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Qu’est-ce qu’un gouvernement ouvrier ?
| Auteur·e(s) | August Thalheimer |
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| Écriture | 13 juin 1922 |
J’ai lu avec interêt l’article du camarade Duret, dans l’ Internationale , au sujet du gouvernement ouvrier. C’est tout de même un bon signe que la Section Française de l’I.C. commence à s’interesser aux problèmes qui touchent au mouvement allemand. En effet, les problèmes du mouvement allemand, et en particulier celui du gouvernement ouvrier, presentent un interêt pour toute l’Internationale, et ce n’est pas seulement le droit, mais encore le devoir des camarades français de s’en occuper serieusement, comme il est, d’autre part, du devoir des communistes allemands de suivre de près les problèmes du mouvement français.
Les mouvements communistes, français et allemand, exercent l’un sur l’autre l’influence la plus directe. Plus que partout ailleurs, il faut qu’il existe, entre la propagande et l’action de nos deux partis, cette « coordination » dont parlent les thèses du 3e Congrès concernant la tactique.
Passons maintenant à la question du gouvernement ouvrier. Pour les camarades français, la difficulte de bien comprendre ce problème consiste en ceci : que la situation concrète qui a oblige le Parti Communiste en Allemagne (en plein accord avec l’I.C. et pour ainsi dire à l’unanimite) à poser la question du « gouvernement ouvrier » sur le terrain ouvrier, n’existe pas encore en France.
Quelle est la situation concrète ? Elle est caracterisee par l’existence d’une coalition gouvernementale bourgeoise et sociale dans le Reich et d’un « gouvernement socialiste » en Saxe et en Thuringe. La revendication ayant trait à la formation d’un « gouvernement ouvrier » a ete posee comme un mot d’ordre de combat contre la coalition bourgeoise-socialiste, et c’est dans cette situation particulière qu’elle est tout à fait comprehensible.
Cet etat de choses n’existe pas encore en France, mais il pourra peut-être exister demain. Tout semble indiquer que les jours du Bloc National sont comptes et que l’etape suivante, très courte peutêtre, sera celle d’une coalition gouvernementale radicale-bourgeoise et socialiste.
Et dans ce cas-là, le problème du gouvernement ouvrier deviendra aussi pour la France un problème d’ordre pratique, et c’est comme tel qu’il devra être traite.
Le camarade Duret considère cette question d’une manière abstraite, c’est-à-dire fausse. Il en donne une analyse logique et abstraite, mais nullement concrète et pratique. Il arrive donc à une serie de contradictions logiques qu’il est incapable de resoudre.
Je vais essayer de trouver une solution à certaines contradictions logiques qui ont ete indiquees par le camarade Duret ; je le ferai par rapport à la situation concrète en Allemagne, mais je ne promets pas de les resoudre toutes et ceci pour une raison bien simple. Seules les antinomies fictives, apparentes, peuvent être resolues. Cependant, le problème du gouvernement ouvrier est plein de contradictions dans son fond même : il contient toute une serie d’antinomies dialectiques qui ne pourront être resolues que par un mouvement revolutionnaire effectif et non pas par quelques formules abstraites.
Mais toutes les revendications partielles ou provisoires que nous posons ont le même caractère. On n’en comprendra aucune, si l’on ne se rend pas compte que, toutes, elles recèlent une antinomie reelle ; et cela veut dire simplement que ces revendications passagères constituent des formes du mouvement revolutionnaire et qu’elles ne peuvent être depassees et supprimees que par ce mouvement lui-même qu’elles ont prepare.
L’incomprehension fondamentale du caractère essentiel du gouvernement ouvrier consiste chez Duret en ceci qu’il le separe du mouvement elementaire des masses, qu’il meconnaît complètement que ce gouvernement ouvrier n’est le resultat d’aucun maquignonnage parlementaire, et a sa source dans une puissante vague revolutionnaire.
