Problème de la transformation

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Le problème de la transformation des valeurs en prix est un débat théorique concernant la théorie de la valeur de Karl Marx.

Le problème de la transformation[modifier]

Si la valeur d’une marchandise “est” bien la quantité de travail qu’elle contient comment passe-t-on des valeurs aux prix ?

Dans le Livre I du Capital, Marx parle de valeurs, tandis que dans le livre III, il parle de prix. Se pose alors la question de la « loi » de transformation de l’un en l’autre.

Historique du débat[modifier]

L'interprétation de Bortkiewicz[modifier]

En 1906-1907, Ladislaus von Bortkiewicz annonçait avoir trouvé une incohérence dans l'explication de Marx de la transformation des valeurs des matières premières en prix de production (c'est à dire en prix qui permettent aux entreprises d'obtenir un taux moyen de retour sur leurs investissements en capital). Bortkiewicz remit profondément en question la théorie de Marx selon laquelle les prix et les bénéfices sont déterminés, dans l'ensemble, par la production de valeur et de survaleur : le "taux de profit en prix" n'est plus égal à au "taux de profit en valeur", et la somme des prix diverge de la somme des valeurs.

Piero Sraffa et les néo-ricardiens[modifier]

L’économiste italien Piero Sraffa, ancien compagnon de route du PCI et ami de Gramsci (mais aussi de Keynes et de Wittgenstein) a proposé une démonstration mathématisée du classique problème ouvrier : les salaires varient en raison inverse des profits.

Aux États-Unis, ce résultat est devenu central parmi les économistes marxistes, qui l'appellent le « théorème marxien fondamental ». Cette démonstration permet d'affirmer que le surplus de la production réalisée par les travailleurs est la source principale du profit des entreprises, tout en se passant de la théorie de la valeur de Marx. Si en effet là réside le cœur de l’économie politique marxienne, alors, il n’y a aucun problème à renoncer, comme l’ont fait Paul Baran et Paul Sweezy, à la baisse tendancielle du taux de profit comme mécanisme d’explication des crises.

Ce sont surtout les "marxistes néoricardiens" qui en font leur base théorique. L'un d'eux, Gary Mongiovi, entend rapprocher Marx de ses « racines ricardiennes ».

L'interprétation TSSI[modifier]

Dans les années 1980, un nouveau courant commence à émerger et élabore sa réponse aux néo-ricardiens. Leur école prendra le nom d'interprétation_temporelle_mono-système (temporal single-system interpretation, TSSI).

En 1988, les partisans de la TSSI ont annoncé avoir réfuté la preuve d'incohérence de Bortkiewicz. Dans l'interprétation TSSI, le "problème de la transformation" disparaît, et le total des prix est égal au total des valeurs. Ils considèrent qu’il n’y a qu’un unique système et que Marx n’a pas remplacé les valeurs par les prix : quantités de travail et prix monétaires sont deux expressions de la même chose.

Andrew Kliman, l'un des principaux partisans du TSSI, donne l'exemple suivant :

« Pour vous en convaincre, considérez seulement un des artifices argumentatifs favoris des théoriciens simultanéistes, en particulier néoricardiens- la « modélisation du champ de maïs ». Le maïs (remplacé par des « céréales » dans les publications étsauniennes) est produit en utilisant uniquement du maïs de même variété, semé sous forme de grains, et le travail des ouvriers agricoles. Les théoriciens simultanéistes imposent la clause qu’un boisseau de grains plantés au début de l’année vaut exactement autant qu’un boisseau de grain récolté à la fin de l’année. Si la valeur d’un boisseau de grains de maïs est de 5 dollars, alors la valeur d’un boisseau de mais produit doit être aussi de 5 dollars, peu importe le travail que cela acoûté aux ouvriers de le produire. Ils ont peut-être dû se tuer à l’ouvrage un millier d’heures, ou seulement dix heures- ou ne pas travailler du tout. Cela ne fait aucune différence ; la valeur unitaire du maïs produit ne peut monter au-dessus ni descendre en-dessous du prix des grains semés. Il n’y a donc aucune façon signifiante d’affirmer que la valeur du maïs dépende de la quantité de travail nécessaire pour le produire. »[1]

Les théoriciens “simultanéistes”, en prêtant à Marx leur présupposé que la valeur des moyens de travail et celle des produits du travail étaient déterminées en même temps (simultanément), ont introduit dans son œuvre la séparation entre le système des valeurs/quantités de travail et le système des prix, c’est-à-dire le fameux problèmes de la transformation.

Une interprétation "mono-système" mais non temporelle suffit à lever le problème de la transformation, mais engendre d'autres incohérences, notamment contredisent la baisse tendancielle du taux de profit. Avec une conception temporelle de la détermination des prix et des valeurs, la théorie présente une cohérence globale.

Pour les partisans de la TSSI, les néoricardiens ont une lecture "physicaliste", en ce sens qu’ils pensent l’exploitation comme l’appropriation du surplus « physique » du travail, au lieu de raisonner en termes de valeur.

Les critiques de la TSSI[modifier]

Depuis son élaboration, aucun critique n'a contredit avec succès la TSSI. Mais de nombreux économistes marxistes refusent encore de l'accepter.

Un seul, David Laibman, a abordé cette question dans une publication. Il reconnaît que les théoriciens TSSI ont montré que "l'équilibre de la reproduction" peut avoir lieu lorsque les prix d'entrée et de sortie diffèrent, ce qui est précisément ce que Bortkiewicz avait affirmé impossible.

Notes et sources[modifier]

https://socio13.wordpress.com/2012/04/04/le-spectre-qui-hante-leconomie-marxiste-13-par-andrew-kliman/

  1. Andrew Kliman, Reclaiming Marx’s Capital. A refutation of the myth of inconsistency, Lexington Books, 2007, p.78