Lettre à Jan Frankel, 26 janvier 1938

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Inquiétudes

Cher Ami,

Je vous envoie une copie de ma lettre à Wendelin Thomas. Sa lettre à moi est tout à fait stupide et arrogante. Même maintenant, il continue à affirmer que la commission ne peut pas se dispenser d’exprimer son opinion que la politique stalinienne est le résultat du bolchevisme. Comment peut-on faire de telles affirmations après que la décision ait été prise ?

Cela m’inquiète un peu, surtout en liaison avec le discours de Dewey. Contrairement à l’opinion de certains camarades, je dois dire qu’il n’était pas très loyal, de la part du « vieux », de vociférer ses propres opinions politiques au nom de la commission. C’était doublement déloyal parce que je lui avais confié la lecture de mon câble qui, malheureusement, s’abstenait de toute affirmation politique. Ce que Dewey a dit ne représentait pas la décision de la commission et était contraire à l’opinion de certains de ses membres : Rosmer, Zamora, dans une large mesure, Rühle et, je crois, Tresca aussi. Tous les membres n'étaient pas des libéraux. Tous ne croient pas que le déclin et la dégénérescence de la bureaucratie soviétique disqualifient le communisme et que le déclin de la démocratie prouve la vitalité du libéralisme.

Je vais expliquer cela dans un article écrit contre Dewey, mais je suis un peu préoccupé par l’hypothèse que Wendelin Thomas pourrait avoir réussi à introduire quelques « naïvetés » de ce genre dans le texte de la commission. Il est absolument nécessaire de vérifier le texte de ce point de vue. Si le texte comporte des appréciations politiques tendancieuses d’un point de vue libéral, il faut prévenir les éditeurs que nous le considérerions comme un abus de confiance et que nous en appellerons à Rosmer, Zamora, Rühle, pour la reconsidération de la partie correspondante du texte. J’espère que mon inquiétude est sans fondement ; tant mieux ! Mais la vérification la plus attentive est nécessaire.

Il est superflu de dire que tout cela est strictement confidentiel et que je serais extrêmement malheureux de perturber mes amicales relations avec les membres de la commission par quelque initiative imprudente. Parlez, s’il vous plaît, également avec le camarade Cannon de cette question.