Calendrier républicain

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Le calendrier républicain, ou calendrier révolutionnaire français, fut créé pendant la Révolution_française, et fut utilisé de 1792 à 1806, ainsi que brièvement durant la Commune de Paris. Il entre en vigueur le 15 vendémiaire an II (6 octobre 1793), mais débute le 1er vendémiaire an I (22 septembre 1792), jour de proclamation de la République.

Naissance du calendrier républicain[modifier]

Le 21 septembre 1792, les députés de la Convention national se réunisent pour la première fois et abolissent la royauté. Le 22 septembre 1792, ils fondent la République. En ce jour même, un décret de la Convention ordonne que, dorénavant, les actes publics seront datés de l’an premier de la République.

Les principes de ce calendrier ont été établis par le Montagnard Charles-Gilbert Romme, une personnalité révolutionnaire intègre, cohérente, qui ne reniera rien et finira par se suicider pour échapper aux thermidoriens.

Charles-Gilbert Romme justifiera bientôt la date fondatrice (Jour 1 de l’an 1) du 22 septembre par un mélange de considérations scientifiques et politiques. « Ainsi, l’égalité des jours aux nuits était marquée dans le ciel, au moment même où l’égalité civile et morale était proclamée par les représentants du peuple français. » Les érudits qui vont travailler sur le projet de calendrier savent pertinemment que les grandes civilisations de l’Orient (Egypte par exemple) commençaient l’année à cette date car l’équinoxe d’automne correspond au moment où, traditionnellement, le paysan commence à semer pour préparer la récolte de l’année suivante ; la date de création du monde était également fixée à ce jour.

Durant une année, une commission nommée par le Comité d’instruction publique de la Convention, travaille sur l’élaboration d’un nouveau calendrier. Elle est animée par Gilbert Romme (député de Riom en Auvergne), Claude Joseph Ferry (député des Ardennes et professeur de génie à l’Ecole militaire de Mézières) et Charles-François Dupuis, député de Seine et Oise (juriste, mathématicien, astronome, spécialiste des calendriers antiques). Ils s’associent Louis-Bernard Guyton-Morveau (député de la Côte-d’Or et chimiste réputé), Joseph-Louis Lagrange (mathématicien, mécanicien et astronome), Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (mathématicien et astronome), Gaspard Monge (mathématicien, républicain convaincu très actif) et Alexandre Guy Pingré (érudit).

  • 20 septembre 1793 La commission présente son rapport par la bouche de Charles-Gilbert Romme.
  • 5 octobre 1793 : la Convention valide globalement les propositions de la commission. Le nouveau calendrier entre en vigueur à partir du lendemain 6 octobre. L’ancien calendrier datant de Jules César modifié à l’instigation du pape Grégoire XIII disparaît donc.
  • 24 novembre 1793, la Convention publie le nouveau calendrier, instrument de la conception du monde portée par la Révolution française.

Décision ô combien judicieuse. Rien n’est plus symbolique d’une conception du monde qu’un calendrier avec les noms de ses jours et de ses mois. Ils éliminent ainsi du quotidien toute référence aux dictateurs (juillet), aux empereurs (août), aux astres déifiés, aux rois intronisés saints par la papauté, etc.

Le bouleversement du rythme quotidien occasionné par ce calendrier nous apparaît aujourd’hui complètement hors du temps.

Qu’est-ce qui a pu donner un tel courage, un tel souffle d’épopée aux conventionnels ?

  • A coup sûr, la victoire de Valmy contre les armées autrichiennes, prussiennes et royalistes françaises.
  • A coup sûr aussi, la mobilisation populaire considérable qui se développe à ce moment-là, portant les élus.
  • Enfin, l’ancien régime a essayé depuis 1789 d’enrayer la Révolution ; en septembre 1792, monte des départements ruraux comme des sans-culottes parisiens une volonté d’en finir avec la royauté pour construire enfin une société répondant aux besoins des citoyens.

L’historien Jules Michelet a résumé tout cela en une phrase « Pour la première fois en ce monde, l’homme eut la vraie mesure du temps »

L’année et les mois[modifier]

La commission Romme commence par s’accorder sur la durée effective d’une année : 365 jours, 5 heures 48 minutes et 49 secondes.

Ils découpent ensuite l’année du calendrier républicain en douze mois de trente jours chacun (soit 360 jours). Ce nombre de douze correspond au nombre de fois où la lune s’intercale entre notre planète et le soleil pendant que la terre fait sa révolution.

Le nouveau mois républicain ne diffère du mois lunaire que d’une demi-journée.

