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Special pages :
Vraiment n'est-il pas temps de comprendre ?
| Auteur·e(s) | Trotsky |
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| Écriture | 26 mai 1927 |
Aujourd'hui, dans le Bulletin de Tass n° 118, mais pas pour la presse, se trouvent quelques télégrammes d'une importance exclusivement politique. Ces télégrammes, on les dissimule à l'opinion publique, non parce qu'ils peuvent causer dommage au gouvernement soviétique ou à la Révolution chinoise, mais parce qu'ils démontrent la fausseté de la ligne politique officielle et la justesse de celle de l'opposition.
Nous citons seulement les deux télégrammes les plus clairs.
N° 312 SHANGHAI, 24 MAI. TASS. — LA CONFÉRENCE CENTRALE POLITIQUE DE NANKIN A DÉCIDÉ DE DÉSIGNER FENG-YU-SIAN [FENG YUXIANG] COMME MEMBRE DE LA CONFÉRENCE.
Que Chang-Kai-Chek [Tchang Kaï-chek] ait désigné Feng-Yu-Sian comme membre de la Conférence (peut-être pour le moment sans le consentement du prudent Feng-Yu-Sian), cela le monde entier le sait maintenant. Mais cependant, cela doit demeurer secret pour les ouvriers soviétiques. Pourquoi ?
Parce que chez nous, jusqu'à ces derniers temps, on a représenté Feng-Yu-Sian comme un ouvrier (ou un paysan) authentique, comme un révolutionnaire sûr, etc... c'est-à-dire que l'on a commis par rapport à Feng-Yu-Sian toutes les erreurs que l'on avait commises auparavant par rapport à Chang-Kai-Chek.
Maintenant, on cache, comme déjà au cours de la semaine dernière, tous les télégrammes relatifs à la conduite plus équivoque de Feng-Yu-Sian. Pourquoi ? Dans quel but ? Évidemment en se tenant sur l'expectative avec ce secret espoir : peut-être qu'il ne trahira pas ! Et s'il trahit, on dira : ceci correspond pleinement à nos prévisions sur l'abandon par la bourgeoisie de la révolution nationale.
Oui mais, que tait-on maintenant ! Au lieu de mettre en garde les ouvriers chinois et le parti, au lieu de pousser la masse des ouvriers et des paysans à prendre immédiatement des mesures révolutionnaires contre la trahison des généraux, on tait, on dissimule, on cache les télégrammes dans la poche. Mais, cela ne se peut pas. Il est impossible de cacher la logique de la lutte révolutionnaire dans sa poche.
Deuxième télégramme :
N° 60. HANG-KEOU [HANKOU] 25 MAI. TASS. — LE C. C. DU PARTI COMMUNISTE A PROPOSÉ À LA LIGUE DE OU-PEI [HUBEI] POUR LE RENFORCEMENT DU FRONT RÉVOLUTIONNAIRE DE METTRE DE L'ORDRE DANS LES RAPPORTS ENTRE LES OUVRIERS ET LA PETITE BOURGEOISIE. LE C. C. A MARQUÉ LA NÉCESSITÉ DU RENFORCEMENT DE LA DISCIPLINE PARMI LES OUVRIERS ET DU RESPECT DES DÉCRETS DU GOUVERNEMENT NATIONAL, EN EXPLIQUANT QUE LES SYNDICATS N'ONT PAS LE DROIT D'ARRESTATION ET DOIVENT S'ADRESSER AUX AUTORITÉS CHAQUE FOIS QU'ILS ESTIMENT NÉCESSAIRE DE PROCÉDER À L'ARRESTATION DE QUI QUE CE SOIT.
Ce télégramme est encore plus important que le premier. Pour tout révolutionnaire sérieux, il éclaire toute la situation et démontre le caractère absolument erroné de la ligne politique officielle et la justesse absolue de la ligne de l'opposition.
Méditez bien ceci ! Les syndicats, sur le territoire du Gouvernement de Hang-Kéou arrêtent les ennemis de la révolution. Cela signifie que les syndicats, par toute la logique de la situation, sont contraints d'assumer les tâches des soviets révolutionnaires.
Que fait alors le C.C. du parti communiste ? Il recommande aux syndicats de s'abstenir de toute activité non légale, de se soumettre aux décrets venant des dirigeants de Hang-Kéou, et, au cas où il serait nécessaire d'arrêter ou de fusiller des contre-révolutionnaires, des traîtres, des conspirateurs, de se tourner respectueusement vers les autorités (qui, à ce qu'il paraît, sont vraisemblablement liés à ces conspirateurs par la parenté ou toutes sortes d'affinités).