Duret ecrit, dans la conclusion de son article : « Nous ne serons jamais contre un gouvernement ouvrier sorti au cours de la Révolution et qui s’appuierait sur les Conseils ouvriers, émanation même du prolétariat […] . Mais entre un gouvernement qui s’appuie sur les Conseils ouvriers et entre un “gouvernement ouvrier” qui s’appuie sur une majorité parlementaire et cré dans une période de calme plat, il y a un abîme. Il faut savoir distinguer entre les deux ; partisans du premier, nous ne pouvons être qu’adversaires résolus du second ».
Le « gouvernement ouvrier », dont Duret est « adversaire resolu », est un fantôme, produit de sa propre imagination, une caricature, et il est très regrettable que le camarade Duret, avant de s’elever contre le « gouvernement ouvrier », ne se soit pas donne la peine d’etablir les faits tels qu’ils sont. Les discussions, les resolutions, les actes du Parti allemand, ne peuvent laisser aucun doute à un observateur consciencieux sur ce fait que le « gouvernement ouvrier » ne ressemble en rien à ce produit du maquignonnage parlementaire dont parle Duret.
Le « gouvernement ouvrier », considere comme une revendication, constitue justement un moyen pour mettre en mouvement les masses, et il ne peut devenir une realite qu’autant [sic] que produit d’un mouvement revolutionnaire des masses.
Le problème du « gouvernement ouvrier » fut pose d’abord en Allemagne en connexite avec la lutte pour la saisie des valeurs reelles (confiscation effective des entreprises capitalistes), pour le desarmement de la garde blanche bourgeoise, pour la transformation de la police de protection en une force armee proletarienne, pour la destruction de la justice bourgeoise, pour l’eloignement des fonctionnaires reactionnaires, etc.
Y a-t-il quelqu’un, bien informe de la situation, qui croie qu’un gouvernement qui accepte de telles revendications puisse être forme « dans une periode de calme plat » et qu’il s’appuie seulement sur une majorite parlementaire ?
Mais on nous dit que les Conseils ouvriers font defaut à un pareil gouvernement. Les Conseils ouvriers ont peri après la première vague de la revolution en Allemagne. La question est de savoir comment ils peuvent être rappeles à la vie. Tout simplement grâce à une propagande pour les Conseils, pour les Soviets [sic] ? Sûrement non, mais uniquement grâce à une action large et profonde des masses, comme resultat non seulement d’une propagande theorique, mais encore de necessites pratiques, immediates. C’est le combat pour le gouvernement ouvrier qui fait naître, sous une forme quelconque, les Conseils ouvriers et qui exige une pression particulière et organisee des masses proletariennes.
C’est pourquoi, en Saxe, nous posons comme condition absolue de la formation d’un gouvernement ouvrier, le principe suivant lequel toute loi, avant d’être votee, doit être soumise à la discussion et à l’approbation des Conseils d’usine du pays.
Il est evident que ces derniers constituent le noyau des Conseils ouvriers politiques et que ces noyaux se developperont forcement en Conseils ouvriers complets dans la bataille pour la realisation des mesures revolutionnaires prises par le gouvernement ouvrier.
Mais à quoi [sic] encore un Parlement à côte des Conseils ouvriers ? Pour une raison bien simple. Parce que, en Allemagne, il n’y a aujourd’hui que la minorite de la classe ouvrière qui soit convaincue de la necessite des Soviets, tandis que la majorite croit encore qu’on peut accoler les institutions parlementaires et sovietiques. Seule une experience pratique peut convaincre cette majorite de la necessite de rompre complètement avec les institutions parlementaires.
Si nos camarades russes, après la prise du pouvoir par les Soviets, ont encore convoque l’Assemblee Constituante, c’est uniquement pour prouver pratiquement aux masses qu’on est oblige d’envoyer la Constituante à tous les diables.
Le Parlement et les Soviets existant côte à côte, certes, c’est une contradiction ; mais c’est une contradiction necessaire et inevitable dans une situation où la majorite de la classe ouvrière est assez forte pour prendre en main le pouvoir, mais ne s’est pas encore debarrassee complètement des illusions de la democratie bourgeoise. Cette antinomie sera reglee dans la lutte par la vie et non par un raisonnement abstrait.
Notre première tâche consiste donc à livrer une bataille pour les objectifs que la majorite de la classe ouvrière comprend, et pour lesquels elle est prête à lutter.
