Clara Zetkin (par Radek)

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Auteur·e(s) Karl Radek
Écriture juillet 1921

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Source : numéro 31 du Bulletin communiste (deuxième année), 28 juillet 1921. L'article y est précédé de l'introduction suivante : « Le 3e Congrès de l'Internationale Communiste a fété, au cours d'une de ses séances, le soixante-cinquième anniversaire de la vénérée militante Clara Zetkin. Des discours furent prononcés. Des articles lui furent consacrés. Nous publions aujourd'hui celui de Karl Radek, paru dans, le numéro 33 de Moscou. »
Recueil(s): Bulletin communiste


Clara Zetkin fête aujourd'hui son soixante cinquième anniversaire. Comme le prolétariat allemand, les ouvriers et les ouvrières du monde entier évoqueront aujourd'hui une grande vie militante consacrée à la cause de la libération du prolétariat.

Clara Zetkin entra dans les rangs de la social-démocratie allemande à une époque où il n'était pas commode de professer le socialisme, au temps des lois d'exception contre les socialistes, à une époque où non seulement le parti était persécuté, mais où le marxisme même n'était guère connu des intellectuels.

Pendant ses années d'apprentissage politique elle eut la possibilité d'étudier le marxisme qui commençait seulement alors — après la manifestation du courant anti-Dühring survenue à la suite de la fondation du Neue Zeit — à pénétrer plus profondément, dans les masses ; ce qui plus est, elle put étudier le socialisme en France où elle vécut avec son mari, le réfugié russe Ossip Zetkin[1]. Grâce à cette circonstance ses idées politiques acquirent une envolée toute internationale. Ses attaches intimes avec le mouvement allemand s'unirent en son âme avec d'autres attaches des mouvements français et russe.

Il y a plus de trois ans qu'ont été publiés les essais de sons mari sur le mouvement ouvrier en France[2] ; un sentiment très juste et une compréhension fine des conditions pratiques et des exigences tactiques s'y révèlent ; quiconque s'en souvient et qui sait quelle part active Clara Zetkin avait prise à l'œuvre de son mari verra clairement que dès sa jeunesse Clara Zetkin était prête à se mettre consciemment au gouvernail du socialisme.

De retour en Allemagne Clara Zetkin se fit un devoir d'éveiller les ouvrières allemandes. Des milliers et des dizaines de milliers de ces ouvrières accouraient partout où elle parlait pour puiser des forces dans ses paroles. Opprimées par la vie pénible et grise de la cuisine, ces femmes, délivrées maintenant pour un instant de toutes les tracasseries et du souci de leurs enfants, s'élevaient à ces hauteurs où la femme qui travaille devient la camarade de son mari.

Clara Zetkin a conquis comme personne d'autre les cœurs des ouvrières allemandes, car elle a su allier une grande clarté de vues à un amour ardent pour la créature humains souffrante. Nombreux ont été ceux qui ont tenté, mais sans succès, de lui arracher son pouvoir sur les cœurs des ouvrières allemandes. Et le plus grand hommage que l'on puisse imaginer est le portrait que Lily Braun[3] a retracé de Clara Zetkin dans ses Mémoires. Ils sont inspirés par la haine mais celui qui les lit est forcé de convenir que ce n'est pas un pamphlet mais un hommage involontaire rendu à la volonté de fer, au désintéressement et au dévouement absolu de Clara Zetkin. Celte dernière n'a pas seulement été le chef du mouvement des ouvrières allemandes, mais en même temps l'une des personnalités les plus éminentes de la social-démocratie allemande. L'Egalité, dont elle était le rédacteur, qui était l'organe de liaison de toutes celles qui s'étaient réunies dans le mouvement international des ouvrières, se distinguait par sa position nette à l'égard de toutes les questions qui se posaient devant le Parti. Le futur historien de la social-démocratie allemande, de la lutte contre le révisionnisme, ne pourra manquer de citer la collection de l'Egalité où à travers tous les égarements les lignes fondamentales du socialisme furent tracées de main de maître et sous une forme des plus brillantes. Clara Zetkin mena côte à côte avec Rosa Luxemburg la lutte pour la cause du radicalisme. Et August Bebel avait raison lorsqu'il disait à ces deux Walkyries : « Vous êtes les seuls hommes du Parti ».

Vint la guerre et la débâcle de la social-démocratie. Dès le premier moment Clara Zetkin se trouva en opposition de principes la plus violente avec le Parti qui avait trahi sa tâche historique.

Pendant la première conférence internationale des femmes à Berne les représentantes des organisations féminines du parti communiste russe attaquèrent violemment Clara Zetkin qui voulait utiliser le pacifisme des femmes socialistes de la droite pour la cause de la lutte contre la guerre. Mais nous savions que c'était pour Clara Zetkin plus une question d'allure qu'une question de tactique et qu'au fond de son cœur de militante elle était avec nous. Et nous avions raison de le croire, comme Clara Zetkin le démontra elle-même lorsque, au cours des pourparlers de Brest-Litovsk, à cette heure tragique de la révolution russe, elle prit ouvertement position pour nous, contre tout un monde de calomniateurs ; et n'oubllions pas qu'elle le fit malgré des liens anciens qui la liaient avec les principaux menchéviks.

Et après la naissance du Parti Communiste en Allemagne Clara Zetkin se trouva de nouveau dans ses rangs et devint après la mort de Rosa, de Karl et de Jogiches, le lien vivant qui devait unir le jeune parti avec le meilleur passé de la social-démocratie allemande. Et là, malgré son âge et sa maladie, Clara Zetkin sut inspirer la chaleur de son âme aux masses ouvrières cent fois trahies, quand elle leur parlait dans des centaines et des centaines d'assemblées.

Et parce qu'il en était ainsi, nous savions que les différences d'opinion qui nous avaient séparés dernièrement de Clara Zetkin[4] seraient passagères ; nous savions que dès que nous aurions la possibilité d'un contact personnel avec elle et dès que les deux ailes du parti pourraient se mesurer, Clara Zetkin serait la dernière à perpétuer ses fautes ou à en faire retomber les conséquences sur les autres.

Le jour où elle fête son soixante-cinquième anniversaire nous, les communistes russes, et l'Internationale, nous ne serons pas les seuls à penser avec tendresse à la vénérable militante : nous sommes parfaitement sûrs que tout le parti allemand partagera nos sentiments et nous émettons tous les vœux et espérons que Clara Zetkin restera encore longtemps dans nos rangs pour combattre pour notre cause.

  1. Ossip Zetkin (1850-1889).
  2. Der sozialismus in Frankreich seit der Pariser kommune (1889).
  3. Lily Braun (1865-1916), féministe allemande, membre de l'aile révisionniste du SPD.
  4. Allusion au soutien apporté par Clara Zetkin à Paul Levi, contre la « théorie de l'offensive ». En mai 1921 Radek disait dans un discours : « Cette lutte nous a permis de nous rendre compte de la valeur réelle de ce Parti. D'un côté, elle a groupé les ouvriers les plus avancés et d'un autre côté, lorsque les chefs de l'aile droite, Levi, Zetkin, ont démissionné de leurs postes de membres du Comité central, elle a débarrassé le Parti de ceux de ses éléments qui cherchaient à maintenir son activité sur le terrain de l'agitation et de la propagande. »