Est-ce que ce n'est pas se moquer de la révolution, de ses exigences et de ses tâches élémentaires ? Au lieu d'appeler les masses à en finir directement, sur place, avec les ennemis de la Révolution, le Gouvernement d'Hang-Kéou l'interdit. Bien plus, il l'interdit, non pas en son nom à lui, mais par l'intermédiaire du Parti communiste.
Dans ce cas, le C.C. du parti communiste joue le rôle de commis des bourgeois timorés, radicaux et faux radicaux, qui ont peur de la révolution, et qui pensent, d'accord avec Martinov, qu'il est possible d'accomplir la Révolution par la voie d'une commission d'arbitrage, mais non par la voie de la répression exercée par les masses sur les ennemis de la Révolution.
Est-ce que cela n'est pas monstrueux ? Est-ce que ce n'est pas se moquer de la Révolution ? Camarades, où allons-nous ?
Allant de pair avec cela, il est remarquable que la Ligue de Ou-Pei pour le renforcement du front révolutionnaire se donne pour mission spéciale de mettre de l'ordre dans les rapports entre les ouvriers et la petite bourgeoisie.
Mettre de l'ordre dans ces rapports, cela est possible, non pas par l'intermédiaire d'une ligue spéciale, ni non plus par des instructions spéciales, mais seulement par le moyen d'une politique juste. Les Soviets des députés, des ouvriers, des semi-prolétaires, des pauvres gens des villes doivent être les organismes larges d'une telle politique révolutionnaire quotidienne. Lorsque les syndicats sont obligés d'assumer les fonctions des Soviets, il est à peu près inéluctable que dans certains cas, ils ignorent les intérêts de la base petite bourgeoise des villes ou qu'ils leur portent atteinte.
Ainsi, l'absence de Soviets porte un coup à la petite bourgeoisie et nuit à son alliance avec le prolétariat.
Telle est la situation réelle. Poussant les masses, les syndicats s'efforcent de corriger les erreurs de la direction chinoise et de la direction de Moscou, et de procéder à la répression immédiate contre les ennemis.
Mais le C.C. du parti communiste, qui devrait être l'inspirateur et le chef de cette sévère répression, freine les ouvriers et les appelle à renforcer leur discipline (leur discipline vis-à-vis de la bourgeoisie) et s'incline en silence devant la connivence des Kerensky et des Tseretelli de Hang-Kéou avec les agents de l'impérialisme, de la bourgeoisie et de Chang-Kai-Chek.
Voilà une cochonnerie à la Martinov, non en paroles, mais en fait.
Toute une série de télégrammes venant en particulier de Tokio, parlent du désordre qui règne dans le gouvernement de Hang-Kéou, de sa perte prochaine, etc... Il va de soi qu'il faut se comporter avec la plus grande prudence vis-à-vis de tels télégrammes. Ce sont des télégrammes de l'ennemi, qui attend la perte de la Révolution, qui l'espère, qui la guette, qui l'imagine et la prédit.
Mais les deux télégrammes ci-dessus, ainsi que beaucoup d'autres télégrammes du même genre envoyés presque chaque jour, nous obligent à reconnaître que la situation du Gouvernement de Hang-Kéou peut devenir désespérée. S'il empêche les ouvriers et les paysans d'en finir avec les contre-révolutionnaires, il va à sa perte. Par sa politique erronée, le C.C. du parti communiste aide à sa perte.
Si le Gouvernement de Hang-Kéou tombe sous l'assaut des Soviets des ouvriers, des paysans et des soldats, assurément nous ne nous en plaindrons pas. Mais, il va à sa perte parce qu'il s'oppose à la création des Soviets. En soutenant sur ce point d'une manière désastreuse la politique du Gouvernement de Hang-Kéou, en dissuadant les ouvriers et les paysans chinois d'effectuer la répression immédiate contre l'ennemi et de créer des soviets, le parti communiste chinois aide le Gouvernement de Hang-Kéou à sombrer dans le plus bref délai, et à mourir sans gloire, non pas sous les coups des masses ouvrières et paysannes, mais sous les coups de la réaction bourgeoise.
Au surplus, avec une telle politique, le Gouvernement de Hang-Kéou, avant de « périr », s'unira, c'est le plus vraisemblable, avec Chang-Kai-Chek, contre les ouvriers et les paysans.
Vraiment, n'est-il pas temps de comprendre ?