Colonisation de l'Inde

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La domination coloniale en Inde a duré de de 1757 à 1947.

Antécédants[modifier]

Les Britanniques étaient présents dans certaines parties de l'Inde dès 1600, avec la création de la compagnie Britannique des Indes. Cependant, les Britanniques ne vont instaurer une présence solide que vers les années 1630, consolidant notamment leurs positions à Madras, et à Bombay. Le Bengale sera l'enjeu d'une longue lutte avec les Français, entre 1685 et 1757, qu'ils vont évincer d'Inde suite à la guerre de sept ans. Lors du traité de Paris de 1763, les Britanniques ne vont laisser que 5 comptoirs aux Français, et s'emparer du reste de l'Inde, en maintenant des États princiers, des protectorats ou des colonies (Madras). Ils vont maintenir les Portugais, avec qui ils sont en bons termes, sur de petits territoires, dont Goa, mais très dépendants des territoires gérés par les Britanniques.

Le Raj de la Compagnie (1757-1858)[modifier]

De 1757 à 1858, c'est la Compagnie des Indes orientales domine le pays.

Le pays est alors dévasté par les guerres, livré à la famine périodique, mais l’artisanat, l’activité commerciale, l’industrie ancienne des étoffes précieuses demeurent importants. Les anglais l’utilisent systématiquement pour lancer leur révolution industrielle : les métaux précieux indiens drainés vers Londres consolident la livre ; le trafic des esclaves enrichit les commerçants ; le coton et l’indigo sont indispensables aux centres industriels comme Manchester, qui réexporte filés et cotonnades vers le marché indien.

La vieille Compagnie des Indes mercantiliste perd tout pouvoir économique après 1833 : l’Inde entre de force dans l’ère du libre-échange à sens unique. Le coton revient sous forme de cotonnades, via Manchester, avec profit aller et retour ; l’artisanat rural et urbain périclite, ce qui rejette sur les campagnes les anciens tisserands, par un mécanisme inverse de celui qu’on peut alors observer en Europe. Des taxes frappent durement les exportations indiennes, tandis que les produits anglais retrouvent toute liberté : armateurs et commerçants indigènes disparaissent ou sont absorbés par les puissantes sociétés britanniques. Avec une balance commerciale apprauvrie, un système monétaire qui privilégie la livre, l’Inde, malgré ses énormes richesses de métaux précieux, s’appauvrit. L’agriculture de plantation démarre, fournissant l’indigo, le thé, le café. La société est, par contrecoup, bouleversée : une élite compradore, s’enrichit encore, tandis que la classe moyenne urbaine disparaît et que la surcharge des campagnes, la multiplication des systèmes agraires, l’irruption d’une fiscalité bien contrôlée par le Colonial Office et ses fonctionnaires, annoncent une crise générale, malgré les premiers grands travaux d’irrigation de la colonisation au Pendjab. La révolte des cipayes de 1857 est le signe d’un profond mécontentement

Le Raj britannique (1858-1947)[modifier]

A partir de 1858, le gouvernement britannique assume directement le contrôle du pays.

Mais entre 1850 et 1914, la désagrégation persévère. L’ouverture du canal de Suez, la navigation à vapeur, le chemin de fer lient mieux encore la colonie et la métropole. Pour la première fois, les cultures de plantation débordent sur les cultures vivrières et l’Inde fournit des quantités croissantes de coton, de blé, d’arachide, de thé, de caoutchouc naturel à l’Europe. Les crises périodiques et les disparités régionales accrues révèlent vers 1880 que l’Inde est entrée dans une économie largement coloniale. Les rares capitaux indiens se détournent de l’investissement moderne et se replient vers les campagnes où ils favorisent le développement d’un très oppresseur système usuraire. Seuls les capitaux britanniques non rapatriés créent les premières sociétés anonymes après 1860, solidement tenues par un système des « agences de gestion » qui donne tout pouvoir aux sociétés-mères britanniques. Les premières banques indiennes comme la Bank of India de Bombay fondée en 1906 ou l’Indian Bank de Madras se maintiennent difficilement.

Au début du 20e siècle, pourtant, les résistances s’affirment. Car la crise rurale n’est pas résolue. La dette paysanne s’alourdit, et aucune réforme agraire n’est tentée. Entre les années 1870 et 1890, près de 30 millions d'Indiens meurent de famines successives, pendant que les britanniquent exportent massivement des biens vers la métropole[1]. Comme le dit l'historien Mike Davis, « Londres mangeait le pain de l'Inde » pendant la famine. En outre, le vice-roi Robert Lytton fait interdire de porter assistance aux personnes affamées, parfois décrites comme « indolentes » ou « incompétentes pour le travail ». Les journaux des régions épargnées par la famine reçoivent l'instruction d'en parler le moins possible. D'après Mike Davis, Lord Lytton aurait été guidé par l'idée qu'en « s'en tenant à l'économie libérale, il aidait obscurément le peuple indien »[1].

D’autre part, le mouvement svadeshi annonce la formation d’un capitalisme national. L’industrie textile était apparue à Bombay dès 1853 et prend de l’importance lorsque le chemin de fer la relie aux plantations de coton du Deccan et du Pendjab. Lancée par des Ecossais, l’industrie du jute s’implante solidement au Bengale oriental : en 1908, les productions de Calcutta dépassent le vieux centre écossais de Dundee. En 1914, l’Inde possède la quatrième industrie cotonnière du monde, derrière les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon. L’extraction charbonnière progresse à une allure record : 300 000 tonnes en 1860, 16 millions en 1914, ce qui tarit les importations anglaises. Et surtout, cette mise en valeur moderne n’est plus totalement aux mains du capital britannique. Une bourgeoisie, surtout recrutée chez les Parsis de Bombay, contrôle une partie des textiles et des charbonnages, lance même avec la Iron and Steel Company de la famille Tata une sidérurgie et une mécanique dans la vallée de la Damodar. Assurée, cette nouvelle génération d’entrepreneurs exige un statut de Dominion pour la colonie, fournit le gros du Parti Nationaliste du Congrès créé en 1885.

Impact global[modifier]

La période coloniale représente pour l'Inde un fort déclin économique, en comparaison du reste du monde : d'après les statistiques réalisées par l’historien britannique Angus Maddison, la part de l'Inde dans la richesse mondiale est tombée de 22,6% en 1700 à 3,8% en 1952[2].

Références[modifier]

Jean-Pierre Rioux, La révolution industrielle, Points, 1971

  1. 1,0 et 1,1 « Johann Hari: The truth? Our empire killed millions », dans The Independent, 2006-06-19 [texte intégral (page consultée le 2018-01-09)] 
  2. « Of Oxford, economics, empire, and freedom », sur www.thehindu.com (consulté le 10 décembre 2017)