 octobre 1918, le Comité central du Parti bolchevique discuta d'un nouveau statut de la Tchéka. Boukharine, Olminski et Petrovski, commissaire du peuple à l'Intérieur, demandèrent que fussent prises des mesures pour limiter les « excès de zèle d'une organisation truffée de criminels et de sadiques, d'éléments dégénérés du lumpenprolétariat. » Fin 1918, une commission de contrôle menée par Zinoviev propose même la dissolution pure et simple de la Tchéka.

Victor Serge estime que la création de la Tchéka, avec ses procédures secrètes, est la plus grave erreur du pouvoir bolchevique. Il note toutefois que la jeune république vivait sous des « périls mortels » et que la terreur blanche a précédé la terreur rouge. Il précise que Dzerjnski redoutait les excès des tchéka locales et que bien des tchékistes furent eux-mêmes fusillés pour cela :

« Depuis les premiers massacres de prisonniers rouges par les Blancs, les assassinats de Volodarsky et d'Ouritsky et la tentative contre Lénine (à l'été 1918), la coutume d'arrêter et souvent d'exécuter des otages est devenue généralisée et légale. Déjà, la Tchéka, qui faisait des arrestations massives de suspects, tendait à décider de leur sort indépendamment, sous le contrôle formel du Parti, mais en réalité sans que personne n'en sache rien. Le Parti s'efforçait de mettre à sa tête des hommes incorruptibles comme l'ancien détenu Dzerjinsky, idéaliste sincère, impitoyable mais chevaleresque, avec le profil émacié d'un inquisiteur: grand front, nez osseux, barbiche désordonnée, expression de fatigue et d'austérité. Mais le parti avait peu d'hommes de ce timbre et de nombreuses Tchékas. Je crois que la formation des Tchékas a été l'une des erreurs les plus graves et les plus inacceptables que les dirigeants bolcheviks ont commises en 1918, lorsque les complots, les blocus et les invasions leur ont fait perdre la tête. Selon toute évidence des tribunaux révolutionnaires, fonctionnant à la lumière du jour et admettant le droit de la défense, auraient atteint la même efficacité avec beaucoup moins d'abus et de perversion. Fallait-il revenir aux procédés de l'Inquisition? »[10]

Durcissement

Mais bientôt, le camp des partisans inconditionnels de la Tchéka reprit le dessus. Y figuraient, outre Dzerjinski, les dirigeants du Parti Sverdlov, Staline, Trotsky et Lénine. Lénine définit même la Tchéka comme « l'organe suprême de la dictature du prolétariat », et explique les dérapages :

« Nos fautes ne nous font pas peur. Les hommes ne sont pas devenus des saints du fait que la révolution a commencé. Les classes laborieuses opprimées, abêties, maintenues de force dans l'étau de la misère, de l'ignorance, de la barbarie, pendant des siècles, ne peuvent i accomplir la révolution sans commettre d'erreurs (..). On ne peut enfermer dans un cercueil le cadavre de la société bourgeoise et l'enterrer. Le capitalisme abattu pourrit, se décompose parmi nous, infestant l'air de ses miasmes.  »[11]

Le 19 décembre 1918, sur proposition de Lénine, le Comité central adopta une résolution interdisant à la presse bolchevique de publier des « articles calomnieux sur les institutions, notamment sur la Tchéka, qui accomplit son travail dans des conditions particulièrement difficiles ».

En mars 1919, le pouvoir grandissant de la Tchéka sera pour ainsi dire consacré avec la nomination de son chef, Dzerjinski, au poste de Commissaire à l'Intérieur. Le 12 janvier 1920, en s'adressant aux dirigeants syndicaux, Lénine déclare: « Nous n'avons pas hésité à tirer sur des milliers de personnes, et nous n'hésiterons pas, et nous sauverons le pays.  »

La fin de la guerre civile

Dans les premiers mois de l'année 1920 la guerre civile semble proche.Le désir est grand, non seulement parmi les masses, mais également parmi les dirigeants bolchéviques, d'instaurer une véritable démocratie socialiste et d'abolir la répression. La peine de mort va être abrogée. Mais en avril, l'invasion de l'Ukraine par la Pologne, inspirée par l'impérialisme français, va de nouveau tout faire basculer dans l'urgence, la violence et la répression. Une fois de trop sans doute.

Le 14 mai 1921, le Politburo, présidé par Lénine, adopte une motion « élargissant les droits de la [Tchéka] en ce qui concerne l'utilisation de la [peine de mort] ».

La Tchéka est dissoute en février 1922 et laisse place à la GPU.

Espionnage extérieur

Officiellement, le 20 décembre 1920 a été créé le Département étranger (INO) de la Vé-Tché-Ka près le soviet des commissaires du peuple (SNK) – gouvernement de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR). Les opérations à caractère d'espionnage ont déjà été pratiquées par la Tchéka dès 1918, mais la création officielle de l’INO a donné à l’espionnage politique une existence administrative.

En vérité l’INO a été créé non pas le 20 décembre 1920, mais dès le printemps 1920[12], d’abord au sein du Département spécial de la Vé-Tché-Ka. En été 1920 il fonctionnait déjà, mais son travail était jugé insuffisant par le Politburo (décision du septembre 1920). Une réorganisation a commencé dès septembre. Une commission a été créée pour cela. Le 12 décembre 1920 Dzerjinski signe le premier ordre de réorganisation. C’est la date de son deuxième ordre n°169 du 20 décembre 1920 que les historiens officiels ont retenu comme le jour de naissance de l’espionnage politique soviétique.

