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Special pages :
Le travail de masses
| Auteur·e(s) | Nadejda Kroupskaïa |
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| Écriture | octobre 1927 |
La position léniniste de la question sur les rapports avec les masses
Notre parti communiste est un parti qui est plus étroitement uni avec les masses les plus larges et plus profondément enraciné en elles qu'aucun autre parti du monde. Le P. C. a depuis sa fondation accordé une attention particulière à la liaison étroite avec les masses. Dès que les cercles du marxisme révolutionnaire apparurent, ils développèrent, en opposition avec les narodniki et les narodovonzi, leurs points de vue sur la tâche de la classe ouvrière. Lorsque les narodovonzi mirent au premier plan leurs héros qui accomplissaient au nom du peuple de grandes choses, les marxistes révolutionnaires dirent : Oui, les héros méritent notre pleine considération, mais nous n'attacherons pas notre espérance à des héros, nous regarderons vers les masses de la classe ouvrière qui feront la révolution, qui marchent à la tête de tous les travailleurs et qui s'emparent du pouvoir. Lénine écrivit sur ce sujet un de ses premiers ouvrages : Quels sont les amis du Peuple ? et dès ce moment le parti s'attacha à mettre les masses les plus grandes sous son influence et à se lier aussi fortement que possible avec les masses. Dès l'année 1890 environ, lorsque la propagande et l'agitation du parti commencèrent, cette question fut posée de la façon la plus sérieuse.
Lorsque nous lisons les œuvres de Lénine nous voyons que la question des rapports avec les masses est comme un fil rouge qui relie tous ses articles et discours. Prenons par exemple la préparation de la Révolution d'Octobre. Si nous considérons le travail du parti d'avril à octobre, nous voyons qu'il a été caractérisé par une compréhension claire et juste du rôle que jouent les masses dans la révolution. Lorsque Vladimir Ilitch rentra de l'étranger en avril, il intervint immédiatement avec ses thèses profondément méditées où il développa cette conception que le gouvernement provisoire n'est pas notre gouvernement, que nous ne pouvons pas avoir confiance en lui, et qu'il nous faut lutter pour créer une nouvelle forme d'Etat n'ayant pas encore existé : le pouvoir soviétique.
Lorsque Vladimir Ilitch disait cela, cette proposition semblait à beaucoup une vaine illusion.
Le 16 septembre 1917, l'organe des Cadets, Rietch écrivait :
... En dépit de leurs phrases redondantes et des preuves de leur outrecuidance, les bolchéviks, à l'exception de quelques fanatiques, ne sont braves qu'en paroles. Ils n'oseraient pas, de leur propre initiative, s'emparer de tout le « pouvoir ». Ce sont des désorganisateurs et des destructeurs par excellence. Ils sont essentiellement des poltrons et au fond de leur âme, ils connaissent très bien leur propre ignorance et le peu de durée de leurs succès actuels. Ils savent aussi bien que nous que le premier jour de leur victoire définitive serait en même temps le premier jour de leur chute rapide. En aucune circonstance, ils ne sont capables de travail créateur.
Au Xe anniversaire d'octobre, il est clair que les Cadets étaient tout simplement aveugles. La bourgeoisie ne pouvait même pas s'imaginer que la classe ouvrière ignorante et opprimée et que la paysannerie « noire » puissent vouloir autre chose que d'être bien gouvernées par elle. Les propriétaires terriens et les capitalistes ne pouvaient pas s'imaginer que les ouvriers voulaient eux-mêmes gérer le pays avec les paysans et qu'ils pourraient s'en tirer sans eux.
Les articles du Rietch paraissent maintenant ridicules, mais ils troublaient beaucoup de cerveaux alors. C'est ainsi, par exemple, que les menchéviks croyaient que la classe ouvrière, étant donné le niveau de culture où la laissait le tsarisme, ne pourrait pas prendre le pouvoir.
Lénine connaissait mieux les masses ouvrières. Il y avait plus de 20 ans qu'il travaillait avec elles en camarade et en chef. Il a appris à vivre et à respirer comme vit et respire la masse ouvrière. Il a appris à apprendre les masses. Il savait ce dont elles sont capables et il était convaincu fermement que si les masses comprennent que le pouvoir soviétique est vraiment l'ordre nouveau qui peut organiser toute leur vie, elles feraient miracle.
