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Parti illégal et travail légal
| Auteur·e(s) | Lénine |
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| Écriture | 5 novembre 1912 |
Source : Œuvres complètes de Lénine, Editions du Progrès, 1969, Moscou, Tome 18, pp. 396-406
Le problème du parti illégal et du travail légal des social-démocrates de Russie est un des plus importants de ceux qui se posent au parti. Il a occupé le P.O.S.D.R. pendant toute la période qui a suivi la révolution et il a provoqué des luttes internes extrêmement âpres.
C'est essentiellement à propos de ce problème que se sont opposées les liquidateurs et leurs adversaires, et si la bataille a été aussi acharnée, c'est parce qu'en fait elle se ramenait à la question de savoir si notre vieux parti illégal devait ou non continuer à exister. La conférence du P.O.S.D.R. qui s'est tenue en décembre 1908 a condamné résolument le courant liquidateur et exposé clairement les thèses du parti en matière d'organisation dans une résolution spéciale : le parti est constitué par des cellules social-démocrates illégales qui doivent se créer « des points d'appui pour le travail parmi les masses » en développant le plus largement et avec le plus de ramifications possible tout un réseau de diverses sociétés ouvrières légales.
Ces thèses ont été confirmées par les décisions de la session du Comité central qui s'est tenue en janvier 1910 et par la conférence de Russie de janvier 1912. Elles sont donc on ne peut plus précises, nettes et stables. Et, il n'est peut-être rien qui mette cette stabilité et cette précision autant en évidence que les derniers Cahiers du camarade Plékhanov (n° 16, avril 1912). On sait en effet que sur le problème de la signification de la conférence de janvier, Plékhanov avait adopté une position neutre. Et en restant sur cette position neutre, il a confirmé entièrement les thèses du parti. Dans ses Cahiers il déclare en effet qu'il est impossible de considérer les soi-disant « groupes d'initiative », qui se sont détachés de l'organisation du parti, qui l'ont quittée ou qui se sont formés à côté d'elle, qu'il est impossible de considérer ces groupes comme des organisations du parti sans une décision spéciale d'un congrès ou d'une conférence des cellules illégales. Permettre aux groupes d'initiative de décider eux-mêmes de leur appartenance au parti, écrit Plékhanov, ce serait faire preuve d'anarchisme sur le plan des principes et reviendrait à soutenir et légitimer le courant liquidateur.
Après cette explication apportée par un neutre comme Plékhanov, on aurait pu croire que ce problème qui avait été tant de fois tranché sans aucune équivoque par le parti était définitivement réglé. La résolution de la dernière conférence liquidatrice et les nouvelles tentatives qui y ont été faites pour embrouiller ce qui avait été réglé et obscurcir ce qui avait été éclairci nous oblige pourtant à y revenir une fois de plus.
Sur le parti illégal et le travail légal, c'est-à-dire sur un des problèmes les plus importants, cette conférence a en effet adopté une résolution qui apporte la preuve la plus évidente de son caractère complètement liquidateur, et cela en dépit du Nevski Goloss, qui, dans son numéro 9, affirme le contraire (en adressant les insultes les plus violentes aux antiliquidateurs).
Il nous faut donc analyser cette résolution en détail et, pour ce faire, la citer in extenso.
I[modifier le wikicode]
« Des formes d'organisation à employer pour l'édification du parti » : tel est le titre de la résolution de la conférence liquidatrice. En fait, dès le premier point de cette résolution, on s'aperçoit qu'elle porte non pas sur des « formes » d'édification mais sur la nature du parti (l'ancien parti ou un nouveau ?) qu'il s'agit d'« édifier ». Voici ce premier point :
« Après avoir discuté des formes et des méthodes à employer pour l'édification du parti, la conférence est arrivée à la conclusion suivante :
1) la transformation de la social-démocratie en organisation autonome du prolétariat social-démocratie ne peut être réalisé que dans la mesure où l'organisation social-démocrate s'édifie dans un processus tendant à faire participer les masses ouvrières à toutes les manifestations ouvertes de la vie économique et sociale. »
On voit donc que dès ses premiers mots, cette résolution sur l'édification du parti proclame de façon péremptoire que la transformation de la social-démocratie est une nécessité. Cela est pour le moins étrange. Car s'il est vrai que tous les membres du parti ont le droit de vouloir le « transformer » il n'est pas moins vrai que depuis quatre années la discussion porte sur la question de savoir si on doit ou non conserver l'ancien parti. Cela est de notoriété publique et on ne voit guère comment on pourrait l'ignorer.
La résolution adoptée par le parti en décembre 1908 condamne on ne peut plus clairement les liquidateurs qui veulent « remplacer » l'ancien parti par un nouveau. Et en avril 1912, Plékhanov a posé sans aucune équivoque la question aux défenseurs des « groupes d'initiative » qui avaient l'intention de convoquer (et qui ont convoqué) la conférence liquidatrice : « Notre vieux parti existe-t-il oui ou non ? » (page 8 des Cahiers du Social-Démocrate, n° 16, avril 1912).
