Une nouvelle étape

De Marxists-fr
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C’est avec joie et fierté que nous nous empressons de partager avec tous les camarades ouvriers les dernières nouvelles importantes de la vie de notre parti : au début du mois de mars, le Congrès national de la social-démocratie polonaise s’est tenu à Varsovie.

C’est la première fois dans l’histoire du socialisme polonais que des travailleurs, venus des provinces et de Varsovie, ont discuté sur place des tâches et des formes de l’action socialiste.

Pour la première fois les murs de Varsovie voyaient un congrès et des délibérations si différentes de celles qui les avaient précédés. Il ne s’agissait pas d’une réunion d’actionnaires sucriers ou de brasseurs, discutant d’une possible augmentation des profits et de dépouiller les acheteurs. Ce n’était pas une réunion de propriétaires de mines de charbon, discutant de la meilleure façon d’exploiter les travailleurs et mendier de nouvelles faveurs du gouvernement. Ce n’était pas un congrès de capitalistes, d’exploiteurs et de serviteurs du tsar. C’était le Congrès des ouvriers sociaux-démocrates, débattant à propos de l’agitation socialiste, de l’amélioration du sort du peuple travailleur, de sa libération totale des griffes du capital et du tsarisme.

Dans le pays même, à Varsovie même, se moquant à la fois de l’orgueil et de la confiance en soi des capitalistes et de la vigilance rusée de la police, des gendarmes, des espions — les ouvriers socio-démocrates ont déclaré la guerre à l’exploitation et à l’oppression, ont soigneusement et sérieusement étudié toutes les voies, tous les moyens, la tactique de cette guerre.

5L’idée audacieuse dont les socialistes polonais précédents n’avaient même jamais rêvé a été mise en pratique, selon toutes les règles qui accompagnent des circonstances similaires. Alors que les congrès précédents des socialistes polonais, tenus à l’étranger étaient habituellement composés exclusivement de soi-disant socialistes de l’intelligentsia, le premier congrès de la social-démocratie, tenu en Pologne, était un congrès purement ouvrier, auquel la soi-disant intelligentsia ne représentait qu’une partie minime. Les ouvriers de Varsovie, les ouvriers des principaux centres des provinces, s’étant réunis, débattirent sur leurs affaires d’ouvriers — sous la bannière de la social-démocratie.

Nous sentons bien la modestie de l’envergure de la conférence du parti ; nous reconnaissons la petite taille des organisations qui y ont été représentées. Notre congrès ne peut naturellement pas se comparer aux congrès des partis ouvriers d’Europe. Mais pour nos conditions, et surtout pour l’avenir de notre mouvement, il a une grande et incontestable importance.

Dans l’histoire de notre Parti, c’est le troisième fait de première importance au cours de l’année écoulée. Le premier a été la fusion de la dernière organisation ouvrière, le « Prolétariat », avec l’« Union des ouvriers polonais ». Il y a un an, en mars, la social-démocratie s’est unie et a rassemblé sous sa bannière toutes les forces ouvrières socialistes véritablement révolutionnaires. Le Parti socialiste polonais d’alors a jeté les bases d’un parti social-démocrate unifié dans dans l’ensemble de notre pays.

Le deuxième fait important de notre histoire a été le changement du nom du parti en « Social-démocratie du Royaume Polonais » et, en même temps, de protéger le parti, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, de tout signe patriotique [1]. Il semblerait que le nom du parti lui-même soit d’une importance très secondaire. En général, en Europe occidentale, où les relations politiques sont ouvertes, c’est en partie le cas. Là, chaque parti a la possibilité de faire connaître à tout moment ses activités et sa composition personnelle au monde entier. Chez nous, dans les conditions qui sont les nôtres, les choses sont complètement différentes. Nous agissons entourés d’une profonde nuit de torpeur politique et bâillonnés par la poigne de fer du despotisme tsariste. C’est pourquoi des gens de toutes sortes qui aiment pêcher en eaux troubles, peuvent plus facilement se déguiser derrière un titre qui n’est pas le leur, annexer à leur drapeau une activité qui appartient à d’autres. La preuve la plus éloquente à l’appui de cette thèse est précisément l’histoire de notre ex-Parti socialiste polonais, et des circonstances qui ont suscité son changement d’appellation [2]. Ayant adopté le nom de Social-démocrate, notre parti a fait beaucoup pour couper court à toutes les tentatives de ce genre, visant à falsifier son activité réelle ou l’orientation de son programme.

Aujourd’hui, enfin, les conditions nécessaires sont réunies pour que le parti Social-démocrate puisse répondre dignement à ses grandes tâches envers la classe ouvrière polonaise, envers l’ensemble de la société, envers le prolétariat international. Le Parti a une fois de plus approuvé clairement le programme qui a été la base de son activité depuis le début, il s’est doté d’une organisation adaptée aux conditions, forte et cohérente, il a conçu et établi toutes les formes de son activité quotidienne et, enfin, il s’est prononcé catégoriquement sur les questions les plus importantes de la vie du parti et du programme.

C’est donc hardiment, armée de pied en cap, que notre social-démocratie part aujourd’hui au combat, dans le bataille pour ses grands mots d’ordre. Avec une énergie redoublée, encouragés par une ardeur nouvelle, nos camarades vont se mettre à l’oeuvre. Que les plus grands résultats couronnent leur activité ! Que la parole salutaire et le drapeau militant de la social-démocratie se répandent le plus largement et le plus loin possible dans notre pays !

Vive la social-démocratie !

  1. Dans le sens des programmes de reconstruction d’une Pologne indépendante. - Remarque de l’auteur.
  2. Si un « parti » est réapparu il y a quelques mois sous le nom de PPS, il est d’orientation social-patriotique et n’a rien à voir avec le précédent. - Remarque de l’auteur.