Les noms de mois proposés par Romme[modifier]

Il propose les douze mois suivants : République, Unité, Fraternité, Liberté, Justice, Egalité, Régénération, Réunion, Jeu-de-Paume, Bastille, Peuple et Montagne.

A la demande de Pierre Joseph Duhem, député montagnard du Nord, la Convention ne les retient pas.

Les noms des mois définitifs du nouveau calendrier sont dus à l’imagination du poète, acteur et dramaturge Fabre d’Églantine, auteur de l’immortelle comptine : « Il pleut, il pleut, bergère... ». De 1772 à 1790, celui-ci avait parcouru la France au sein de compagnies de théâtre et écrit plusieurs pièces dont certaines ont reçu un accueil triomphal (Le Collatéral en 1789 et Le Philinte de Molière en 1790).

Les noms de mois[modifier]

 > Mois d’automne (terminaison en -aire)

  • Vendémiaire (22 septembre 21 octobre) - Période des vendanges
  • Brumaire (22 octobre 20 novembre) - Période des brumes et des brouillards
  • Frimaire (21 novembre 20 décembre) - Période des froids (frimas)

 > Mois d’hiver (terminaison en -ose à l’origine, abusivement orthographiée ôse par la suite)

  • Nivôse (21 décembre 19 janvier) - Période de la neige
  • Pluviôse (20 janvier 18 février) - Période des pluies
  • Ventôse (19 février 20 mars) - Période des vents

 > Mois du printemps (terminaison en -al)

  • Germinal (21 mars 19 avril) - Période de la germination
  • Floréal (20 avril 19 mai) - Période de l’épanouissement des fleurs
  • Prairial (20 mai 18 juin) - Période des récoltes des prairies

 > Mois d’été (terminaison en -idor)

  • Messidor (19 juin 18 juillet) - Période des moissons
  • Thermidor (19 juillet 17 août) - Période des chaleurs
  • Fructidor (18 août 16 septembre) - Période des fruits

Quel lien remarquable avec le cycle annuel de la nature ! On espère qu’un jour, l’histoire reprendra les magnifiques noms de mois créés par les révolutionnaires de 1792-1793.

Les sans-culottides[modifier]

Aux 360 jours des 12 mois, la commission Romme ajoute cinq jours nommés sans-culottides en fin d’année pour que celle-ci reste alignée avec l’année tropique (environ 365,24 jours).

  •  jour de la vertu (17 septembre, ou 16 septembre lors d’une année sextile)
  •  jour du génie (18 septembre, ou 17 septembre lors d’une année sextile)
  •  jour du travail (19 septembre, ou 18 septembre lors d’une année sextile)
  •  jour de l’opinion (20 septembre, ou 19 septembre lors d’une année sextile)
  •  jour des récompenses (21 septembre, ou 20 septembre lors d’une année sextile)

Le jour de la révolution[modifier]

Toujours pour faire correspondre exactement le calendrier avec le temps de rotation de la terre autour du soleil, les conventionnels ajoutent un sixième jour sans-culottide lors d’années sextiles.

Cette sixième journée porte le nom de Jour de la révolution (21 septembre).

Les décades et les jours[modifier]

Chaque mois compte dorénavant 3 décades de 10 jours.

La suppression des semaines relève d’une volonté de simplification en se basant sur le système décimal.

La répartition de chaque jour en dix heures, de chaque heure en cent minutes et de chaque minute en cent secondes provient également d’un souhait de simplification se basant sur le système décimal.

Non seulement le nombre de fêtes continuait de se réduire, car depuis la fin de l'Ancien Régime, tous les secteurs d'activité étaient touchés par la prolongation du travail le dimanche, et le nombre de fêtes religieuses tomba de 41 à 14, il n'y en avait plus que cinq par an, mais au lieu de 52 dimanches, on ne chômait plus que 36 jours par an. Mais l'effervescence révolutionnaire avait achevé de désacraliser le dimanche, et lorsque la Restauration monarchique le rétablit comme jour chômé en 1814, il fut peu respecté.

Les noms des jours dans chaque décade[modifier]

Les noms de chaque journée dans la décade sont les suivants : 1er jour : primidi ; 2ème jour : duodi ; 3ème jour : tridi ; 4ème jour : quartidi ; 5ème jour : quintidi ; 6ème jour : sextidi ; 7ème jour : septidi ; 8ème jour : octidi ; 9ème jour : nonidi ; 10ème jour : décadi.

Les noms précis des jours[modifier]

Ils ont été inventés par Fabre d’Églantine que nous avons cité pour les noms de mois et par André Thouin, jardinier du Jardin des plantes du Muséum national d’histoire naturelle.

Chaque jour de l’année porte un nom particulier.

