Fédération Démocratique Internationale des Femmes

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La Fédération Démocratique Internationale des Femmes est une organisation internationale créée après la seconde guerre mondiale par les staliniens. Elle était centrée à son origine sur la promotion de l'antifascisme et de la paix.

Héritage[modifier]

La FDIF est l'héritière de l'antifascisme pro-soviétique des années 1930. L'organisation des Femmes contre la Guerre et le Fascisme (mieux connue comme Rassemblement mondial des Femmes) fut créée en 1934, comme section féminine du Comité mondial contre la Guerre et le Fascisme (connu aussi comme  Mouvement Amsterdam-Pleyel).

Par ailleurs, depuis les origines du féminisme, et comme le faisait déjà la Deuxième internationale, le terme de féminisme était rejeté comme "bourgeois".

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Fondation[modifier]

Le 8 mars 1945, à peine un mois après la Conférence de Yalta, une délégation de femmes de l'Union des Femmes Françaises (UFF) se rendit à Londres pour répondre à l’invitation des femmes britanniques du National Committee for the International Womens Day, organisation qui avait des liens forts avec le Parti communiste britannique. L’UFF était pour sa part une organisation étroitement liée au Parti communiste français, même si à sa tête se trouvait une femme non communiste, Eugénie Cotton, scientifique prestigieuse (elle fut la première Française agrégée de Physique) éloignée de son poste par le gouvernement de Vichy à cause de son engagement antifasciste. Les femmes des organisations antifascistes soviétique, italienne et espagnole, également contactées, manifesterent leur adhésion à la rencontre et cautionnèrent la principale idée qui en surgit: la création d’une fédération mondiale des femmes antifascistes.

En novembre 1945, la FDIF sera créée par le Congrès mondial des Femmes réuni à Paris au Palais de la Mutualité, avec des déléguées de 37 pays.  Les objectifs etaient de coordonner les activités des femmes du monde entier autour d’un programme de trois points: la destruction du fascisme et la consolidation de la democratie, la préparation d’un « avenir heureux pour les générations futures » et la revendication des droits des femmes en tant que «mères, travailleuses et citoyennes».

Il s'agissait pour la bureaucratie soviétique et ses satellites de créer des organisations de masse pour peser face aux "alliés" occidentaux, en capitalisant sur les liens tissés largement autour des partis communistes pendant la Résistance. Avec la même logique et à la même époque (8 novembre 1945) fut créée la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD).

Contacts avec les autres mouvements féministes[modifier]

Le Congrès de fondation réunit aussi des femmes d’organisations féminines et féministes comme la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberte, l’Alliance internationale des femmes pour l’égalité, la paix et la liberté ou l’Union française pour le suffrage des femmes. Le rapport du Congrès établi par une spectatrice extérieure, Margery Corbett-Ashby, Présidente de l’Alliance internationale des femmes, fait état de ce moment extraordinaire de rassemblement féminin et des potentialités du mouvement. Dans un premier moment, elle recommande une attitude à la fois amicale et prudente de l’Alliance internationale des femmes vers la nouvelle organisation, qui selon ses mots peut « rendre un grand service aux femmes nouvellement affranchies des pays de l’Europe centrale et du Sud-Est », car « elle a un programme féministe excellent [...] qui a touché des masses de femmes que nous n’avons pu éveiller »

Néanmoins, cette entente ne va pas durer: la mise en place de la Guerre froide se reproduira ainsi au niveau des organisations féminines internationales.

Guerre froide[modifier]

La FDIF avait son siège à Berlin-Est.

L'antifascisme se tourne contre les impérialistes[modifier]

L’organisation a évolué d’une certaine neutralité dans une ligne antifasciste, affichée en novembre 1945, vers une position de plus en plus agressive et identifiée à la politique Soviétique, où les mots « fasciste » et « antifasciste » changent de sens en fonction du nouveau contexte politique. Les traits principaux de ce discours commencent ainsi à apparaître dès l'été 1946 dans les documents de l'organisation: l’Union Soviétique comme véritable défenseur de la paix dans le monde, la dénonciation des manoeuvres des « forces de la réaction » et l'identification progressive de ces forces réactionnaires avec les puissances occidentales. Les femmes de la FDIF appliquèrent ainsi ces discours, qui reprenaient l’opposition entre fascisme et antifascisme élaborée pendant les années 1930, au nouveau contexte politique, en particulier à la dénonciation de la politique coloniale de l’Occident et à l'appui sans faille aux mouvements de décolonisation du Tiers Monde, en particulier lors de la Guerre de Corée.

Le discours pacifiste de la FDIF est tourné contre les guerres impérialistes des États-Unis et de leurs alliés, et contre le risque d'attaque par le Bloc de l'Ouest.

Rupture avec les organisations féministes bourgeoises[modifier]

A l'été 1946, les grandes organisations féministes convoquent à leur tour leurs congrès pour se réorganiser après la guerre. Des représentantes de la FDIF furent dépêchées pour informer le Comité exécutif de la Fédération de la tenue de ces congrès. Leurs rapports indiquaient que  les « forces de la réaction » se servaient de ces organisations féministes pour essayer d’affaiblir le mouvement des femmes progressistes, représentées par la Fédération. Ainsi, l’Alliance internationale des femmes fut qualifiée de « suffragiste et en dehors de la vie », alors que la LIFPL, qui avait été en 1934 à l’origine du rassemblement des femmes antifascistes, recevait les épithètes de  fascisante » et  antidémocratique », du fait de la position antisoviétique de sa direction.

Au Congrès de la LIFPL, la déléguée norvégienne critiqua l’intervention soviétique dans les Pays Baltes, ce qui provoqua le départ de la salle des déléguées tchèques, bulgares, espagnoles, françaises et yougoslaves. La division géopolitique du continent se reproduisait dans le mouvement des femmes.

Le discours "anti-féministe", très ancré parmi les cadres staliniens, n'avait qu'à reprendre de plus belle. Ainsi, au sein du Comité Exécutif de la FDIF, Dolores Ibárruri (la Pasionaria) affirmait : 

« Nous ne sommes pas des femmes féministes, Nous sommes des femmes qui se battent pour la liberté et la démocratie. Nous savons que la participation des femmes à la lutte pour la liberté et la démocratie les aidera à résoudre tous les problèmes qui se présenteront devant elles ».

La FDIF fut plus une organisation féminine que féministe. Elle se concentra sur des mots d'ordre pour la « paix et le bonheur des enfants ».

Aujourd'hui[modifier]

La FDIF reste proche de Cuba[1].

En France, Femmes solidaires est affilié à la FDIF.

Notes et sources[modifier]

Mercedes Yusta Rodrigo, Réinventer l’antifascisme au féminin : la Fédération Démocratique Internationale des Femmes et le début de la Guerre Froide