Trois semaines après la publication des thèses eut lieu la conférence du parti. Dans cet intervalle, Vladimir Ilitch s'efforça aussi souvent que possible de parler avec les ouvriers, les paysans et les soldats. Son discours à la conférence du parti est caractéristique :
Plus que tout, dit-il, m'a convaincu le discours d'un mineur. Celui-ci a expliqué comment ils ont pris le pouvoir. Il me raconta simplement que les ouvriers ne se sont pas querellés pour savoir s'ils choisiraient ou non un président, mais ils discutèrent la question de préserver le câble du puits — ils avaient pris les puits — et comment on peut organiser la juste répartition de la ration du pain des ouvriers.
Vladimir Ilitch termina son discours par ces mots : « C'est le programme actuel de la révolution ». Mais comme il connaissait la mentalité des masses, il dit :
Nous ne devons pas nous faire d'illusions. Il nous faut carrément dire que les masses ne nous suivent pas encore.
Ce sang-froid, cette claire compréhension de ce que ressent la masse au moment actuel, ce fut la ligne caractéristique de Lénine, qui l'aida à calculer exactement le moment où il fallait faire tel ou tel pas.
A cette conférence, il dit :
Comme les masses ne sont pas avec nous, le plus important maintenant c'est d'expliquer aux masses notre position.
Et Lénine donna les indications les plus précieuses pour chaque propagandiste et agitateur. Il dit que notre point de vue étant juste, la vie en confirmerait à chaque pas la justesse et que nous n'aurons qu'à expliquer aux masses le sens des événements en employant une forme populaire et en donnant aux masses des réponses concrètes à leurs questions. Pas de détours dans les réponses, mais de la simplicité, des exemples concrets appuyés sur des faits.
Pourquoi les masses suivirent les bolchéviks en octobre
Prenons un fait de l'époque de la conférence d'avril. Le gouvernement provisoire publia une note où il déclarait qu'il était pour la guerre juste jusqu'à sa fin victorieuse et il considérait nécessaire de remplir toutes les obligations à l'égard des alliés. Que firent les bolchéviks ?
Les bolchéviks expliquèrent dans la presse quelles étaient ces obligations. Ils démontrèrent que le gouvernement provisoire prenait ainsi les obligations du gouvernement de Nicolas II et de toute sa bande tsariste. Ils montrèrent que ces obligations avaient été prises vis-à-vis de la bourgeoisie et dès que les masse l'eurent compris, nous les vîmes descendre dans la rue. Ce fait fit comprendre aux masses quels intérêts défendaient le gouvernement provisoire. C'est cette méthode que Lénine avait proposée à la conférence d'avril, méthode qui explique et qui éclaire l'essence même de tous les événements aux yeux des masses.
Le parti partageait entièrement ce point de vue de Lénine. Nous vîmes une grande campagne explicative menée par les bolchéviks en mai et en juin et jusqu'aux journées de juillet. Nous vîmes que l'offensive malheureuse sur le front tenait par elle-même le même langage que les bolchéviks. Nous vîmes que dans les journées de juillet, les régiments intervinrent sans indication du parti et contre la volonté du parti et que celui-ci lança alors le mot d'ordre de transformer l'action de juillet en une démonstration pacifique, car les événements montrèrent alors que bien que les régiments rebelles étaient pour les bolchéviks et le pouvoir des Soviets, la masse, dans son ensemble et dans ce moment, n'aurait pas pu suivre jusqu'au bout les bolchéviks.
Plus tard lorsque Kornilov eut marché contre Petersbourg, lorsqu'on vit le danger de destruction de la révolution et de la restauration du pouvoir tsariste, lorsque ce danger apparut aux masses ouvrières, les Soviets de Petersbourg et de Moscou se prononcèrent pour les résolutions des bolchéviks.
Je me rappelle l'incident suivant : Vladimir Ilitch vivait à Helsingfors où il se cachait. Il me fallait aller deux fois chez lui déguisée en ouvrière. J'étais assise dans un train de soldats et je me rappelle la forte impression que les conversations dans le wagon firent sur moi. L'état d'esprit de la masse des soldats et des paysans était révolutionnaire et ils parlaient souvent de se soulever.
