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Schéma des différentes formes d'énergies.
La production d'énergie est un secteur clé de l'économie capitaliste actuelle, et il le resterait évidemment dans un mode de production socialiste.

L'énergie fossile, socle du capitalisme

La société industrielle capitaliste a pu se développer en grande partie grâce aux sources d'énergie fossile : le charbon en premier lieu, puis le pétrole. Ces ressources sont le fruit d'un processus naturel extrêmement long comparé à l'échelle de temps des sociétés humaines. On peut donc dire relativement à nous qu'il s'agit d'un "capital naturel", dans lequel la société bourgeoise est venue puiser abondemment.

La combustion du charbon, notamment pour les premières machines à vapeur a été une façon de profiter d'une énergie très concentrée, et bon marché relativement à la dépense de travail qu'il faut pour l'extraire. Cela a permis d'initier un mode de production radicalement nouveau dans lequel le travail humain devient prodigieusement plus productif.

Aujourd'hui encore, le capitalisme mondial repose à 85% sur les énergies fossiles, les investissements dans les énergies renouvelables étant trop peu rentables, et le lobbying des pétroliers puissants. En Chine, où les investissements ont été nombreux ces dernières décennies, on construisait en 2007 une centrale au charbon tous les 3 jours.

La production d’électricité consomme le tiers de l’énergie primaire mondiale et rejette plus de 40% du CO2 d’origine anthropique.

Le socialisme, condition d'une énergie rationalisée

Nous héritons à la fois des forces productives sans précédent du capitalisme industriel, et de tous les dangers qu'il a créé et qu'il est incapable de résoudre. La rationalisation de la production d'énergie est une urgence qui s'impose aux progressistes, et qui revient donc à la seule classe révolutionnaire : le prolétariat. Même si le mouvement socialiste est à reconstruire, il n'y a qu'un gouvernement des travailleurs qui soit capable d'extraire l'économie de la logique de profit et de la planifier au service des besoins sociaux, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour que cela puisse durer.

Économies massives et efficacité sociale

Le premier des effets que l'on peu attendre de la réorganisation socialiste de la production serait une très forte réduction de la quantité d'énergie qu'il est nécessaire de produire. Contrairement à ce que prônent certains courants de l'écologisme, ce n'est pas pas principalement par un "changement des habitudes de consommation individuelles" que cela passe, mais bien par un basculement de toute l'organisation sociale.

Premièrement, le fait pour les travailleurs de s'approprier collectivement le surproduit, et donc d'abolir le profit privé, permettrait de libérer tous les fonds nécessaires. Par exemple, il est urgent et matériellement tout à fait possible de réaliser des investissements massifs pour réduire à court terme les consommations d'énergie (isolation thermique des bâtiments, installation de chauffage et d'eau chaude collectifs, remplacement d'équipements énergivores, transports collectifs...). Or dans le capitalisme, une telle action de masse est impensable, parce que les prolétaires n'ont pas les moyens, parce que ce n'est pas suffisamment rentable pour les bourgeois ou leur État...

Mais la fin de l'anarchie de l'économie capitaliste aurait des conséquences bien plus profondes que le délocage de moyens. Il s'agirait de mettre immédiatement fin aux absurdités innombrables qui sont rendues "financièrement raisonnables" par la loi du profit : par exemple, en finir avec les marchandises qui au cours de leur production font le tour du monde, en finir avec les publicités éclairées toute la nuit, limiter l'obsolescence... Le remplacement de la concurrence par la planification permettrait d'éviter quotidiennenement une infinité de trajets par camion en les remplaçant par le frêt ferroviaire ou fluvial.

L'Agence Internationale de l'Energie, qui raisonne bien entendu dans le cadre capitaliste, affirme que 26% des émissions de gaz à effet de serre pourraient être évitées par des économies d'énergie.

Des fossiles aux renouvelables

Quant aux sources d'énergies, étant donné le problème mondial du changement climatique, il faudra concentrer tous les efforts du secteur pour sortir le plus rapidement possible des énergies fossiles (charbon, pétrole...). Plus fondamentalement, puisque ce sont des énergies non renouvelables, il est évident qu'une société rationelle ne peut miser sur elles sur le long terme. Le socialisme devra donc coïncider avec un âge de maturité de l'humanité, celle-ci pouvant enfin décider consciemment de tels choix qui l'engagent toute entière.

Il est difficile à l'heure d'aujourd'hui d'avoir une visibilité précise sur les solutions techniques pour les sources d'énergies de demain. Il est probable qu'il n'y aura pas qu'une seule source prédominante, mais de nombreuses techniques adaptées aux environnements locaux (hydraulique, géothermie, houlomotricité, éolien...) et fonctionnant en réseau. Le potentiel global des énergies renouvelables est estimé à 8000 fois celui du total des réserves de charbon/pétrole/gaz/uranium...

