Trotski est mort

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Auteur·e(s) Saumyendra Nath Tagore
Écriture septembre 1940

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Publié à l'origine dans l'édition de septembre 1940 de "Red Front", la revue de langue anglaise du Parti communiste révolutionnaire de l'Inde.
Recueil(s): Red Front (India)


Léon Trotski n'est plus. L'homme qui, avec Lénine, a conduit la Révolution d'Octobre, meurt des mains de l'assassin. Le plus grand leader du prolétariat mondial après Lénine, le plus grand orateur et écrivain révolutionnaire de notre temps, le guide idéologique le plus brillant du mouvement révolutionnaire international, Trotski, est rayé du monde par les ennemis de la révolution à un moment où il aurait été le guide le plus dynamique du mouvement révolutionnaire mondial. Le monde est certainement appauvri aujourd'hui par la fin tragique du génie révolutionnaire peut-être le plus considérable de l'histoire.

Ce crime ignoble a choqué le monde entier. Venant presque immédiatement après le pacte germano-soviétique, lui-même conclusion logique d'une perfide politique de trahison du mouvement révolutionnaire, l'assassinat de Trotski est le point culminant des méthodes terroristes cruelles du GPU. Ce n'est pas un hasard si ce cruel assassinat est perpétré dans le contexte du sinistre pacte germano-soviétique. La série de meurtres judiciaires des vieux-révolutionnaires bolcheviks, accusés puis condamnés pour complot pro-hitlérien contre l'État soviétique, a fatalement pris fin avec cet assassinat choquant et brutal de Leon Trotski, le meilleur et le plus capable des leaders révolutionnaires du monde, s'opposant, combattant et réussissant à contrecarrer la direction complètement dégénérée et sans-vie de l'État soviétique et du Komintern.

La direction actuelle du Parti communiste de l'URSS, et par conséquent du Komintern a, avec une violence impitoyable, étouffé toute opposition démocratique au sein du Parti et de l'Internationale. Sous prétexte de purge, de vieux révolutionnaires éprouvés ont été assassinés. Au nom de la discipline, l'Armée rouge a été décapitée. Cette tendance a été remarquablement uniforme dans le monde entier.

Les retraites idéologiques et les trahisons de la révolution ont affaibli le Parti et l'Internationale. Les purges ont provoqué une grave crise dans la direction révolutionnaire, et mécontentement et méfiance ont fait leur apparition parmi les masses prolétariennes. La désertion hors de la voie de l'internationalisme révolutionnaire a préparé le terrain au progrès d'un patriotisme soviétique. La régression culturelle, les catastrophes économiques et les bévues politiques ont conduit les dirigeants soviétiques à la faillite. Pour la défense et l'intégrité de l'Union soviétique, la direction soviétique actuelle, accablée par ses propres erreurs et trahisons, n'a parié sur des pactes diplomatiques et militaires avec l'impérialisme fasciste. À travers la politique étrangère de la direction soviétique et à travers la politique de Sécurité Collective, de Front de Paix Démocratique et de Front Populaire de la Troisième Internationale, la mascarade pacifiste s'est transformée en neutralité en faveur du fascisme allemand.

La direction soviétique est démasquée par l'approvisionnement en matières premières de la colossale machine de guerre allemande. L'effet en est accablant. Le mouvement prolétarien révolutionnaire mondial est plongé dans une confusion totale. La crise de la direction révolutionnaire a dérouté le prolétariat mondial. La démoralisation de l'ensemble du mouvement ouvrier à travers le monde est un fait accompli. Le pacte germano-soviétique est l'expression historique de la plus noire trahison envers la cause du mouvement prolétarien révolutionnaire mondial.

Trotski a dévoilé et combattu cette dérive dangereuse des dirigeants soviétiques et du Komintern et a prophétisé le pacte germano-soviétique dès 1933. En conséquence, Trotski est devenu, malgré ses faux pas du passé, l'espoir et le centre des forces révolutionnaires mondiales. Et il a été assassiné avec une brutalité inhumaine. Le pacte GPU-Gestapo porte ses fruits.

Il n'est pas anodin que les "communistes du Congrès" en Inde, en tant que sous-agents rémunérés du Komintern, n'aient pas failli à la tâche routinière de louer le pacte germano-soviétique et de justifier l'assassinat de Trotski. En ce sens, ils n'ont fait que justifier leur place parmi les choristes internationaux chantant sur l'air soviéto-allemand.

De notre côté, nous élevons la plus ferme condamnation de ce crime qu'est l'assassinat de Léon Trotski et exprimons notre profonde tristesse sous le choc de sa mort et notre sympathie pour la malheureuse veuve, Natalia Trotski. Nous proclamons solennellement notre profonde solidarité avec les révolutionnaires prolétariens internationalistes, à travers le monde qui sont tombés sous le couperet cruel de l'assassin et avec tous ceux qui ont souffert ou souffrent encore des douleurs et des horreurs des isolateurs ou sont morts dans leur lutte pour la cause de la révolution socialiste mondiale. Nous ne doutons pas que la bannière rouge de la révolution ait pris une teinte plus riche et soit devenue encore plus glorieuse par leurs souffrances et leur mort. Le prolétariat international rendra justice des souffrances de ces innombrables révolutionnaires du monde entier par sa victoire finale dans la lutte pour la révolution mondiale.