Je racontais à Vladimir Ilitch ces conversations. Je me rappelle que son visage s'assombrit et qu'il pensa que le moment du soulèvement mûrissait et qu'il fallait se hâter afin que la bourgeoisie ne trouve pas le temps de se renforcer.
C'est seulement parce que les bolchéviks avaient mesuré toutes les forces qu'ils trouvèrent la ligne juste, qu'ils purent convaincre les masses, qu'ils purent les attirer à eux et que la révolution d'octobre put triompher.
Le rôle du parti communiste, qui est l'avant-garde de la classe ouvrière, qui est fondu dans les masses et qui sait convaincre et entraîner les masses, ce rôle fut particulièrement clair dans les six mois qui précédèrent octobre.
Toutes les tâches ne sont pas accomplies et l'édification du socialisme se poursuit
Dix années sont accomplies depuis la révolution d'octobre. Il serait ridicule de prétendre que toutes les tâches soulevées par octobre sont déjà réalisées par l'Union Soviétique et qu'un bien être général soit déjà atteint. Nous sommes des deux pieds sur le sol et nous ne fermons pas les yeux au fait qu'il y a encore de la misère et de la pauvreté. Ce n'est pas en vain que nous nous nommons les disciples de Lénine. Nous avons toujours les yeux fixés sur la réalité. Nous savons que des grandes tâches qu'octobre a dévoilées si clairement devant les masses du peuple, une partie seulement est réalisée et que nous avons besoin d'un travail opiniâtre pour les réaliser complètement. Mais il faut voir néanmoins qu'entre ce qui était avant octobre et ce qui est maintenant il y a un abîme formidable.
Lorsque nous parlons de nos conquêtes et que nous regardons les statistiques, la différence entre ce qui était et ce qui est n'est pas encore très grande. Mais lorsqu'un étranger vient en Russie soviétique, lorsqu'il voit comment une nouvelle vie se construit sur une nouvelle base, il sent soudain que la différence est formidable entre ce qui était avant octobre et ce qui est maintenant.
Le socialisme, écrivait Lénine, ne peut pas être instauré par une minorité du parti. Il ne peut l'être que par les nombreux millions d'hommes qui ont appris à faire tout par eux-mêmes.
Il écrivait :
Il est nécessaire que tous ceux qui dans le peuple sont éveillés et propres à un travail créateur entrent dans les organisations existantes et dans celles qui seront créées dans l'avenir par les masses ouvrières.
Les masses sont impuissantes lorsqu'elles sont dispersées, elles sont fortes quand elles sont unies.
Le 10 octobre, le congrès panrusse des ouvrières et des paysannes des membres des Soviets de villages et de villes, s'est ouvert. Ce ne sont pas seulement des ouvrières et des paysannes sympathisant avec le pouvoir soviétique, ce sont les artisanes du grand travail pratique dans les Soviets. Ce congrès fut précédé de conférences du gouvernement. A la Conférence de Leningrad régnait un état d'esprit élevé.
Les ouvrières tinrent des discours enthousiastes, parlant librement dans une langue correcte et avec fermeté et conviction. Parmi elles, certaines ont déjà terminé maintenant leurs études dans les facultés ouvrières. Il y avait aussi des paysannes coiffées de leur châle qui écrivaient d'une main habile des chiffres et des faits. A la tribune, une vieille paysanne d'un coin perdu du gouvernement de Leningrad disait : « Après avoir examiné le plan de travail pour ce premier semestre... », auparavant les paysannes n'auraient pas parlé ainsi, celui qui a connu autrefois les paysannes ne peut que sentir les forces du progrès.
Après la conférence des ouvrières et paysannes se tiendra la Conférence du Comité Exécutif panrusse à Leningrad. Il montrera combien le gouvernement soviétique est intimement lié avec la classe ouvrière et paysanne et avec touts les peuples de notre pays.
Et la conférence et le congrès seront une preuve claire de la croissance, pendant ces dix dernières années, de la conscience de classe et du degré d'organisation des masses. C'est en cela que réside notre force colossale que rien ne peut briser.