Arpentage (éducation populaire)

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L’arpentage est une méthode de lecture collective d'un livre, issue de l'éducation populaire. Lors d'un temps déterminé, plusieurs participant·es divisent un document écrit et chacun lit individuellement une courte partie de ce document. Ensuite, les participant·es échangent et partagent ce qu'ils ont lu avec les autres membres du groupe le contenu de leur lecture[1].

Cette méthode est encadrée par un·e ou plusieurs personnes qui animent les échanges.

Origines socialistes[modifier | modifier le wikicode]

C'est dans le mouvement ouvrier et socialiste du 19e siècle qu'est né l'arpentage[2]. Un certain nombre de cercles d'ouvriers pratiquaient la lecture collective pour se former, notamment parce qu'ils sentaient que le savoir est une arme, parce qu'ils voulaient s'affirmer face à la bourgeoisie, mais aussi parce que la découverte de pans entiers du savoir déclenchait parfois une frénésie d'éducation. Parfois le cercle était purement ouvrier, souvent il était animé par des intellectuels socialistes.

Cette pratique a parfois été l'objet de débats sur l'importance relative entre propagande et agitation. Par exemple, aux débuts du mouvement ouvrier russe, les marxistes forment souvent de petits groupes d'intellectuels qui organisent des cercles de discussion de théorie avec quelques ouvriers d'avant-garde[3]. Or, un certain nombre de marxistes finissent par constater un biais vers une passivité intellectuelle, y compris chez les ouvriers passionnés par les cercles :

« [Ils] se considéraient comme des individus s’étant extirpés de la multitude arriérée et ayant créé un environnement culturel nouveau. (...) Ils envisageaient l’ensemble du processus de l’ascension future de leur classe d’une façon rationnelle très simplifiée : ils pensaient qu’elle serait le résultat de la diffusion du savoir et des conceptions morales qu’ils avaient eux-mêmes acquises dans les cercles et par la lecture. Des discussions avec eux nous amenèrent à la découverte stupéfiante que leur pensée sociale était dans l’ensemble idéaliste, que leur socialisme était totalement abstrait et utopique, et que l’idée d’utiliser la lutte des classes pour transformer cet environnement d’ignorance dont la critique avait provoqué leur propre éveil social leur était encore totalement étrangère.  »[4]

Akimov, un chroniqueur du mouvement à ses débuts, citait un ouvrier, membre d’un cercle marxiste, qui disait : « Les tracts sont une perte de temps. Qu’est-ce qu’on peut expliquer sur une simple feuille ? C’est un livre qu’il faut donner à l’ouvrier, pas un tract. Il doit être éduqué. Il doit être inscrit dans un cercle! »[5]

L’arpentage est une technique de lecture collective remise au goût du jour par l’association Peuple et Culture dans les années 1990,[6][7] et adoptée plus largement[8], notamment dans le mouvement féministe.[9][10]

Arpentage moderne[modifier | modifier le wikicode]

Objectifs[modifier | modifier le wikicode]

L'arpentage a plusieurs objectifs[11] :

  • la désacralisation du savoir et de l'objet livre ;
  • la simplification de la pensée d'un auteur pour le rendre accessible ;
  • le partage égalitaire d'opinions entre des personnes issues de milieux différents ;
  • la libération de la parole autour de sujets politiques.

Méthodes[modifier | modifier le wikicode]

L'arpentage est une méthode de lecture collective d'un ouvrage écrit[8].

  • Découpage du livre. La première étape d'une séance d'arpentage consiste au découpage de l'ouvrage choisi en différentes parties. Traditionnellement, ce découpage est littéralement un découpage des pages du livre, parce que c'était le moyen le moins cher de se partager la lecture à partir d'un seul livre. Cela a aussi l'effet désacraliser l'objet[12]. Aujourd'hui, des extraits imprimés ou des copies à lire sur téléphone ou liseuse font aussi l'affaire.
  • Lecture individuelle. Chacun·e lit ensuite sa partie de l'ouvrage, en prenant le temps de l'assimiler[13].
  • Restitution collective. Enfin, on met en commun des lectures de chacun. Tour à tour, chacun·e raconte au groupe le contenu de sa lecture. Dans un cadre militant, c'est souvent l'occasion d'un temps de partage sur des ressentis ou des expériences vécues relatives à l'extrait lu[14].

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. « ARPENTAGE, TECHNIQUE DE LECTURE ET D’ANALYSE COLLECTIVE – Réseau GRAPPE » (consulté le 7 mars 2023).
  2. socialter.fr, L'arpentage : l'éducation populaire qui déchire, novembre 2022
  3. Tony Cliff, Lénine : 1893-1914. Construire le parti – chapitre 2, 1975
  4. Martov, Записки социал-демократа, Berlin-Petersbourg-Moscou 1922
  5. Vladimir Akimov on the Dilemmas of Russian Marxism, 1895–1903, edited by J. Frankel, London 1969
  6. « L'arpentage, une technique de lecture collective qui séduit de nouveaux publics », sur France Culture, (consulté le 13 avril 2026)
  7. La Maison des Métallos, Arpenter ensemble : la lecture collective fait parler d'elle
  8. 8,0 et 8,1 « Pratiquer la lecture collaborative pour se former », sur ww2.ac-poitiers.fr (consulté le 7 mars 2023).
  9. Villa Albertine, Lydia Amarouche
  10. Readings Surveying for collective learnings into ressources - Gender and Tech Resources
  11. « L’arpentage, lire ensemble pour lire mieux », sur Bondy Blog, (consulté le 7 mars 2023)
  12. « L’arpentage, une lecture collective à découvrir | Factuel le journal », sur Le Journal, (consulté le 7 mars 2023).
  13. Zoé MAUS, « L'arpentage ou le partage collectif du savoir », Fiches pédagogiques du CIEP,‎ , p. 1-4 (lire en ligne [PDF]).
  14. Cécile Massin, « C’est quoi l’arpentage, cette pratique de lecture qui fait de plus en plus d’adeptes parmi les féministes ? », sur Madmoizelle, (consulté le 7 mars 2023).