Empire Égyptien

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L'Egypte fut un puissant empire dans l'Antiquité, et l'un des premiers États de l'histoire humaine.

Révolution agricole[modifier]

Il y a 6 000 ans, sur les rives du Nil, les hommes adaptèrent leur agriculture aux crues du fleuve et à ses dépôts de limon fertile. Les archéologues ont découvert des traces des premiers villages de ces populations. Au départ, l'agriculture ne se faisait que sur les franges des zones inondables, cultivées juste après le retrait des eaux. Dans un deuxième temps, des bassins de décrue furent aménagés en élevant de simples digues. Cela permit de retenir l'eau pour humidifier et alluvionner les espaces cultivés. Dans un troisième temps, des successions de bassins de rétention connectés les uns aux autres furent construites depuis les berges du fleuve, en s'éloignant toujours plus vers le désert. Puis on réalisa des bassins de rétention connectés, non pas en s'éloignant vers le désert, mais le long du fleuve, parallèlement à lui, pour assurer un remplissage uniforme de ces retenues d'eau. Enfin on édifia de grandes digues protectrices le long du Nil et de grands canaux reliant de proche en proche les successions de bassins de rétention, de la haute vallée du Nil jusqu'à son delta. Les étapes de cette architecture hydraulique, qui s'étalèrent sur près de 1 000 ans, permirent de répartir eau et limon tout au long de la vallée fluviale.

Centralisation du pouvoir[modifier]

Or, à la progression de l'organisation technique de cette agriculture, on peut faire correspondre une histoire sociale et même politique de la constitution des royaumes égyptiens. Voilà ce qu'a écrit à ce propos l'anthropologue et spécialiste de l'histoire de l'agriculture, Marcel Mazoyer :

Les grandes étapes du développement de ces aménagements hydrauliques et de la gestion coordonnée de la crue sur des fractions toujours plus étendues de la vallée ont coïncidé avec les étapes du développement de formes d'organisation sociale et politique toujours plus puissantes, capables d'étendre leur pouvoir hydraulique aux territoires correspondant : villages égrenés au long de la vallée et sur les franges du delta au début du VIe millénaire avant le présent ; cités États élémentaires dominant un petit tronçon de vallée, puis cités États plus puissantes dominant toute une plaine alluviale comprise entre deux passes étroites de la vallée, vers le milieu de ce millénaire ; grands royaumes unifiant plusieurs cités et dominant plusieurs plaines alluviales, puis deux royaumes (celui de Haute Égypte correspondant à la vallée proprement dite, et celui de Basse Égypte correspondant au delta) dans la seconde moitié de ce même VIe millénaire ; enfin, il y a un peu plus de 5 000 ans, formation de l'État pharaonique unissant les deux royaumes. Après quoi, durant 3 000 ans, quelque 200 pharaons appartenant à trente dynasties ont régné plus ou moins pleinement sur ces Deux Royaumes, les périodes de prospérité (Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire) coïncidant avec une forte concentration du pouvoir, et les périodes de décadence (périodes intermédiaires et Basse Époque) coïncidant au contraire avec l'affaiblissement et l'éclatement du pouvoir central.

Ainsi, en Égypte il y a 6 000 ans, la paysannerie, qui pratiquait la culture de décrue le long du Nil, travaillait des lopins de terre qui lui étaient concédés par le pharaon, possesseur de la terre. En échange, elle devait effectuer de lourdes corvées pour entretenir les aménagements hydrauliques et construire les temples, tombeaux et pyramides. Des impôts en nature étaient prélevés pour subvenir aux besoins du pharaon, de son entourage, du clergé et de l'administration civile et militaire, ainsi que pour nourrir les ouvriers et les artisans d'État, ou pour constituer des stocks de sécurité pour faire face aux irrégularités des crues du fleuve.

Le rôle de la bureaucratie d'Etat[modifier]

Le cas de l'Égypte antique met en évidence une nouvelle institution dans l'histoire de l'humanité, : l'État, une institution qui s'élève au-dessus de la société, pour en dominer les contradictions nées du développement de classes sociales aux intérêts opposés. En Égypte, au fur et à mesure du développement d'une agriculture toujours plus élaborée, réclamant une gestion des crues à une échelle toujours plus grande, il fallut une organisation sociale de plus en plus large. L'unification des villages puis des cités États sous la coupe d'un pouvoir central fut une nécessité, imposée par la gestion des crues du Nil, pour partager l'eau tout le long des 1 000 kilomètres que le fleuve parcourt d'Assouan à la Méditerranée. Et le royaume du Sud, qui pouvait contrôler l'irrigation de celui du Nord parce qu'il se situait en amont du fleuve, imposa sa domination puis l'unification du pays vers 3 200 ans avant notre ère.

Une autre raison, plus générale, fit que la constitution de grands empires comme l'Égypte correspondait au niveau des forces productives à une époque où la productivité du travail humain, c'est-à-dire avant tout la productivité agricole, restait très faible, car les outils des paysans égyptiens furent pendant très longtemps fabriqués en pierre ou en bois, et allaient le rester encore très longtemps. Une production à grande échelle permettait, malgré les faibles rendements unitaires, de dégager assez de surplus pour entretenir une fine couche d'exploiteurs, ainsi que des artisans et des ouvriers nécessaires à l'agriculture le long du Nil.

Dans l'Égypte antique, cette petite minorité vivant du travail de l'immense majorité avait un rôle essentiel, notamment la caste de ceux qui devaient gérer l'irrigation à partir de la connaissance du régime des eaux du Nil. Par une observation attentive et minutieuse des étoiles, ils furent les premiers, au début du IIIe millénaire avant notre ère, à remarquer que les mêmes constellations, qui semblent se déplacer chaque nuit, reviennent exactement au même endroit du ciel tous les 365 jours. Ils inventèrent ainsi le premier calendrier exact, non plus fondé sur les mois lunaires, ce qui donnait un calendrier sans cesse décalé par rapport aux saisons, mais sur les étoiles, et donc indirectement sur le soleil, ce qui permit de réelles prévisions sur des phénomènes naturels, tel le début des crues du Nil.

Ce sont aussi ces prêtres administrateurs, ceux d'Égypte comme peu avant eux leurs homologues sumériens de Mésopotamie, et pour les mêmes raisons de gestion et d'administration de l'État et de l'économie, qui inventèrent l'écriture au IIIe millénaire avant notre ère : les caractères cunéiformes à Sumer, les hiéroglyphes en Égypte.

Notes et sources[modifier]

Cercle Léon Trotsky, Développement des sciences et fondements des idées communistes, 2015