La classe ouvrière allemande, dans sa majorite, n’est pas encore preparee à combattre immediatement pour un gouvernement des Conseils. Par contre, il semble que le moment s’approche où elle sera prête à rompre avec les partis bourgeois et à former un gouvernement ouvrier. Et il est ainsi tout indique, par la situation concrète, de mettre à l’ordre du jour, en Allemagne, à titre de revendication provisoire, la formation d’un gouvernement ouvrier.
Duret dit encore, en substance : « Vous ne considerez pas les social-reformistes comme capables de lutter même pour les reformes ; comment pouvez-vous vous attendre à ce qu’ils prennent des mesures revolutionnaires contre la bourgeoisie, etant ministres ? Quelle contradiction ! »
Contradiction, en effet : non pas toutefois contradiction due à notre logique, mais antinomie des faits. Personne ne s’attend à ce que les social-reformistes dirigent et mènent à bonne fin une revolution. Cependant, sous la pression des evenements, sous la pression de leurs propres partisans, ils seront forces de faire avec nous quelques pas qui, par la logique même des faits, conduisent plus loin. Ils s’arrêteront à un certain point : quant au mouvement qu’ils ont aide, bien malgre eux, à declencher, il les depassera, s’il est assez puissant, ou bien ils l’arrêteront, s’il est faible. Telle est l’histoire de tous les debuts revolutionnaires. On ne comprend rien à ces changements brusques et à ces contradictions, si l’on n’envisage que la vie parlementaire quotidienne et les periodes historiques calmes.
Empruntons quelques exemples à l’histoire de la Revolution allemande. Le 9 novembre 1918, à 9 heures du matin, M. Fritz Ebert fut nomme, par le prince Max de Bade, au poste de dernier chancelier du kaiser. Le 10 novembre, il etait dejà « commissaire du peuple » de la Republique allemande.
En l’espace de 24 heures, des millions de bourgeois se transformèrent de royalistes en republicains. Certainement, ce processus de transformation a ses limites, ses lois propres. Les conducteurs ideologiques des masses sont lies, leur action est limitee par leur propre ideologie. Mais les masses qui les suivent voient plus loin, elles s’abandonnent à la pression des faits, elles changent leur ideologie sous l’influence des evenements, c’est-à-dire qu’elles changent leurs chefs.
Pourquoi ne nous bornons-nous pas à exercer notre influence sur les masses elles-mêmes ? La raison en est simple. Les masses sont organisees ou bien elles sont soumises à l’influence des organisations.
Pour declencher le mouvement, on a besoin des chefs des organisations. On en a besoin tout particulièrement dans les periodes où la tension dans les masses est encore faible. On en a besoin d’autant plus que les masses sont mieux organisees. Lorsque, une fois declenche, le mouvement se poursuit, devient plus large et plus profond, il rejette ceux qui veulent l’arrêter.
Telle est la marche de tout mouvement revolutionnaire en croissance. Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’histoire de la Revolution russe, de mars à novembre 1917, pour trouver une confirmation de ce fait.
Il est evident qu’il ne s’agit point, en l’occurrence, des simples pourparlers diplomatiques avec les chefs social-reformistes. Il s’agit de faire valoir à leurs yeux la pression dejà existante des masses de leurs adherents, pour renforcer, d’autre part, le mouvement grâce à l’appui des chefs eux-mêmes. Cette methode n’est point aussi simple que certains de nos camarades français peuvent se l’imaginer. Elle exige une strategie souple, un changement rapide de methodes et elle n’a, malgre cela, rien d’artificiel ; elle constitue, au contraire, une consequence naturelle de la marche des evenements.
Quels chefs doivent être pris en consideration lorsqu’il s’agit d’appliquer cette tactique ? – Nous voulons mettre le proletariat en mouvement. Il faut donc prendre en consideration les dirigeants des organisations politiques ou syndicales qui exercent une influence reelle sur la classe ouvrière et qui s’appuient sur les masses proletariennes.