Les quintidi (5, 15 et 25 de chaque mois)[modifier]

Ils reçoivent leur appellation d’un animal :

  •  5 vendémiaire : cheval
  •  15 vendémiaire : âne
  •  25 vendémiaire : boeuf
  •  5 brumaire : oie,
  •  15 brumaire : dindon
  •  25 brumaire : faisan
  •  5 frimaire : cochon
  •  15 frimaire : chevreuil
  •  25 frimaire : grillon
  •  5 nivôse : chien
  •  15 nivôse : lapin
  •  25 nivôse : chat
  •  5 pluviôse : taureau
  •  15 pluviôse : vache
  •  25 pluviôse : lièvre
  •  5 ventôse : bouc
  •  15 ventôse : chèvre
  •  25 ventôse : thon
  •  5 germinal : poule
  •  15 germinal : abeille
  •  25 germinal : pigeon
  •  5 floréal : rossignol
  •  15 floréal : ver à soie
  •  25 floréal : carpe
  •  5 prairial : canard
  •  15 prairial : caille
  •  25 prairial : tanche
  •  5 messidor : mulet
  •  15 messidor : chamois
  •  25 messidor : pintade
  •  5 thermidor : bélier
  •  15 thermidor : brebis
  •  25 thermidor : loutre
  •  5 fructidor : saumon
  •  15 fructidor : truite
  •  25 fructidor : écrevisse

Les décadi (10, 20 et 30 de chaque mois)[modifier]

Chaque décadi correspond à la dénomination d’un instrument, par exemple :

  • 10 vendémiaire : cuve
  • 20 vendémiaire : pressoir
  • 30 vendémiaire : tonneau
  • 10 brumaire : charrue
  • 20 brumaire : herse
  • 30 brumaire : rouleau
  • 10 frimaire : pioche
  • 30 frimaire : pelle
  • 10 nivôse : fléau
  • 30 nivôse : crible
  • 10 pluviôse : cognée
  • 20 pluviôse : serpette
  • 30 pluviôse : traineau
  • 10 ventôse : bêche
  • 20 ventôse : cordeau
  • 30 ventôse : plantoir
  • 20 germinal : ruche
  • 30 germinal : greffoir
  • 10 floréal : râteau
  • 20 floréal : sarcloir
  • 10 prairial : faux
  • 20 prairial : fourche
  • 30 prairial : chariot
  • 10 messidor : faucille
  • 10 thermidor : arrosoir
  • 20 thermidor : écluse
  • 30 thermidor : moulin
  • 10 fructidor : échelle
  • 20 fructidor : hotte
  • 30 fructidor : corbeille

Les noms d’arbres, de fruits, de légumes, de fleurs, d’épices[modifier]

Voici quelques exemples du 22 septembre au 25 janvier :

Noms d’arbre[modifier]

alisier (30 octobre), cormier (19 novembre), cèdre (3 décembre), sapin (4 décembre), cyprès (7 décembre), érable (11 décembre), fragon (23 janvier),

Noms de fruits[modifier]

raisin (22 septembre), châtaigne (24 septembre), pêche (13 octobre), pomme ( 22 octobre), poire (24 octobre), figue (28 octobre), grenade (9 novembre), azerole (12 novembre), orange (14 novembre), pistache (16 novembre), coing (18 novembre), nèfle (24 novembre), genièvre (29 novembre), pignon (16 décembre), olive (19 décembre),

Produits du jardin[modifier]

carotte (28 septembre), panais (30 septembre), pomme de terre (2 octobre), potiron (4 octobre), citrouille (8 octobre), navet (14 octobre), aubergine (17 octobre), tomate (19 octobre), céleri (23 octobre), betterave (25 octobre), scorsonère (29 octobre), salsifis (1er novembre), endive (3 novembre), topinambour (4 novembre), chervis (6 novembre), cresson (7 novembre), turnep (22 novembre), chicorée (23 novembre), mâche (26 novembre), chou fleur (27 novembre), miel (28 novembre), cire (1er décembre), raifort (2 décembre), oseille (14 décembre),

Noms de fleurs[modifier]

colchique (25 septembre), balsamine (27 septembre), amarante (29 septembre), immortelle (3 octobre), réséda (5 octobre), belle-de-nuit (7 octobre), amaryllis (15 octobre), héliotrope (27 octobre), dentelaire (8 novembre), raiponce (21 novembre), chicorée (23 novembre), lauréole (20 janvier), perce-neige (23 janvier),

