Bateaux des philosophes

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Monument rappelant l'expulsion des « philosophes » Saint-Pétersbourg.

Les bateaux des philosophes sont les navires par lesquels, en 1922, le pouvoir expulsa de la Russie soviétique plusieurs centaines d'intellectuels.

1 Contexte[modifier | modifier le wikicode]

En 1922, juste avant la création de l'Union des républiques socialistes soviétiques, plutôt que de les exécuter, Lénine décide d'expulser des membres de l'intelligentsia russe opposés au pouvoir bolchevik. Pour Léon Trotski, « Il n’y avait pas de prétexte pour fusiller ces personnes, mais il n’était plus possible de les supporter... »[1].

2 Déroulement[modifier | modifier le wikicode]

L’Oberbürgermeister Haken, l'un des deux bateaux qui transporta les expulsés.

En mai 1922, Lénine demande à Félix Dzerjinski, le chef de la police bolchévique, de préparer la déportation d'intellectuels. Il fait modifier le code pénal pour permettre l'expulsion administrative et demande que soient préparés des dossiers contre les intellectuels en question.

Les intellectuels sont arrêtés par la Guépéou dans la nuit du 16 au . Ils sont condamnés et ont le choix entre l'exécution et l'expulsion. Ils doivent payer leur voyage et ne peuvent emporter ni objets de valeurs ni livres[2].

Les deux bateaux acheminent les intellectuels de Pétrograd à Stettin. Le premier (l'Oberbürgermeister Haken[3], nommé d'après un maire de Stettin) quitte Pétrograd le et arrive le avec 35 expulsés et leurs familles. Le second bateau (le vapeur Preussen) part en novembre[2].

Dessin où Ivan Iline et Nikolaï Troubetzkoï apparaissent sur un des navires

Pour Anton Nikolski[4], après l'Âge d'argent de la culture russe, « le « bateau des philosophes » occupe une place particulière dans l’histoire russe. Il est un moment symbolique à partir duquel la culture russe s’est scindée en deux : la culture soviétique et la culture émigrée.»

3 Parmi les expulsés[modifier | modifier le wikicode]

Philosophes (portrait de Paul Florensky et Sergueï Boulgakov), Mikhaïl Nesterov, 1917.

4 Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Interview par Louise Bryant, 30 août 1922, New York World
  2. 2,0 et 2,1 Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Perrin (lire en ligne), chapitre VII. qui se fonde sur Michel Heller (Cahiers du monde russe et soviétique, 1979) et Lesley Chamberlain (The Philosophy Steamer : Lenin and the Exile of the Intelligentsia, Atlantic Books).
  3. (de) « OBERBÜRGERMEISTER HAKEN : Generalplan », sur digipeer.de (consulté le 21 avril 2023).
  4. Anton Nikolski, Un bateau de penseurs, La Voix de la Russie, 9 novembre 2012.
  5. Claude Frioux, Le chantier russe: littérature, société et politique, vol. 4, Harmattan, (lire en ligne), p.160.
  6. Tetyana Ogarkova, Une autre avant-garde: la métaphysique, le retour à la tradition et la recherche religieuse dans l'œuvre de René Daumal et de Daniil Harms, Peter Lang, 2010, page 42
  7. Éditions Interférences : http://www.editions-interferences.com/ossorguifon.html

5 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • (en) Lesley Chamberlain, The Philosophy Steamer : Lenin and the Exile of the Intelligentsia, Londres, , 432 p. (ISBN 978-1-84354-093-9, présentation en ligne)
  • (en) Lesley Chamberlain, Lenin's Private War: The Voyage of the Philosophy Steamer and the Exile of the Intelligentsia, Paperback, St. Martin's 2008

6 Liens externes[modifier | modifier le wikicode]