Réponse du BP du PCF à la lettre de Monatte, Rosmer et Delagarde

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Auteur·e(s) Parti communiste français
Roger Rieu
Écriture novembre 1924

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Rosmer et Monatte en lutte contre la "bolchévisation" du P.C.F....


Dans une lettre adressée au Bureau Politique, les camarades Rosmer, Monatte et Delagarde ont cru bon de s'élever contre les attaques politiques qui furent faites contre eux à la Conférence des Secrétaires fédéraux.

Les trois camarades reprennent quelques points de la discussion et veulent en tirer des conclusions inverses de celles qui s'imposent.

Lors de l'exposé des travaux du 5° Congrès et de la condamnation politique de l'opposition qui se manifesta au sein du Parti communiste russe (oppositions condamnées déjà par la 13° Conférence du Parti russe), comme au sein des partis allemand et français, nos camarades rapporteurs durent rappeler évidemment sur quelques points cette opposition qui se manifeste dans notre parti ‑ appréciation sur le gouvernement travailliste, attitude de Brandler, opposition de Trotski au Comité Central russe.

Quel était le but de la Conférence des Secrétaires fédéraux ? Etait‑ce d'engager à nouveau la discussion sur chacun de ces points, résolus tant par notre Conseil national de Saint‑Denis que par le 5° Congrès de l'I.C., ou n'était‑ce pas, suivant la discipline qui doit exister dans un Parti communiste dans l'I.C., de tirer toutes les conséquences politiques, comme l'a fait le 5° Congrès de l'I.C., et de les déterminer devant l'assemblée des Secrétaires fédéraux ?

Les interventions des camarades Monatte et Rosmer ne furent jamais faites dans cet esprit. Cherchant à reposer les problèmes tranchés par le 5° Congrès ; cherchant, dans l'affaire Souvarine, à diminuer le caractère politique de celle-­ci et à excuser son auteur ; cherchant ainsi à enlever à l'exclusion de Souvarine son caractère politique pour ne lui donner qu'un caractère de luttes personnelles ; profitant d'erreurs faites dans l'Humanité sur le compte-rendu d'un exposé de notre camarade Semard au 2° Congrès de l’I.S.R. sur l'unité syndicale, ces deux camarades, à aucun moment de la Conférence des Secrétaires fédéraux ne cherchèrent à expliquer les conclusions des travaux du 5° Congrès, mais, au contraire, tentèrent de donner à la discussion le caractère qu'elle avait avant le 5° Congrès.

Reprendre la discussion, alors qu'il faut s'appliquer à faire comprendre les décisions, à procéder à la réorganisation du Parti sur la base des cellules, à bolcheviser notre Parti en chassant de son sein les social‑démocrates ou anarchisants ; à battre les déviations de droite et d'extrême‑gauche, pour qu'il suive la ligne politique juste ; reprendre la discussion aboutissait à entraver le travail pratique de la conférence et à jeter la confusion par des faits et des critiques d'ordre secondaire, comme nous l'avons vu.

Unanimement, moins quelques voix, la Conférence le déclara à Rosmer, Monatte, condamnant ainsi le mauvais travail de ceux‑ci.

Dans la lettre adressée par les trois camarades au Bureau Politique, ils l'assurent de leur discipline et de l'application des décisions politiques prises au 5° Congrès, ceci est bien ; mais le Bureau Politique fut surpris de voir le refus de Rosmer et Monatte de rédiger un article contre Höglund, social‑démocrate, exclu de l'I.C. et de son parti.

Höglund, exclu de l'Internationale Communiste, engagea contre l’I.C. et son parti une violente campagne. Semblable à Frossard et à nos dissidents, dans tous les Congrès de l'I.C. ou Exécutifs, Höglund faisait des promesses formelles d'appliquer les décisions prises, puis engageait contre celles‑ci une lutte dans son parti, où il n'était soutenu que par les social‑démocrates. Les actes d'indiscipline d'Höglund se répétaient, et l'I.C. voulant arriver à la formation d'un P.C. fort en Suède, discuta et chercha à ramener dans la ligne communiste Höglund et la fraction qui le suivait.

