Lettre de Conrad Schramm à Joseph Weydemeyer, 8 janvier 1850

De Archives militantes
Aller à la navigation Aller à la recherche


Londres, le 8 janvier 1850.


Cher Weydemeyer,

Marx, qui est dans le travail jusqu'au cou, pour achever le premier numéro de la Revue, me charge de vous écrire en son nom. La Revue sera diffusée par les libraires, accessoirement, dans les grandes villes, par des représentants. L'impression, etc. de la Revue a lieu à Hambourg, d'où elle est expédiée aux représentants. Le premier numéro sortira avec un peu de retard, ceux d'après suivront rapidement, si bien que le numéro de mars paraîtra sans doute au début du mois. Si la Revue marche à peu près, elle paraîtra deux fois par mois. Je vous demande seulement d'insérer l'annonce immédiatement, même si le journal de Cologne[1] ne devait pas l'avoir encore. En ce qui concerne vos articles sur l'Allemagne du Sud, Marx désire ceux pour le numéro de février le plus tôt possible ; il ne s'agit pas tellement de rapporter les faits les plus récents, ça n'est pas possible ; le mieux serait, ce me semble, de clore les comptes rendus le 15 de chaque mois et d'expédier le manuscrit assez tôt pour qu'il puisse être ici le 19 ou le 20 de chaque mois. Encore une chose, faites passer, s'il vous plait, dans votre annonce, le prix de 24 à 25 sgr[2], ou 22 ggr[3] ; ce dernier prix est plus commode et c'est pour cette raison, que le libraire le propose. Pour Francfort, vous vous placerez, je l'espère, à la tête du mouvement en faveur de la Revue, il vous faudra alors nous décompter les frais des sous-traitants, des coursiers, etc. Combien d'exemplaires dois-je vous faire parvenir ?

Peu de nouvelles d'ici pour aujourd'hui. Struve et Heinzen font du scandale à qui mieux mieux, perdent la face et la font perdre aux émigrés allemands, autant que faire se peut. Au reste, ces deux dictateurs se crêpent le chignon, Struve aurait volé une idée (?) heinzenienne ! J'écrirai sous peu à Bruhn[4], que je vous demande de saluer, et raconterai alors en détail les histoires d'ici.

N'avez-vous pas besoin d'un correspondant ici ? Je pourrais toujours vous envoyer sans délai les informations les plus importantes au sujet du Parlement qui, en tout cas, va être intéressant. Je ne cesse de suivre le mouvement pour la réforme des finances[5] et je puis vous tenir au courant sur ce point. Dans les prochains jours, je vous enverrai une correspondance à titre d'essai, vous pourrez alors me dire si vous voulez que je continue et combien vous pouvez payer mes lettres. En Angleterre il faut avoir de quoi payer ses steaks et sa bière.

Le jeune communiste qui s'est installé chez Marx s'appelle Henry Edward Guy Fawkes. Il est né le jour du complot des poudres[6], et a été baptisé pour cette raison Guy Fawkes. En attendant, ce petit bonhomme agace tout le monde par ses cris, mais avec le temps il finira bien par entendre raison.

Tous les amis vous envoient leurs saluts.

Amicalement.

Votre
K. Schramm.


(Post-scriptum de Karl Marx)

Cher Weydemeyer,

J[e] te [joins] le bon de dépôt du mont-de-piété[7]. Sois assez bon pour le renouveler et déduire ça du montant [des][8] abonnements.

Amitiés de ma femme la tienne ainsi qu'à toi.
K. Marx.

  1. Kölnische Zeitung.
  2. Silbergroschen : gros d'argent.
  3. Gute Groschen : monnaie divisionnaire.
  4. Karl von Bruhn (né en 1803) : journaliste allemand. Membre de la Ligue des Communistes dont il sera exclu en 1850. Se rangea du côté de Willich-Schapper lors de la scission. Plus tard partisan de Lassalle et rédacteur du journal hambourgeois le Nordstern.
  5. Financial reformers [Partisans de la réforme financière] : l'Association pour la réforme parlementaire et financière avait été fondée en 1849 par des bourgeois de gauche pour imposer une réforme de l'impôt. Ses membres espéraient de la sorte scinder le mouvement chartiste et s'assurer du contrôle d'une partie au moins des masses ouvrières. Leur action, soutenue par Cobden, Bright et les réformistes du chartisme (O'Connor en tête) n'eut cependant aucun succès. La majorité des chartistes resta fidèle, même dans les années 50, au mouvement. L'association des Financial reformers se désagrégea en 1855.
  6. Le fils de Marx, Heinrich Guido, né le 5 novembre 1849, fut surnommé Föxchen (Fawksy) d'après Guy Fawkes, chef de la « conspiration des poudres » (5 novembre 1605) dirigée contre le Parlement anglais.
  7. Cf. note 1 de la lettre du 29 octobre 1850.
  8. Papier endommagé.