Télégramme à Zinoviev, Trotsky et Kolarov, 9 janvier 1923

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Paris 9 janvier [19]23

Condidentielle

Camarades Zinoviev, Trotsky et Kolarov


Chers camarades,

Depuis ma dernière lettre deux faits importants ont sensiblement modifié la situation favorable du parti

  1. La démission de Frossard
  2. L'organisation de l'opposition dans un comité de défense communiste.

Frossard était résigné à partir pour Moscou. Je l'ai vu encore le 31 décembre longuement. Il était plus pessimiste qu'avant en constatant que le premier bulletin communiste de la gauche contenant aussi l'esprit dominant de l'article de Dunois rentrant au journal et la façon dont la gauche avait procédé aux éliminations de l'Humanité. Il croyait impossible la collaboration sérieuse avec la gauche, elle ne sera tranquille que lorsqu'elle nous aura jetés hors du parti ! disait-il. Cependant, résigné il était prêt à partir le surlendemain. Le 1er janvier il donnait sa démission du parti ! Que s'était-il passé. D'une part sans doute une pression très forte des ″résistants″ et des éliminés du journal dont il avait avant le retour ce Cachin attisé l'opposition. Mais d'après ce que j'ai appris par Renoult, Cachin et ceux qui l'ont vu dans cette journée du 1er janvier, ce qui l'a déterminé ce fut la lecture la veille du discours de Trotsky au 4e congrès. Discours dont il jugeait les termes destinés à provoquer sa démission. En vain Renoult, Cachin, Sellier, Maranne, Paqueraux à plusieurs reprises ont cherché à le faire revenir sur cette décision : C'était l'issue d'un long processus d'éloignement du parti.

Je ne l'ai pas revu et juge inutile de le revoir, les conditions dans lesquelles s'est produit ce départ me paraissent telles que nous n'avons qu'à l'enregistrer. Frossard était une force et une intelligence politiques, mais un caractère faible et hésitant, sans direction ferme. Dans la période actuelle cette incertitude énervait le parti et était un gros obstacle à son développement et à son redressement. Sans doute son départ brusque va jeter du trouble dans le parti, même dans les fédérations qui ont déjà pris position, mais fort heureusement le comité directeur n'a pas bronché, à l'exception de Morizet. Si cette attitude avait été prise au retour de la délégation de Moscou, il n'y a pas de doute que la délégation eut été désavouée et que la majorité du C.D. et du parti eut rompu avec l'Internationale. Frossard démissionne 3 semaines trop tard pour faire le mal qu'il aurait pu. Alors il eut pu emporter l'Humanité. Grace à ses perpétuelles hésitations nous avons gagné du temps pour rendre moins nuisible son départ. Le parti et ses organes restera fermement attaché à l'Internationale mais la reprise des cartes marquera une diminution très sérieuse des effectifs. Si la nouvelle direction travaille bien elle récupérera ce déchet au cours de l'année. Mais il faut compter sur un déchet de 50 à 60%.

Que ferra Frossard ? Il est possible qu'il prenne la tête de l'opposition. Il pourrait être là un sérieux danger et sans doute les sollicitations ne manquent point. Jusqu'à présent il ne l'a point


11 Janv[ier]

J'ai du interrompre ma lettre, ma sécurité étant très relative pendant les jours de perquisition et d'arrestations.

Frossard est sort de sa réserve et prend la tête de l'opposition cela serait un gros danger s'il n'avait commis la bêtise de démissionner du parti. Même du dehors c'est encore un danger à la fois pour le parti et la C.G.T.U. Fort heureusement la répression gouvernementale vient couper complètement la besogne des résistants qui gagnaient du terrain. J'ai demandé à Sellier d'agir énergiquement, avant même que soient connues les arrestations. Puisque l'abcès crève il faut en profiter pour le vide jusqu'au fonds. Je crois que toute hésitation à l'heure présente serait mortelle pour le parti. Les résolutions énergiques seules peuvent circonscrire le mal. C'est cette tactique que j'ai suivie pour les compressions de l'Humanité, c'est elle que j'ai recommandée à Sellier, à ma demande donc le C.D. décidait d'exclure la résistance ! C'est un groupe déjà assez nombreux.

J'ai demandé aussi que l'Humanité attaque Frossard et les résistants, dénonce leurs actes au parti et exploite contre eux maintenant la répression.

Frossard a l'intention de regrouper tous les révolutionnaires de France, de Verfeuil à Besnard et Verdier, c.-à-d. qu'il veut miner à la fois le parti et la C.G.T.U. Mais je le répète le gouvernent vient de lui porter un coup mortel et d'aider merveilleusement le parti à se débarrasser des résistants et à retrouver son équilibre.

Sans doute il va manquer des forces et c'est le point noir. Je veux chercher à encourager les militants syndicalistes à adhérer au parti. Ce serait maintenant un bon moment et c'a marquerait aux yeux des masses la nouvelle orientation du parti. Frossard, flanqué de Torrès et de Pioch ont demandé à faire partie du Comité d'action, on leur a refusé.

Des fédérations les nouvelles ne sont pas mauvaises, Rieu et Werth travaillent très bien.

J'attends un second délégué comme il était convenu pour le conseil national. Les conditions se présentent telles que le parti sera homogène et qu'il faudra solennellement dissoudre les fractions qui risquent de devenir des clans sans rôle politique.

Je vous prie de me dire aussi si vous jugez que mon séjour ici doit se prolonger, afin que je prenne mes dispositions pour pouvoir travailler illégalement plus longtemps. Malgré les répressions et les recherches actives de la police qui me sait ici, je vois les camarades et je collabore à l'Humanité.

Je vous écrirai plus long sous peu.

Fraternellement

Jules Humbert-Droz.