Noms de pierres et minéraux[modifier]

tourbe (21 décembre), houille (22 décembre), bitume (23 décembre), souffre (24 décembre), lave (26 décembre), terre (27 décembre), granit ((31 décembre), argile (1er janvier), ardoise (2 janvier), grès (3 janvier), silex (5 janvier), pierre à chaux (7 janvier), marbre ( 8 janvier), pierre à plâtre (10 janvier), sel (11 janvier), fer (12 janvier), cuivre (13 janvier), étain (15 janvier), plomb (16 janvier), zinc (17 janvier), mercure (18 janvier),

Noms d’épices[modifier]

safran (23 septembre), piment (18 octobre),

Noms de céréales[modifier]

sarrasin (9 octobre), orge (20 octobre),

Noms de plantes médicinales[modifier]

sabine (9 décembre), laurier thym (25 janvier)

Noms de plantes et produits autres[modifier]

tournesol (10 octobre), chanvre (12 octobre), garance (13 novembre), ajonc (6 décembre), lierre (8 décembre), bruyère (12 décembre), roseau (13 décembre), liège (17 décembre), truffe (18 décembre), fumier (28 décembre), salpêtre (29 décembre), mousse (21 janvier),

Ci-dessous le texte exact du décret final voté par les conventionnels le 24 novembre 1793 :

Texte de la loi[modifier]

Art. Premier. L’ère des Français compte de la fondation de la république, qui a eu lieu le 22 septembre 1792 de l’ère vulgaire, jour où le soleil est arrivé à l’équinoxe vraie d’automne, en entrant dans le signe de la Balance, à 9heures 18 minutes 30 secondes du matin, pour l’Observatoire de Paris.
Art. 8. Chaque mois est divisé en trois parties égales, de dix jours chacune, qui sont appelées décades.
Art. 9. Les noms des jours de la décade sont : primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, décadi. Les noms des mois sont, pour l’automne, vendémiaire, brumaire, frimaire ; pour l’hiver, nivôse, pluviôse, ventôse ; pour le printemps, germinal, floréal, prairial ; pour l’été, messidor, thermidor, fructidor. Les cinq derniers jours s’appellent les sansculotides.
Art. 10. L’année ordinaire reçoit un jour de plus, selon que la position de l’équinoxe le comporte, afin de maintenir la coïncidence de l’année civile avec les mouvements célestes. Ce jour, appelé jour de la révolution, est placé à la fin de l’année et forme le sixième des sans-culotides. La période de quatre ans, au bout de laquelle cette addition d’un jour est ordinairement nécessaire, est appelée la franciade, en mémoire de la révolution qui, après quatre ans d’efforts, a conduit la France au gouvernement républicain. La quatrième année de la franciade est appelée sextile.
Art. 11. Le jour, de minuit à minuit, est divisé en dix parties ou heures, chaque partie en dix autres, ainsi de suite jusqu’à la plus petite portion commensurable de la durée. La centième partie de l’heure est appelée minute décimale ; la centième partie de la minute est appelée seconde décimale. Cet article ne sera de rigueur pour les actes publics, qu’à compter du Ier vendémiaire, l’an 3e de la république.
Art. 12. Le comité d’instruction publique est chargé de faire imprimer en différents formats le nouveau calendrier, avec une instruction simple pour en expliquer les principes et l’usage.
Art. 13. Le calendrier, ainsi que l’instruction, seront envoyés aux corps administratifs, aux municipalités, aux tribunaux, aux juges de paix et à tous les officiers publics, aux armées, aux sociétés populaires et à tous les collèges et écoles. Le conseil exécutif provisoire le fera passer aux ministres, consuls et autres agents de France dans les pays étrangers.
Art. 14. Tous les actes publics seront datés suivant la nouvelle organisation de l’année.
Art. 15. Les professeurs, les instituteurs et institutrices, les pères et mères de famille, et tous ceux qui dirigent l’éducation des enfants, s’empresseront à leur expliquer le nouveau calendrier, conformément à l’instruction qui y est annexée.
Art. 16. Tous les quatre ans, ou toutes les franciades, au jour de la révolution, il sera célébré des jeux républicains, en mémoire de la révolution française.

Ce calendrier sera aboli par décret de Napoléon 1er le 9 septembre 1805 (22 fructidor an XIII) en invoquant deux raisons :

  • le calendrier républicain débute le jour de l’équinoxe d’automne mais l’équinoxe n’est pas régulier
  • le fait que majoritairement les Français avaient continué à penser le temps en fonction de l’ancien calendrier.

Le calendrier républicain fut réutilisé une dernière fois lors de la Commune de Paris en 1871. Cela ne dura qu’une quinzaine de jours. Il est encore revendiqué aujourd’hui, en même temps que la Constitution de l’An I (24 juin 1793) par certains militants d’extrême-gauche.