Comparaison avec l'Okhrana

Avec ses 1500 agents, l'Okhrana passait pour la plus puissante police politique de « l'ancien monde ». Fondée avec 100 membres, la Tchéka voit ses effectifs exploser en 1918. Lorsqu'elle arrive à Moscou et s'installe à la Loubianka, le 10 mars 1918, elle a sur place 600 membres. En juillet elle en a 12 000. Elle monte à 40 000 hommes fin 1918, et 280 000 début 1921.

Les exécutions impulsées par la Tchéka le 5 septembre 1918 ont fait à eux seuls 10 000 à 15 000 morts, soit deux à trois fois plus que le nombre d'exécutés (6321 personnes) sous le régime tsariste durant les 92 ans précédant la Révolution (1825 à 1917).

Par ailleurs, alors l'Okhrana devait remettre ses prisonniers pour jugement par les tribunaux ordinaires, la Tchéka contrôle les tribunaux spéciaux et influe leurs verdicts.

La comparaison a ses limites, étant donné que l'Okhrana n'agissait pas en période de crise révolutionnaire comparable aux années terribles de la guerre civile. Néanmoins il est indéniable que la Tchéka (puis le GPU, le NKVD...), après le contexte révolutionnaire, s'est pérennisé en un organe du nouveau régime bureaucratisé, et que ce régime a atteint une puissance de contrôle bien supérieure à celle du tsarisme.

Terreur rouge

Article détaillé : Terreur rouge (Russie).

Les communistes révolutionnaires se sont souvent inspirés de la Terreur utilisée par les Jacobins pour faire aboutir la Révolution française.

Dès 1901, Lénine avait averti : « nous n'avons jamais renoncé à la terreur et nous ne pourrons pas y renoncer[13] » ou encore : « Nous demandons à un homme, où vous placez-vous par rapport à l'idée de révolution ? Êtes vous pour ou contre ? S'il est contre, nous le plaçons contre un mur ».

Néanmoins dans un premier temps les révolutionnaires sont cléments, et libèrent massivement les Blancs arrêtés, en leur faisant promettre de ne plus reprendre les armes. Ils auront souvent à le regretter par la suite, car la plupart reprendront immédiatement contact avec le camp contre-révolutionnaire. Ce dernier n'hésite pas à utiliser la « terreur blanche », à exécuter les rouges qu'ils capturent, à faire des pogroms, à restaurer la domination des nobles dans les territoires qu'ils regagnent...

C'est en réaction que les bolchéviks déclarent la « terreur rouge ». Lénine clamait : « Est-il impossible de trouver parmi nous un Fouquier-Tinville qui dompterait la violence des contre-révolutionnaires ? » Les assassinats de nobles et d'ecclésiastiques en septembre 1918 seront souvent comparés aux massacres de septembre 1792 français.

En réponse aux accusations de Kautsky sur la terreur rouge, Lénine écrit La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky (1918), et Trotsky écrit Terrorisme et communisme (1920).

Notes et références

  1. Trostky, Œuvres, Études doc int (EDI)
  2. EH Carr, La révolution bolchevique, 3 vol. 1969-74, Ed minuit
  3. Lénine, Troisième congrès des Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans de Russie, 10-18 (23-31) janvier 1918
  4. Cité par Viktor Tchernov in Tche-Ka, E. Pierremont, p. 20.
  5. Répression de l’anarchie en Russie soviétique, notice 44, Libertaire, années 1924-1926, Notes D. Dupuy.
  6. Paul Avrich, « The Russian anarchists and the Civil War », The Russian Review, volume 27, 1968.
  7. Voline, La Révolution inconnue 1917-1921 et
  8. R.J. Stove, The Cheka, G.P.U. and O.G.P.U.: Bolshevism's Early Secret Police, 2001
  9. Isaac Steinberg, In the Workshop of the Revolution, Rinehart, 1955, p. 145.
  10. Victor Serge, Mémoires d'un révolutionnaire (1905-1945)
  11. Lénine, Lettre aux ouvriers américains, 20 août 1918
  12. Article par Serguei Jirnov: Qu'est-ce que les espions de Yassénévo fêtent le 20 décembre? Что шпионы из Ясенево празднуют двадцатого декабря?
  13. Lénine, Œuvres complètes, Éditions sociales

Postérité

  • Pendant la guerre d'Espagne, les staliniens (Alfonso Laurencic) géraient des centres de rétention et de torture, qu'ils appelaient « tchéka ».
  • Le siège central de la Tchéka, après son déménagement à Moscou, était situé dans le bâtiment de la Loubianka (rue Grande-Loubianka) qui a abrité toutes les polices politiques de l'URSS jusqu'en 1991.
  • Jusqu'à la fin des années 1980, on a continué d'appeler « tchékistes » les membres des successeurs de la Tchéka (GPU, NKVD, KGB...). Poutine est parfois qualifié de tchékiste dans les médias russes pour avoir été longtemps membre du KGB.

Bibliographie

Littérature

  • 1923 : Vladimir Zazoubrine, Le Tchékiste, traduit du russe par Wladimir Berelowitch, Christian Bourgois éditeur, 1990, 155 p.
  • Viktor Pelevine, La Mitrailleuse d'argile (Чапаев и пустота, журнал Знамя), 1997

Films

Dans la culture populaire soviétique, les films sur la Tchéka étaient appréciés :  Miles of Fire, At Home among StrangersThe Adjutant of His Excellency, Dead Season, et en 1992, Le tchékiste.

Ouvrages ou documents