Quelques remarques sur Révolution

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Internal bulletin of the GBL (young people) n ° 2, December 20, 1934.

Présentation[modifier le wikicode]

La publication de Révolution par une Entente où les éléments révolutionnaires avaient beaucoup d'influence inquiétait la direction de la S.F.I.O. et les dirigeants nationaux des J.S. qui publiaient déjà un organe propre, Le Cri des jeunes.

Une procédure engagée dès la parution du premier numéro aboutit à la décision du comité national mixte d'interdire sa parution, avec menace d'exclure les collaborateurs du journal s'ils persistaient dans sa publication.

Après une chaude discussion, les dirigeants de l'Entente s'inclinèrent formellement, mais Révolution parut de nouveau, sous la responsabilité personnelle de trois de ses militants responsables, en tant qu'organe extérieur à la S.F.I.O. - son titre était suivi de la mention "organe de lutte et de combat de la jeunesse ouvrière" -, et fut diffusée à travers Paris et la province avec un réel succès.


  1. Révolution doit être un journal ouvrier ou ne pas être du tout. Un journal ouvrier n'est pas un journal écrit pour les ouvriers. Ce n'est pas non plus un journal écrit par les ouvriers. Mais il doit refléter la vie ouvrière et répondre à temps aux questions que les événements - petits et grands - provoquent chez les ouvriers.
  2. Il faut écrire clairement, et, pour cela, il faut bien connaître la question que l'on traite et le but que l'on poursuit par l'exposé. Il ne faut jamais écrire pour écrire, pour faire un "leader" ou une rubrique quelconque.
  3. Avant d'écrire un article sur une question précise, il faut parler sur ce même thème avec de jeunes ouvriers, écouter attentivement leurs questions, suggestions, objections, etc. Après avoir écrit l'article, il faut le soumettre à la critique des jeunes ouvriers.
  4. Ne pas imiter la grande presse, ni par la disposition des articles, ni par le ton d'exposition. Quand une question importante pour la classe ouvrière, et surtout pour la jeunesse, surgit, on peut et on doit balayer les rubriques et consacrer le numéro tout entier à la même question (par exemple le chômage des jeunes, une grève importante avec la participation des jeunes, etc.) éclairée de différents côtés: exposition exacte des faits, reportage pris sur le vif, article théorique sur le même thème, des épisodes analogues de la vie internationale, etc. Un numéro pareil est comme un obus qui se fraye son chemin.
  5. Il ne faut jamais prendre le ton d'un instituteur qui apprend à de petits enfants. Il faut toujours parler à des égaux, mais parler honnêtement, après étude et réparation, sans couvrir des lacunes par des phrases creuses.
  6. Il ne faut jamais donner à l'article le caractère de commentaire sur des événements supposés connus. Chaque article doit avoir son armature ferme, composée de faits et de dates précises. Les commentaires doivent être sobres, découlant de l'exposé des faits eux-mêmes. C'est la seule voie pour éviter le didactisme stérile et humiliant.
  7. Ne pas avoir peu de répéter les choses les plus élémentaires en les rafraîchissant toujours par des faits nouveaux.
  8. Suivre attentivement toute la presse française bourgeoise et ouvrière, politique et syndicale, parisienne et locale; découper tous les faits, même insignifiants, qui se rattachent à la vie de la jeunesse ouvrière; placer les coupures dans des dossiers; consulter les dossiers chaque fois qu'il s'agit de faire un article sur telle ou telle question.
  9. Créer immédiatement une carte de reporter révolutionnaire. Indiquer à chacun un quartier de la ville ou une fonction spéciale ( la justice bourgeoise pour les ouvriers, le chômage, la soupe populaire, les ouvriers étrangers, la caserne, etc.). Les reporters doivent être aussi des agitateurs et des recruteurs. Ils doivent être en liaison constante avec le milieu auquel ils sont attachés.
  10. Une, deux ou quatre fois par mois, selon le rythme de la parution, réunir tous les collaborateurs, reporters et quelques jeunes ouvriers pour rassembler des suggestions et discuter des articles en préparation.
  11. Dans les faits divers de la presse on trouve un tas de faits d'une grande signification pour la compréhension de la vie sociale en général et des jeunes ouvriers en particulier. Chaque jour apporte des nouvelles sur des suicides des jeunes désespérés, etc. On peut souvent remplir toute une page de ces faits divers bien assortis, avec des commentaires brefs et vigoureux.
  12. Les articles signés ne sont pas bien indiqués pour la presse ouvrière en général, et celle des jeunes en particulier. Il faut habituer le lecteur à voir dans le journal une personnalité collective, c'est à dire l'organisation.
  13. La question de la société socialiste, comme contraste à la société capitaliste, doit être éclairée par tel ou tel trait dans chaque numéro et à chaque occasion qui se présente. Il faut trouver chez les grands socialistes, à commencer par les utopistes, des formules pénétrantes de quelques lignes pour les reproduire à chaque page, à raison de deux ou trois.
  14. Ce qui est absolument intolérable, ce sont des allusions compréhensibles seulement pour les jeunes "bureaucrates", des expressions argotiques de boutique, des abréviations absolument incompréhensible pour le jeune ouvrier moyen.
  15. Le journal ne peut devenir un journal ouvrier qu'à la condition que toutes les forces de l'organisation soient dirigées vers les quartiers ouvriers, vers les quartiers industriels, etc. Le journal qui ne recrute pas des ouvriers pour l'organisation n'est pas digne d'exister.
  16. Enfin, notre époque doit être bien reflétée dans le journal. Le trait essentiel de notre époque, c'est qu'elle soulève les questions les plus profondes de la vie sociale et exige les réponses les plus radicales. Nous vivons dans une époque pré-révolutionnaire qui n'a besoin que d'un parti vraiment combatif pour se transformer en une époque révolutionnaire. Le journal doit être combatif, courageux, et viser loin.