Glasgow la rouge

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Glasgow la rouge
(en anglais : « Red Clydeside ») est la période de radicalisation de la classe ouvrière écossaise, et plus particulière celle de Glasgow et de sa conurbation : Clydeside entre les années 1910 et 1930.

Une situation révolutionnaire ?[modifier]

Cet épisode est indicatif non pas tant de la puissance du courant révolutionnaire à Glasgow à l’époque – les radicaux autour de John Maclean ou de Willie Gallagher restent fortement minoritaires même dans le sillage immédiat de la révolution russe – mais de la crainte exagérée des couches dominantes de la Grande Bretagne envers cette ville et ses habitants, déjà en voie de mythification. Crainte sans doute liée aux divisions sociales presque caricaturales qui caractérisent la ville : des taudis parmi les plus miséreux d’Europe au dix-neuvième siècle juxtaposés aux quartiers luxueux qui témoignent des réussites fastueuses de la bourgeoisie glaswégienne dans le commerce impérial (du tabac, entre autres) ainsi que dans la construction navale (à la fin du dix-neuvième siècle la région de Glasgow assurait la moitié de la production britannique de navires). Crainte liée aussi à l’existence d’un prolétariat fortement organisé, dans les associations professionnelles ainsi que dans les syndicats, même si ces organisations ne sont pas toujours, loin s’en faut, d’inspiration révolutionnaire. La main lourde de Lloyd George face au mouvement social est en quelque sorte un des actes fondateurs du mythe de Glasgow la Rouge.

La tradition socialiste glaswégienne est bien réelle même si elle plutôt rose que rouge : la ville a longtemps été un bastion travailliste (pour le meilleur et pour le pire). Cela ne veut pas dire pour autant que la droite y est absente : à côté d’une droite bourgeoise et petite-bourgeoise qui apporte son soutien au parti conservateur écossais, aujourd’hui en déroute, se trouve la mouvance orangiste, très présente à Glasgow et dans ses alentours au cours du vingtième siècle, même se elle est, elle aussi, en déclin. L’orangisme, qui est arrivé à Glasgow avec les immigrés protestants de l’Irlande du Nord au cours du vingtième siècle, s’exprime dans les parades provocatrices aux mots d’ordre anti-catholiques et unionistes (les loges oranges ont d’ailleurs récemment manifesté avec fracas leur attachement à l’Union britannique lors de la campagne pour le référendum sur l’indépendance de septembre 2014). La gauche de la gauche y est présente tout au long du vingtième siècle mais toujours minoritaire : sous la forme du parti travailliste indépendant (Independent Labour Party – ILP) jusqu’au milieu des années 1930, ensuite par la présence des militants communistes ou trotskistes souvent en position de responsabilité dans la ville comme dans les syndicats. Plus récemment, depuis la création du parlement écossais en 1999, l’opposition de gauche au travaillisme a trouvé une expression dans le soutien au parti socialiste écossais (Scottish Socialist Party – SSP), dont le dirigeant médiatique, Tommy Sheridan, fut député au parlement à Edimbourg, avant de sombrer dans une affaire retentissante de mœurs. Le SSP , pendant son bref moment de gloire au cours de la première décennie du vingt-et-unième siècle, avait ses places fortes dans les quartiers populaires de Glasgow.

Les raisons de cette spécificité politique de Glasgow ne sont pas difficiles à trouver. Dans cette ville souvent meurtrie au cours de son histoire il y a de quoi se révolter contre le statu quo social et économique. Autant Glasgow au cours du dix-neuvième siècle et pendant la première moitié du vingtième, était la ville industrielle par excellence, marquée par la pollution, la dangerosité du travail, l’insalubrité et la promiscuité des logements populaires et la polarisation sociale, autant Glasgow, depuis les années 1970, porte toutes les traces de la désindustrialisation et de la misère sociale qui l’accompagne. Les grands ensembles de la périphérie de Glasgow; où on a transféré au cours des années 1960 la population des taudis de centre ville, se sont à leur tour taudifiés : Ken Loach a capté à sa façon la manière d’y vivre et d’y mourir dans ses films, comme My Name is Joe ou Sweet Sixteen. Les statistiques de santé sont rudes dans ces quartiers : le taux de mortalité due au cancer et aux maladies cardio-vasculaires est le plus élevé de toute la Grande-Bretagne. Il y a un écart de dix ans entre l’espérance de vie dans les quartiers populaires de la ville et celle dans les quartiers aisés. Par ailleurs, même en tenant compte des effets de la prolifération de la drogue et de l’abus massif de l’alcool qui caractérisent la Glasgow contemporaine, spécialistes de la santé et sociologues ont néanmoins du mal à expliquer l’étendue des dégâts sanitaires dans la Glasgow populaire d’aujourd’hui. On évoque un « facteur glaswégien », aux déterminants rarement définis, pour tenter d’expliquer le phénomène. Ainsi, si on est pauvre à Glasgow, à conditions sociales comparables, on meurt plus vite que dans n’importe quelle autre ville de Grande-Bretagne. C’est cette souffrance sociale là qui a entretenu le vote majoritaire de gauche à Glasgow depuis des décennies, même si la population a été peu récompensée pour sa fidélité envers le Labour écossais, subissant les diktats autoritaires d’un appareil travailliste sûr de lui et souvent entaché par des affaires de corruption.