On ne peut pas éluder cette question. Elle a été posée par quatre années de lutte et c'est elle qui donne toute son acuité à ce qu'on appelle la « crise » du parti.
Aussi, quand on répond à cette question que « la transformation de la social-démocratie... ne peut se réaliser que... », il est evident qu'il ne s'agit nullement d'une réponse, mais d'un subterfuge vide de sens.
Seuls les membres du vieux parti peuvent parler de la transformation du parti. En éludant la question de savoir si ce vieux parti existe ou non, et en décrétant tout de go (à une conférence à laquelle participent des « groupes d'initiative » sans-parti) que la « transformation est nécessaire », vous ne faites, messieurs, que confirmer entièrement votre appartenance au courant liquidateur ! Et cela devient encore plus évident quand votre résolution en arrive à la conclusion (après un certain nombre de phrases déclamatoires complètement vides de sens sur une « organisation autonome du prolétariat social-démocrate ») que la « transformation ne peut être réalisée que dans la mesure où l'organisation social s'édifie dans un processus tendant à faire participer (qu'il nous soit permis de ne pas nous arrêter sur cette phraséologie ridicule, prétentieuse et stupide)... les masses ouvrières à la vie politique et sociale ouverte » !!
Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que ce sont les grèves et les manifestations que les auteurs de cette étonnante résolution qualifient de « participation des masses à la vie politique et sociale ouverte », etc. ? La logique voudrait qu'il s'agisse bien de cela. Mais s'il en est ainsi, la résolution n'est qu'une vulgaire idiotie, car tout le monde sait bien que l'« organisation s'édifie » même quand il n'y a ni grèves ni manifestations. L'organisation, messieurs les sages, existe de façon constante, alors que ce n'est que de temps en temps que les masses interviennent au grand jour.
Mais ce que messieurs les liquidateurs entendent par « vie politique et sociale ouverte » (remarquez, s'il vous plaît, le style libéralo-bureaucratique de ces gens, on dirait les Rousskié Viédomosti d'il y a 30 ans !), ce ne sont nullement les grèves et les manifestations mais les formes légales du mouvement ouvrier. Très bien. Mais cela n'empêche pas la résolution d'être une sottise, car chez nous, ce n'est pas « seulement » dans le processus tendant à faire participer les masses au mouvement légal que s'« édifie » et que s'est édifiée notre organisation. Tant s'en faut. Tout le monde sait, en effet, que cette organisation existe dans de nombreux endroits où aucune forme d'action légale n'est permise.
On voit donc que le point fondamental de la résolution (l'organisation ne s'édifie « que dans la mesure »...) n'est qu'un vulgaire embrouillamini qui ne vaut rigoureusement rien.
Mais dans cet embrouillamini, on voit clairement, le contenu liquidateur. La transformation n'est possible que dans un processus tendant à faire participer les masses au mouvement légal : voici à quoi se résume en fait le charabia du 1er point. Et cela, ce sont purement et simplement les thèses liquidatrices.
Cela fait quatre ans que le parti dit que notre organisation était constituée par des cellules illégales entourées d'un réseau de sociétés légales comportant le plus de ramifications possible.
Cela fait quatre ans que les liquidateurs nient qu'ils soient les liquidateurs et qu'ils affirment que la transformation n'est possible que dans un processus tendant à la participation des masses au mouvement légal. Quant à la question de savoir de quoi est constitué notre parti, quelle est la nature de notre vieux parti, les liquidateurs l'éludent et ils l'éludent précisément comme doivent le faire les légalistes. C'est bien chanter la même antienne. En avril 1912, Plékhanov demande si notre vieux parti existe ou non, et la conférence liquidatrice répond que « la transformation n'est possible que dans la mesure où les masses participent au mouvement légal » !
C'est là une réponse de légalistes qui se sont détachés du parti. Hier, ces légalistes étaient forts et harcelaient le parti. Aujourd'hui, leur défaite est consommée. Ils sont donc devenus timides et ils en sont réduits à faire appel à l'éloquence pour se défendre.
II[modifier le wikicode]
Le 2e paragraphe de la résolution dit :
« 2) Etant donné les modifications qui sont intervenues dans les conditions économiques et sociales par rapport à la période d'avant la révolution, les organisations illégales du parti qui existent déjà et celles qui sont en train de se constituer doivent s'adapter aux formes et aux méthodes nouvelles du mouvement ouvrier au grand jour. »
Ici encore nous avons affaire à une curieuse logique. Car enfin la seule chose qui découle du fait que les conditions sociales se sont modifiées, c'est qu'il faut modifier les formes de l'organisation, mais rien dans la résolution ne définit la direction de cette modification.