Il est important de garder à l'esprit que la recherche actuelle sur les énergies renouvelables est largement sous-financée, même dans un référentiel capitaliste en comparaison d'autres secteurs, comme le nucléaire. On sait également que le lobbying est omniprésent de  la part des secteurs capitalistes ayant intérêt au statu quo : EDF a freiné le photovoltaïque français et provoqué sa ruine... Par conséquent, les discours rejetant comme "insuffisantes" ces sources d'énergie n'ont pas grand sens.

Par ailleurs, si l'on tentait d'élaborer rationnellement un "indicateur de l'efficacité" qui prenne en compte à sa juste valeur les effets négatifs (émissions de gaz à effet de serre...), il est probable que l'on trouverait les énergies renouvelables parmi les meilleures.

Machines à vapeur plus efficaces

Les machines à vapeur sont encore utilisées pour produire 65% de l'électricité mondiale : aussi bien les centrales à charbon que la géothermie ou les centrales à concentration solaire font tourner des turbines par génération de vapeur. Donc, il est dans tous les cas important d'améliorer autant que possible le rendement de la conversion énergie thermique - énergie mécanique. Le rendement moyen actuel est de 40%, mais on sait l'augmenter jusqu'à 45% en portant la vapeur à l'état supercritique. Des recherches sur des centrales ultra-supercritiques prévoient des rendements dépassant les 50% à partir de 2020. Une autre technique consiste à combiner deux turbines, la deuxième récupérant la chaleur de la première : on atteint alors 60% de rendement global. Mais dans la situation actuelle de suraccumulation de capital, les patrons délaissent ces investissements. Résultats : les nouvelles centrales sont conçues avec les meilleurs rendements, mais les anciennes ne sont changées qu'en fin de vie. La société socialiste sera beaucoup moins hésitante pour améliorer fortement l'efficacité énergétique.

Débat de fond sur le nucléaire

Il n'y a que les pro-nucléaires dogmatiques qui puissent aujourd'hui affirmer que l'énergie nucléaire est sûre et sans danger. Le principal des dangers provient du fait que la gestion des centrales nucléaires (et de l'ensemble du cycle d'extraction et de "traitement" des déchets) ne soit pas démocratique, mais soumise aux logiques de profit ou de sous-entretien.

Par ailleurs, le secteur nucléaire étant d'un grand poids économique dans les pays comme la France qui y ont recours massivement, la question du vrai bilan environnemental du nucléaire (le coût de l'extraction de l'uranium, de son transport, de son enrichissement et de l'enfouissement est-il totalement inclu dans un bilan carbone ?) est malmenée par les lobbies.

Il sera probablement décidé dès que possible de sortir du nucléaire sous sa forme actuelle (fission nucléaire). Que peut-on attendre de la fusion nucléaire ? Il s'agira là comme dans d'autres domaines d'intensifier la recherche, et de mener des débats libérés des pressions et préjugés, dans le cadre d'une science maîtrisée par la société.

Niveau de centralisation de la production

Un des débats techniques qui se pose si l'on considère la production d'énergie d'ensemble est également le niveau de centralisation de la production. Le schéma actuel est très centralisé, avec des centrales concentrant une forte productivité et des câbles électriques redistribuant l'électricité aux consommateurs. Certains écologistes prônent un schéma sans centre, avec production d'électricité sur place.

Avec les technologies actuelles, le principal inconvénient de l'hyper-centralisation est la forte quantité de pertes en ligne lorsque les points de consommation sont très éloignés des points de production. La principale technique en vigueur pour limiter ces pertes, le recours aux lignes très haute-tension (THT) n'est pas sans impact environnemental et sanitaire. Il est possible que des recherches concluantes sur les supraconducteurs viennent changer la donne, en permettant des transports sans perte.

La décentralisation totale ne semble pas non plus être la panacée, parce qu'elle entraîne quasi nécessaire une perte d'efficacité globale. Les modes de production domestiques (petit-éolien, photovoltaïque, micro-hydraulique...) sont d'une part difficilement généralisables, mais ils ont un rendement plus faible que les moyens de production plus concentrés. Par exemple, agencé de façon judicieuse, un champ de 50 éoliennes produira plus que 50 éoliennes isolées, grâce à un effet de synergie. Ou encore, en terme de travail autant qu'en terme d'énergie, installer et réparer une multitude de panneaux solaires est bien plus coûteux qu'un schéma davantage centralisé.