1911 : Grève chez Singer[modifier]

Les 11.000 travailleurs de la plus grande usine de Singer (fabricant de machines à coudre), à Clydebank, se mettent en grève en Mars-Avril 1911, cessant de travailler en solidarité avec 12 collègues pour protester contre la réorganisation du travail qui implique une augmentation de la charge de travail et d'une baisse des salaires. Après la fin de la grève, Singer licencie les 400 travailleurs, y compris tous les dirigeants de la grève.

L'agitation ouvrière, notamment chez les femmes et les travailleurs non-qualifiés, augmente très fortement entre 1910-1914 à Clydeside, avec quatre fois plus de jours de grève qu'entre 1900 et 1910.

Grève des loyers[modifier]

Au tournant du 20e siècle, la région de Clydeside à Glasgow a connu une croissance industrielle et démographique rapide. 11% du parc locatif était vacant en raison de la spéculation et peu de nouveaux logements, ceux déjà loués sont surpeuplés et délabrés. Les militants ouvriers de Glasgow avaient exigé des lois et la construction de logements municipaux dès 1885. Le Scottish Housing Council adopte, sous la pression des syndicats ouvriers, le Housing Letting and Rating Act 1911.

John Maclean du Brisith Socialist Party a organisé la Scottish Federation of Tenants' Association en 1913 pour lutter contre la hausse des loyers et la construction de nouveaux logements publics. En 1914, l'Independent Labour Party Housing Committee et la Women's Labor League formaient leGlasgow Woman's Housing Association qui devient la force motrice de la grève des loyers qui a débuté en mai 1915 dans la zone industrielle de Govan (district dans l'Ouest de Glasgow). Les locataires ont refusé de payer la plus récente augmentation des loyers et ont organisé des manifestations de masse contre les expulsions, entraînant des affrontements violents. Avec le début de la première guerre mondiale, la première manifestation violente dans le district de Govan a eu lieu en avril pour résister à l'expulsion de la famille d'un soldat.

Au début de l'été 1915, les grévistes étaient soutenus par des manifestations de masse et en août, les grévistes avaient trouvé un large soutien à Glasgow. En octobre 1915, 15 000 locataires étaient en grève pour les loyers et une manifestation menée par des femmes convergeait sur la place St Enoch. En Novembre, 20.000 locataires étaient en grève et la résistance contre les expulsions continue. Les syndicats ont menacé de grèves si les expulsions continue. Le secrétaire d'Etat de l'Ecosse McKinnon Bois demande un gel de tous les loyers aux niveaux d'avant-guerre et en Décembre une loi sur la baisse des loyers et des intérêts hypothécaires est ratifiée.

La grève pour les 40 heures[modifier]

Les activités anti-militaristes se sont poursuivies après la fin de la guerre. Une campagne pour la semaine de 40 heures est organisée. Le 31 Janvier 1919, un rassemblement massif, organisé par les syndicats, a eu lieu dans le George Square (dans le centre de Glasgow). 90 000 manifestants étaient présents, on y retrouvait le drapeau rouge dans la manifestation. Mais la manifestation se transforme en affrontement entre la police et les manifestation.

Craignant une menace possible d'une révolution bolchévique (seulement 14 mois se sont écoulés depuis la Révolution d'Octobre et l'insurrection spartakiste était en cours en janvier 1919). Aucune armée de Glasgow n'a été déployée, et peu d'anciens combattants, le gouvernement craignant que ces derniers ne sympathisent avec les grévistes si une situation révolutionnaire se développait à Glasgow. Des troupes jeunes, pour la plupart non éprouvées, ont été transferés des camps et des casernes autour du pays et stationnées dans les rues de Glasgow, spécifiquement pour combattre ce scénario possible.

Notes et références[modifier]

Wikipedia, Red Clydeside