Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata

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« L'emblème national porté par le chahid Bouzid Saâl lors des manifestations du 8 mai 1945 » (musée du moudjahid de Sétif).

Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata sont perpétrés par l'impérialisme français le 8 mai 1945 pour écraser le mouvement de libération nationale algérien. Ils font entre 5 000 et 30 000 morts.[V 1]

Il s'agit d'un des pires massacres commis par la France, comparable à la répression de la Commune de Paris. Ils durent sept semaines et prennent fin le [1].

Ces évènements se déroulent pendant le mandat du président du gouvernement provisoire de la République française, gouvernement d'union nationale dirigé par Charles de Gaulle, et auquel participent le PCF et la SFIO.

1 Les évènements[modifier | modifier le wikicode]

Messali Hadj avec sa fille en 1950

Le mouvement nationaliste algérien avait déjà une longue histoire avant la Seconde guerre mondiale. En particulier, Messali Hadj, fondateur du Parti du peuple Algérien (PPA), réclamait l'indépendance de l’Algérie depuis 1927, et était emprisonné en France depuis 1934.

Le 8 mai 1945, la Libération de la France des nazis est célébré en Algérie colonisée, et parmi la population algérienne, on affiche alors la revendication de libérer l'Algérie des français. Mais les autorités interdisent les revendications algériennes et de brandir des drapeaux algériens.[V 2]

Mais à Sétif, des manifestant vont braver l'interdiction, et afficher des revendications indépendantistes, anticolonialistes, et exiger la libération de Messali Hadj. Un policier tire sur Bouzid Saâl, un scout musulman âgé de 26 ans, tenant un drapeau de l'Algérie, et le tue, ce qui déclenche de violentes émeutes en réaction. Les manifestants crient « n'katlou ennessara » (« tuons les chrétiens »), et font en quelques heures 28 morts chez les Européens.[2] Des français modérés - mais participant de fait au système colonial - sont également tués, comme Albert Denier, secrétaire local du Parti communiste algérien[3], ou le maire radical-socialiste de Sétif, Édouard Deluca. L'armée va alors intervenir, et il y aura 20 à 40 morts chez les « indigènes ».[4]

Il y a eu plus généralement des affrontements et des massacres dans le département de Constantine, notamment à Guelma et à Kherrata. C'est principalement l'armée qui est impliquée, mais des colons ordinaires français (« pieds-noirs ») se constituent aussi en milices et participent aux massacres.[V 3]

Gorges de Kherrata, où l'armée a jeté des algériens, par centaines, vivants ou morts, du haut des falaises.

Il y a 102 morts parmi les Européens[5]. Des pieds-noirs ordinaires sont parfois tués en représailles. Le nombre des victimes algériennes, difficile à établir, est encore sujet à débat 70 ans plus tard. Les autorités françaises de l'époque fixent le nombre de tués à 1 165[6]. Le gouvernement algérien reprend, par la suite, le nombre de 45 000 morts avancé par le PPA. En , devant l'Assemblée, le parti communiste algérien demande au ministre de l'Intérieur d'annoncer 15 000 victimes[7]. Les estimations récentes des historiens vont de 5 000 à 30 000 morts.

Le , L'Humanité appelle à « châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute »[8]. Le 13 et le les événements se précisent, et L'Humanité appelle à cesser la répression, à ne pas rendre les musulmans responsables de l'ensemble des troubles et au contraire à pointer les responsabilités des hauts-fonctionnaires du gouvernement général et d'en destituer deux des membres[9],[10].

Le , Étienne Fajon, membre du bureau politique du PCF, condamne devant l'Assemblée les émeutes, même s'il ajoute que « les tueries de Sétif et de Guelma sont la manifestation d'un complot fasciste qui a trouvé des agents dans les milieux nationalistes », avant d'ajouter que « le principal foyer de trahison doit être recherché parmi les seigneurs de la colonisation sur lesquels se sont appuyés Vichy et les Allemands »[11],[12],[13].

2 Suites[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Guerre d'Algérie[modifier | modifier le wikicode]

La tentative insurrectionnelle de 1945 a été réprimée mais elle était annonciatrice de la Toussaint rouge de 1954 qui déclenchera la guerre d'Algérie[14][15].

2.2 Reconnaissance et commémorations[modifier | modifier le wikicode]

De Gaulle consacre à peine une ligne dans ses Mémoires à ces massacres.

Pendant les premières années, le gouvernement algérien du FLN occultera les massacres du 8 mai 1945 parce que le FLN n'était pas encore formé à l'époque et qu'il ne voulait pas mettre en lumière les mouvements indépendantistes algériens concurrents. Mais ce jour est devenu depuis 1998 un jour de commémoration nationale.

En 1946, les actualités françaises présentent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata comme de « regrettables incidents » relevant de l'« erreur d'un jour »[V 3]. Le sujet est censuré jusqu'en 1960[16]. Ce n'est qu'en 'ambassadeur de France en Algérie, dans un discours officiel à l'université de Sétif, décrit cet événement comme une « tragédie inexcusable »[17].

3 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Vidéos

  1. Histoires crépues, L'autre 8 mai 1945 - Le massacre de Guelma, 8 mai 2025
  2. L'autre 8 mai 1945, documentaire de Yasmina Adi, 2008
  3. 3,0 et 3,1 Un autre regard sur la propagande de la Guerre d'Algérie | Archive INA | NOTA BENE

Textes

  1. Aksil Ouali, « 8 mai 1945 : une date témoin "des massacres de masse" de la France coloniale en Algérie », sur aa.com, (consulté le 24 septembre 2023)
  2. Roger Vétillard, Sétif, mai 1945 – Massacres en Algérie, 2008
  3. Fiche Maitron sur Albert Denier
  4. « Massacres du 8 mai 1945: un crime contre l'humanité toujours impuni », sur aps.dz, (consulté le 24 septembre 2023)
  5. Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie : 1954-1962, A. et J. Picard, , 356 p., p. 112.
  6. Rapport du général Duval
  7. Par Pierre Fayet représentant des syndicats et dirigeant du parti communiste algérien, Journal officiel de la République française. Débats de l'Assemblée consultative provisoire du 11 juillet 1945
  8. H. M., « L'Huma a la mémoire qui flanche », Le Canard enchaîné,‎ , p. 8.
  9. L'Humanité du 13 mai 1945, p. 2
  10. L'Humanité du 15 mai 1945 p. 2
  11. « Le débat sur l'Algérie à l'Assemblée consultative », sur lemonde.fr, (consulté le 23 mars 2023).
  12. Fiche Maitron d'Étienne Fajeon
  13. « Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés », sur gallica.bnf.fr, (consulté le 22 mars 2023), p. 1373.
  14. Claire Arsenaul, « Le 8 mai 1945, à Sétif, premier acte de la guerre d’Algérie », rfi.fr, 7 mai 2015.
  15. Charles-Robert Ageron, « Les Troubles du Nord Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ? » dans Vingtième Siècle – Revue d'histoire, n° 4, octobre 1984, p. 38 [lire en ligne sur Persée].
  16. Jean-Pierre Peyroulou, Guelma 1945, Une subversion française dans l'Algérie coloniale, Paris, La Découverte, , 399 p. (ISBN 978-9961-922-73-6).
  17. (en) Lisa Bryant, « Algeria Marks WWII Anniversary with Call for French Apology » [archive du ], Voice of America,