Questions posées aux délégués du congrès général de l'armée pour la démobilisation

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Ces questions furent posées par Lénine le 17 (30) décembre 1917 à la conférence des délégués du Congrès général de l'armée pour la démobilisation, désignés par le congrès pour prendre part au travaux de la commission pour la démobilisation de l'armée

près le Commissariat du peuple à la guerre. Les Archives ne possèdent pas des réponses à ces questions ni de résumés des réponses. De toute évidence, ces réponses permirent à Lénine de conclure qu'il était impossible de poursuivre la guerre contre les Allemands, et de déterminer la tactique du parti lors des pourparlers de paix avec l'Allemagne. Les réponses furent examinées à la séance du Conseil des Commissaires du peuple tenue le 18 (31) décembre où fut entendu le rapport de N. Krylenko sur la situation au front et sur l'état de l'armée. Le Conseil des Commissaires du peuple admit que les réponses au questionnaire élucidaient parfaitement le problème et adopta le projet de résolution proposé par Lénine.

Le manuscrit du questionnaire établi par Lénine ne fut pas retrouvé. Le texte du document que nous publions fut cité dans une lettre adressée par D. Vitebski, délégué de la conférence, à l'Institut Lénine en 1924.

Le Congrès général de l'armée pour la démobilisation s'ouvrit à Pétrograd le 15 (28) décembre 1917 et se termina le 3 (16) janvier 1918. Au congrès assistaient des délégués désignés par les Soviets des députés ouvriers et soldats, les comités des fronts et des corps d'armée, des troupes du génie, les unités d'artillerie, des états-majors, etc. A l'ouverture du congrès 234 délégués étaient présents, dont 119 bolchéviks et 45 socialistes-révolutionnaires de gauche. Les menchéviks et les s.-r. de droite se rallièrent autour d'un «groupe non fractionnel ». Par la suite le nombre des délégués atteignit 272. Le congrès se posa pour tâche de régulariser la démobilisation spontanée de l'armée et de discuter la question de la création d'une nouvelle armée de l'Etat socialiste. Au fond le congrès assuma les fonctions d'un organe provisoire de direction de la démobilisation de l'armée.

A la séance du 28 décembre 1917 (10 janvier 1918) où fut examinée la question de la formation de l'armée socialiste, la fraction bolchévique déposa un projet de décision portant

création d'une armée des ouvriers et des paysans. Les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires de droite critiquèrent ce projet. Après quelques hésitations, les socialistes-révolutionnaires de gauche approuvèrent le projet des bolchéviks qui rallia 153 voix (40 contre, 13 abstentions).

Lénine, très pris, ne put prendre la parole au congrès, comme il était prévu initialement. Le 3 (10) janvier, jour de la fermeture des travaux, il adressa au congrès une lettre de salutations (voir : Au congrès général de l'armée sur la mobilisation). [N.E.]

1) L'éventualité d'une offensive allemande dans un proche avenir est-elle probable ou non ?

a) du point de vue des ressources en hommes et en matériel pour une offensive d'hiver ;

b) sous l'angle du moral de la masse des soldats allemands ; ce moral est-il susceptible d'empêcher l'offensive ou tout au moins de la retarder ?

2) Peut-on présumer que les Allemands, au cas où nous romprions immédiatement les pourparlers de paix, où leurs troupes passeraient aussitôt à l'offensive, soient capables de nous infliger une défaite décisive ? Sont-ils à même de s'emparer de Pétrograd ?

3) Y a-t-il lieu de craindre que la nouvelle d'une rupture des négociations de paix provoque dans le gros de l'armée l'anarchie et la désertion, ou peut-on être assuré que l'armée tiendra fermement le front, même après une telle nouvelle ?

4) Notre armée est-elle assez forte pour résister à l'offensive allemande, si celle-ci est déclenchée le 1er janvier ? Au cas contraire, dans combien de temps notre armée pourrait-elle opposer une résistance à l'offensive allemande ?

5) En cas d'offensive allemande brusquée, notre armée pourrait-elle se replier en bon ordre en sauvant l'artillerie ? Dans l'affirmative, serait-il possible à cette condition de retarder pour longtemps l'avance des Allemands à l'intérieur de la Russie ?

6) Conclusion générale : du point de vue de l'état de l'armée, convient-il de nous efforcer de faire traîner les pourparlers de paix, ou bien la rupture immédiate et brutale, dans un esprit révolutionnaire, en raison de la politique annexionniste des Allemands, est-elle préférable, afin de préparer résolument le terrain en vue d'une guerre révolutionnaire ?

7) Convient-il d'entreprendre immédiatement un travail d'agitation intense contre la politique annexionniste des Allemands et en faveur d'une guerre révolutionnaire ?

8) Est-il possible de procéder dans un délai très bref (5 à 10 jours par exemple) à une consultation de nombreuses unités de l'armée de campagne afin d'obtenir des réponses plus complètes, sous une forme mieux appropriée, aux questions posées ci-dessus ?

9) Peut-on espérer que le désaccord avec les Ukrainiens s'atténuera et qu'il fera même place à une union étroite, dès que la nouvelle de la politique annexionniste des Allemands sera connue, ou bien faut-il s'attendre à voir les Ukrainiens profiter de l'aggravation de la situation des Grands-Russes pour accentuer leur lutte contre ces derniers ?

10) Si l'armée pouvait voter, se prononcerait-elle en faveur d'une paix immédiate avec annexions (perte de toutes les régions occupées) et à des conditions économiques extrêmement pénibles pour la Russie, ou bien en faveur d'une tension extrême des forces en vue d'une guerre révolutionnaire, c'est-à-dire pour la riposte aux Allemands ?