La position de lutte ouverte prise par Höglund sur des questions importantes aboutit à une rupture. Notre camarade Treint, représentant à l’I.C. du P.C.F., demanda à Monatte et à Rosmer d'écrire un article contre Höglund, comme l'avaient fait Brandler et Thalheimer, où ils se désolidarisaient de celui‑ci et condamneraient son attitude anti­communiste. Höglund se flattait d'avoir au sein de l'I.C. des appuis. Il était un devoir, pour les militants qui veulent renforcer le Parti communiste suédois et, partant, l'I.C., de déclarer la guerre à celui qui avait été exclu de l'I.C. Les prolétaires de Suède devaient avoir connaissance que leur ancien leader, du jour où il rompit avec l'I.C., avait contre lui tous les Partis communistes, et qu'il ne pouvait être question pour Höglund de s'appuyer sur les représentants de l'opposition qui s'était manifestée à l'intérieur de certains Partis communistes avant le 5° Congrès.

Les camarades Rosmer et Monatte se refusèrent à une telle déclaration, alléguant seulement leur désaccord avec Höglund.

Pour tous les adhérents du Parti communiste français, le refus de nos camarades sera jugé politiquement d'une façon sévère.

Non seulement, Rosmer et Monatte refusèrent d'écrire contre Höglund, mais jamais ils ne se désolidarisèrent de la droite tchéco‑slovaque et allemande. Jamais non plus, publiquement, ces deux camarades ne reconnurent leurs erreurs passées sur les questions anglaise et russe.

Au cours de la commission instituée pour examiner les affirmations de Rosmer sur un testament de Lénine, Rosmer dut faire l'aveu qu'un semblable testament n'avait jamais existé. Ainsi fut condamnée, une fois de plus, la politique de diffamation menée par certains camarades au sein de notre P.C.

Concluons : ne pas se désolidariser de la politique fausse, en opposition avec celle de l'I.C., menée par la droite de quelques partis, aboutit à soutenir cette politique condamnée par le 5° Congrès.

Se refuser à lutter publiquement contre les adversaires de l'I.C. revêt un caractère politique tout à fait grave et sera condamné par tous les membres du Parti, au moment où celui‑ci a fait tous ses efforts pour suivre la ligne léniniste, en chassant de son sein tous les opportunistes et révisionnistes, masqués ou non.

LE BUREAU POLITIQUE.

Déclaration de Rieu au Bureau Politique[modifier le wikicode]

Chers camarades,

A la veille du Congrès National du Parti et en face de là nouvelle offensive de la Droite Internationale contre la. ligne léniniste adoptée par le V° Congrès Mondial, il me parait utile de préciser ma position vis‑à‑vis de la Direction actuelle du Parti et de la politique par elle suivie depuis la Conférence des Secrétaires Fédéraux :

  1. La ligne adoptée par le V° Congrès Mondial est la seule ligne qui procède des enseignements de Lénine. Toute tendance des courants de Droite ou d’Extrême-Gauche à réviser cette politique doit être combattue impitoyablement dans l'intérêt de la Révolution mondiale ;
  2. En quelques mois, le Bureau a fait, pour la bolchévisation du Parti français et pour le renforcement de la bolchévisation de l'Internationale Communiste, beaucoup plus que n'avaient fait ‑ en plusieurs années – les directions précédentes ;
  3. A l'heure où j'ai critiqué certains camarades du B.P., sur leur gestion passée, je ne pensais pas que la Droite utiliserait ces critiques de détail pour s'en faire une arme contre une ligne politique qui la gêne et qu'elle n'ose pas combattre ouvertement. A la lumière des événements, il apparaît que mes critiques au lieu de servir l'ensemble du Parti, comme je le pensais, n'ont servi que la Droite. Dans ces conditions elles furent une faute que je reconnais en toute loyauté ;
  4. Les intentions des adversaires du bolchévisme sont aujourd'hui très claires. Ceux‑ci ne combattront pas ouvertement les décisions de l'Internationale, sachant bien qu'ils dresseraient contre eux le bon sens révolutionnaire du Parti, ils utiliseront les petites imperfections ou les faiblesses inhérentes et la complète transformation du Parti.

Les éléments sincèrement révolutionnaires doivent dénoncer cette manœuvre de la Droite et travailler en accord avec la Direction du Parti à la pleine et entière bolchévisation du Parti français.

Salutations communistes.

30 novembre 1924.

Roger RIEU.