Duret demande : « Quelle est la différence essentielle entre les partis social-réformistes et bourgeois radicaux ? Ne poursuivent-ils pas, en réalité, la même politique bourgeoise ? N’exercent-ils pas, les uns et les autres, une influence sur les masses prolétariennes ? »
La question qui nous interesse, au point de vue du but à atteindre, est tout simplement celle-ci : sur quelles masses s’appuient les partis, les uns et les autres, au point de vue de l’organisation ? C’est cela qu’il faut distinguer.
Un exemple permettra de nous en rendre compte. Il n’est pas douteux que le Parti allemand du Centre (parti catholique) exerce encore une certaine influence sur les larges masses proletariennes. Toutefois, sa base, au point de vue de l’organisation, n’est pas le proletariat, mais la petite bourgeoisie. Il n’entre donc pas pour nous en ligne de compte. Par contre, la base des syndicats chretiens, au point de vue de l’organisation, est certainement proletarienne. Leur ideologie n’est pas celle de la lutte de classe, elle est bourgeoise, mais elle n’est pas ouvertement anti-proletarienne, comme par exemple celle des syndicats jaunes. Ils comptent donc pour l’application de notre tactique.
Les radicaux-socialistes français sont d’essence petite-bourgeoise non seulement par leur ideologie, mais aussi par la base sur laquelle s’appuie leur organisation. Voici pourquoi le front uni proletarien n’a pas besoin d’eux. Telle est la reponse à la question de Duret sur ce point.
Duret demande encore : « Si l’attitude des social-réformistes, au sein d’un gouvernement ouvrier, est hésitante, paralysante, de quelle façon les communistes, qui participent à un pareil gouvernement, pourront-ils les démasquer ? Et les masses comprendront-elles ? »
Je reponds : les masses proletariennes comprendront beaucoup mieux que n’ont compris jusqu’ici maints chefs communistes. Elles comprendront si l’on se tourne vers elles. Pour ne pas être entraîne à la remorque par les elements social-reformistes du gouvernement, il faut que la Parti soit d’une fermete à toute epreuve, que la fraction parlementaire soit soumise sans reserves à la direction du Parti et, avant tout, que le Parti soit bien organise et compte de nombreux adherents. On ne peut pas tenter une telle experience avec un parti qui n’est ni sûr de lui-même, ni fortement discipline.
D’autre part, la coalition, à la suite de laquelle le Parti Communiste constitue une cellule du « gouvernement ouvrier », n’est pas eternelle. Un gouvernement ouvrier n’est pas un mariage, pas même une liaison : l’amour n’y joue aucun rôle, mais seulement la raison froide et l’interêt.
Duret croit qu’un « gouvernement ouvrier » doit donner forcement un regain de credit au parlementarisme et corrompre parlementairement le Parti Communiste. Quant à ce dernier point, un Parti Communiste qui se laisse corrompre par le parlementarisme, n’est communiste que de nom. Qu’un parti vraiment communiste puisse se servir du Parlement dans l’interêt de la Revolution, cela est prouve aussi bien par l’exemple russe après 1905-1906 que, croyons-nous, par celui du Parti allemand. Le danger existe, sans aucun doute, et ce n’est nullement un accident qu’un certain nombre de chefs parlementaires, en Allemagne, soient passes du communisme au centrisme socialiste. Cependant, c’est l’experience allemande qui prouve le mieux à quel point un Parti Communiste arrive vite et radicalement à bout de ce danger, s’il a la force, l’esprit de decision et la clarte necessaires.
Un gouvernement ouvrier fera-t-il remonter le credit du parlementarisme ? Le camarade Duret, en posant cette question, se croit assurement lui-même très revolutionnaire et très antiparlementaire. Il ne s’aperçoit pas qu’il soutient ainsi que les methodes parlementaires suffisent pour prendre des mesures revolutionnaires dans l’interêt de la classe ouvrière.
De deux choses l’une : ou bien on admet que les methodes de la democratie bourgeoise sont suffisantes pour faire une revolution proletarienne, pour assurer la domination de la classe ouvrière ; c’est alors et seulement alors qu’on peut redouter que le gouvernement ouvrier ne renforce le credit du parlementarisme auprès de la classe ouvrière.