Lorsque l'électricité est produite à grande échelle, il est plus facile de prévoir les courbes de la demande et même de réagir aux imprévus en sollicitant plus ou moins les centrales en réseau. Une surconsommation ponctuelle d'un foyer (pour une raison quelconque) sera imperceptible et sans conséquence. Dans le cas extrême d'installations locales non raccordées au réseau, les surconsommations menacent directement de pénurie, et la surproduction engendre directement un gâchis, par sous-utilisation des capacités de production. Réduire la production à une petite échelle, ce pourrait donc être en définitive aussi pénalisant dans l'énergie que dans n'importe quel secteur industriel.

Là encore, définir un optimum du niveau de centralisation en fonction des technologies disponibles devrait être davantage possible dans une société socialiste où la science et la technologie ne serait plus aux mains des capitalistes ou des bureaucraties étatiques.

Les fausses solutions capitalistes

Beaucoup d'économistes et d'écologistes bourgeois parlent du problème de l'énergie, mais sans le lien avec le socialisme, leurs solutions sont le plus souvent réactionnaires. Par exemple, dans une logique de marché, une proposition qui revient souvent est celle d'augmenter le prix de l'énergie pour faire baisser sa consommation.

Déjà dans les années 1970, la propagande bourgeoise justifiait l'augmentation du prix du pétrole par une série d'arguments ("c'est la faute à l'OPEP", "les réserves diminuent"...) alors qu'il s'agissait principalement d'augmenter les marges des trusts pétroliers. Il est vrai que cette augmentation a légèrement stimulé l'efficacité énergétique (rendement des voitures, isolation thermique des logements...). Mais non seulement cette dématérialisation de l'économie est largement insuffisante, mais de plus cette période a aussi été le début du tournant néolibéral qui a vu la part salariale chuter au profit du patronat.

En 2006, le rapport Stern est publié. Le gouvernement de Tony Blair avait demandé à Nicholas Stern, économiste et vice-président de la Banque Mondiale, un rapport sur les enjeux du changement climatique et les réponses à y apporter - dans un cadre capitaliste évidemment. Stern évoque le fait que les dégâts environnementaux sont des externalités pour les pollueurs :

« Ceux qui produisent des gaz à effet de serre provoquent des changements climatiques, de ce fait ils imposent des coûts au monde et aux générations futures, mais ils ne font pas face eux-mêmes à toutes les conséquences de leurs actes ».

Mais il ne distingue pas du tout dans ces pollueurs entre capitalistes détenteurs des moyens de production et consommateurs à la marge de manoeuvre plus que réduite. Il préconise de les "responsabiliser" tous autant qu'ils sont en taxant le CO2.

Et même si un gouvernement bourgeois voulait cibler les industriels, en réalité, ceux-ci n'ont qu'à répercuter toute taxe sur leurs prix. Par exemple c’est le consommateur qui paie l’éco-taxe qu'a instauré le gouvernement Villepin pour financer le recyclage des appareils électroniques.

Dans tous les cas, ce genre de mesurette capitaliste revient à frapper plus durement les plus pauvres. C'est valable pour le salaire réel des prolétaires des pays riches, mais à plus forte raison pour les pauvres des pays dominés. Selon les calculs de l’Agence Internationale de l’Énergie, le surcoût de la facture pétrolière pour les pays pauvres lors de la dernière flambée des prix du pétrole a été dix fois plus important que l’allègement de la dette de ces mêmes pays décidé au sommet du G8 de Gleneagles en 2005. A l'inverse, ceux qui ont les moyens de se payer aujourd’hui des jets privés pour leurs déplacements ne seront pas mis sur la paille s’ils doivent, demain, payer le kérosène deux ou dix fois plus cher. Cette idéologie qui prône l’augmentation du prix de l’énergie pour en réduire la consommation est une idéologie bourgeoise.

Les communistes révolutionnaires défendent non pas une chimérique incitation a posteriori, par le marché, mais une remise à plat de la production, en amont, par les travailleurs auto-organisés.

Notes et sources

Réflexions politiques sur l'énergie :

  • Daniel Bensaïd, Marx, productivisme et écologie, 1993
  • Martinez-Alier-Schlüpman, La Ecologia y la economia
  • Serge Podolinsky, Le Socialisme et l’unité des forces physiques, années 1880
  • Wilhelm Ostwald, qui a tenté, au nom de l’impératif énergétique, de redéfinir le progrès comme l’augmentation de la disponibilité d’énergie, le remplacement de l’énergie humaine par d’autres énergies alternatives, et l’augmentation du rendement thermodynamique dans l’utilisation de l’énergie
  • J.-P. Deléage, Les 
Servitudes de la puissance, une histoire de l’énergie. Pour Deléage il y aurait un primat du système énergétique par rapport au mode de production : les systèmes énergétiques (comme l’énergie nucléaire) conditionnerait dans le même sens les économies capitalistes de marché et les économies bureaucratiques