Trois déclarations sur la « Tchéka » allemande

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Auteur·e(s) Béla Kun
Grigori Zinoviev
Nikolaï Boukharine
Écriture 18 février 1925

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Article publié par La Correspondance Internationale, 18 février 1925, n°12, p. 99.
Non répertorié par WH.
Mots-clés : Allemagne, Tchéka


Les camarades Zinoviev. Boukharine et Béla Kun, interrogés sur l'affaire dite de la Tchéka allemande par un correspondant de la Rote Fahne berlinoise, détaché à Moscou, lui ont fait les déclarations suivantes:

G. ZINOVIEV. — Les bolchéviks russes n'ont jamais cessé de condamner le terrorisme individuel, arme favorite des socialistes-révolutionnaires (devenus les piliers de La IIe Internationale). Nous nous plaçons en ce qui concerne cette question comme toutes autres, sur le terrain du marxisme et du léninisme, c'est-à-dire sur le terrain de la lutte de classes et de la guerre civile — et non du terrorisme individuel — de la violence collective de la classe ouvrière contre la bourgeoisie considérée comme classe et non des attentats et des coups de main individuels.

BOUKHARINE. — Les communistes ne dissimulent pas leurs méthodes; le parti communiste étant un parti de masses, il explique tous ses actes aux travailleurs et s’appuie en toutes circonstances sur les masses populaires en lutte sous la direction du prolétariat. Il est idiot de prendre un parti communiste profondément imbu des idées marxistes pour une association de conjurés. La bourgeoisie a l’habitude de dénoncer des prétendus complots communistes. Elle cherche ainsi à se rassurer sur le danger communiste, précisément grand parce que nos partis représentent les masses populaires et non des poignées de conjurés. (Au surplus, les « complots » avortent dans la plupart des cas). Aussi le parti communiste est-il l’adversaire du terrorisme individuel. Celui-ci est l'arme des isolés, des désespérés, des « héros » auxquels il arrive de beaucoup changer comme c’a été le cas de Fritz Adler. Notre méthode de lutte à nous, c’est le mouvement de masses, les bataillons ouvriers avançant en rangs serrés, détruisant l’Etat bourgeois non par des actes individuels de désespoir, mais par de puissantes actions collectives. Du point de vue des actions de masses préparant la lutte décisive, le terrorisme individuel n'est d’aucune utilité à un parti communiste. Ce n’est pas pour des raisons morales (« ménager l’ennemi ») ou parce qu’il s’adonnerait à un pacifisme sentimental, mais exclusivement pour des raisons d’utilité politique que le P.C. s’oppose au terrorisme individuel.

Le parti communiste se doit de protester avec énergie contre les fables absurdes et lamentables mises en circulation par la bourgeoisie et la socialdémocratique [sic] apeurées. Nous recommandons aux inventeurs de ces fables de se donner la peine de mieux se familiariser avec les choses politiques.

BELA KUN. — De tous les partis socialistes, c'est le parti bolchévik qui a déployé le plus d'énergie à combattre les illusions que d’aucuns entretenaient au sujet du terrorisme individuel. Aux pires époques de réaction tsariste, le bolchévisme n’est pas sorti de la voie du marxisme. Zinoviev caractérisa l’attentat commis par Fritz Adler contre le président du conseil autrichien, comte Sturgkh, comme le résultat d’un manque de foi en la puissance révolutionnaire des masses. Les communistes hongrois n’ont jamais opposé le terrorisme individuel aux sadiques actes du bourreau Horthy. Le P.C.A., né des longues luttes héroïques des prolétaires révolutionnaires d'Allemagne, n’oublie pas les enseignements du bolchévisme. Les provocations de la bourgeoisie ne réussiront pas à l’égarer.