Cette hypothèse est contredite par les experiences de deux revolutions : celle de la Commune de Paris et, sur une plus grand echelle, celle de Russie. En tout cas, elle est contraire à la theorie communiste.
Ou bien on admet que le « gouvernement ouvrier » sera force de recourir aux mesures d’une dictature proletarienne et d’en creer les organes ; et alors, il est clair que les institutions parlementaires non seulement n’y gagneront pas, mais y perdront du credit et, à un certain tournant de la guerre civile, seront jetees par-dessus bord.
Et, ici, revenons au point decisif. La base de tous les malentendus du camarade Duret, c’est le fait qu’il s’imagine qu’un « gouvernement ouvrier » qui puisse [sic] être forme et vivre dans la banalite quotidienne d’une vie parlementaire. Cependant, si un tel gouvernement est cree, il ne peut l’être qu’avec un programme revolutionnaire de transition, – soutenu par les masses proletariennes qui sont capables de le realiser. Un « gouvernement ouvrier » ne signifie point le debut d’une idylle parlementaire, mais le commencement de la guerre civile, l’exasperation de la lutte. La première mesure fondamentale prise par un « gouvernement ouvrier » sera le desarmement de la bourgeoisie et l’armement de la classe ouvrière.
Un gouvernement ouvrier sera oblige immediatement de prendre des mesures tendant à soumettre les entreprises capitalistes au contrôle du gouvernement ouvrier, etc.
Il est evident qu’en face de ces mesures destinees à assurer à la classe ouvrière une position dominante, la bourgeoisie ne se tiendra pas tranquille. Elle utilisera le Parlement comme un champ de bataille pour organiser ses forces. Elle mobilisera, dans ce but, tous les elements de l’appareil gouvernemental dont elle dispose. Elle mettra en mouvement sa presse.
Il va de soi qu’on ne pourra pas abandonner à l’ennemi, dans la guerre civile, les armes de la tribune parlementaire. On ne pourra laisser à cet adversaire aucune place dans l’administration et dans la justice. La logique même du combat obligera à marcher, pas à pas, vers la destruction de l’appareil d’EQtat, democratique et bourgeois, depuis le Parlement jusqu’à la justice, etc., et à construire un EQtat proletarien.
L’avant-garde communiste sait, par raisonnement theorique, que le chemin de la revolution proletarienne passe par la dictature et elle connaît , dans leurs grands traits, les formes et les moyens de cette dictature. Ces conceptions des elements avances de la classe ouvrière facilitent la marche de celle-ci, lui rendent le chemin plus court, mais elles ne peuvent pas remplacer l’experience pratique des masses elles-mêmes.
La democratie bourgeoise ne sera pas vaincue par la critique seule que, nous autres communistes, nous emettons à son egard, toute necessaire et profitable qu’elle soit. Le Parlement et le prejuge parlementaire ne disparaîtront que le jour où la classe ouvrière sera forcee de briser le Parlement afin d’arracher cette arme de la main de l’ennemi.
L’idee principale du « gouvernement ouvrier » est celle que la propagande theorique seule, auprès des masses les plus larges, ne pourra pas conduire à une Republique des Conseils et qu’elle doit être liee avec la pratique du combat.
Toujours est-il que le « gouvernement ouvrier » est quelque chose d’absolument different de ce que le camarade Duret s’imagine. Je crois avoir aussi fourni des preuves que les objections de Duret contre le « gouvernement ouvrier » ne sont qu’en apparence des objections radicales, fondees sur des principes, et qu’en realite, c’est un doute envers les principes mêmes du communisme qui est à leur base. Il m’a semble important de montrer aux camarades français l’incomprehension fondamentale du principe de « gouvernement ouvrier » dont a fait preuve ce camarade, non seulement pour qu’ils comprennent, comme il est necessaire, la tactique du Parti allemand, mais surtout pour que notre Parti frère français puisse s’initier à la tactique du front unique. Car les malentendus, dans le fond, sont les mêmes dans l’une et l’autre question. Berlin, le 13 juin 1922. Première publication dans le Bulletin communiste , 3ème annee, n° 27, 29 juin 1922