Mais pourquoi les auteurs de la résolution se réfèrent-ils aux « modifications politiques et sociales » ? Il est évident que c'est pour pouvoir apporter une preuve, un argument à l'appui de leur conclusion pratique : à savoir que l'organisation illégale doit s'adapter au mouvement légal. L'ennui, c'est qu'une telle conclusion ne découle absolument pas de la prémisse et qu'on pourrait tout aussi bien dire qu'« étant donné les modifications... », le mouvement légal doit s'adapter au mouvement illégal !
Alors, d'où vient cette confusion ?
Elle vient de ce que les liquidateurs ont peut de dire franchement la vérité et de ce qu'ils s'efforcent de rester assis entre deux chaises.
La vérité, en effet, c'est que l'appréciation qu'ils portent sur le « moment présent » (car pour expliquer comment « les conditions économiques et sociales se sont modifiées », il faut apprécier ce moment) est l'appréciation liquidatrice (de Lévitski, Larine, Iéjov, etc.).
Mais cette appréciation, ils ont peur de l'exposer en toutes lettres. Si peur que la conférence ne s'est même pas décidée à poser la question, et que c'est à mots couverts, en secret, en contrebande qu'elle a développé l'idée qu'il s'était produit certains changements exigeant une « adaptation » de l'organisation illégale au mouvement légal.
Ainsi que la presse du Parti social-démocrate l'a montré à plusieurs reprises, cette thèse ne se différencie en rien de celle du parti cadet. Les cadets reconnaissent que « dans l'ensemble leur parti est contraint de rester illégal » (voir le paragraphe 3 de la résolution des liquidateurs) et que, du fait que les conditions se sont modifiées, il doit s'adapter au mouvement légal. Pour eux, cela est suffisant. Ils considèrent en effet que l'interdiction de leur parti rendu de ce fait illégal est un phénomène fortuit, « anormal », qu'elle est un vestige du passé et que l'essentiel, le principal, est leur travail légal. Il faut dire que cette thèse découle logiquement de l'appréciation du « moment présent » dont monsieur Grédeskoul s'est fait l'interprète et selon laquelle la Russie a besoin non pas d'une révolution, mais uniquement d'« un travail constitutionnel ».
L'illégalité du parti cadet est un phénomène fortuit, une exception dans le système général du « travail constitutionnel », et il en découle logiquement que l'organisation illégale doit s'« adapter au mouvement légal ». Voilà comment les cadets voient les choses.
Le Parti social-démocrate, quant à lui, a une opinion toute différente. La conclusion fondamentale de l'appréciation qu'il porte sur le moment présent, c'est que la révolution est nécessaire et qu'elle approche. Les formes du développement qui mène à la révolution se sont modifiées, mais les objectifs de la révolution restent inchangés. De ce fait, nous tirons la conclusion que les formes de l'organisation doivent changer, que la forme des « cellules » doit être moins rigide, que souvent le développement de ces cellules se fera non pas directement mais par l'intermédiaire des organisations « périphériques » légales, etc. Tout cela a été répété à maintes reprises dans les résolutions du parti.
Mais ceux qui parlent d'« adapter » l'organisation illégale au mouvement légal donnent une idée absolument erronée de cette modification des formes de l'organisation illégale. Ce n'est pas cela du tout ! Les organisations légales sont des points d'appui permettant de faire pénétrer dans les masses les idées des cellules illégales. Cela signifie que nous modifions la forme de notre influence afin de donner à cette influence une direction illégale.
On voit donc que ce suit s'« adapte » au mouvement légal, c'est la forme de l'organisation, mais que pour le contenu du travail du parti, c'est l'activité légale qui s'« adapte » aux idées illégales (et c'est de là, soit dit entre parenthèses, que vient toute la lutte menée par le « menchevisme révolutionnaire » contre les liquidateurs).
On peut maintenant juger de la profondeur de pensée des liquidateurs : ils acceptent bien la première prémisse (celle qui porte sur la forme du travail), mais ils oublient la seconde (qui porte sur le contenu) !! Et ils accompagnent leurs sophismes de cadets du raisonnement suivant sur les formes d'organisation à employer pour l'édification du parti.
« Il faut édifier le parti, proclament-ils, de façon à le transformer en entraînant les masses dans le mouvement légal et à adapter notre organisation illégale à ce mouvement. »
La question se pose : cela a-t-il le moindre rapport avec la réponse du parti (édifier le parti, c'est multiplier les cellules illégales en les entourant de points d'appui légaux) ?
N'est-ce pas plutôt une tentative visant à légitimer une voie de sortie pour les liquidateurs puisqu'on ne fait que répéter les thèses des cadets et des socialistes-populistes ? Lorsqu'il voulait fonder son « parti légal », en août 1906, c'était précisément ces idées que défendait le socialiste-populiste Péchékhonov (voir à ce sujet le Rousskoïé Bogatstvo, 1906, n° 8 et l'article « Les mencheviks socialistes-révolutionnaires » dans le numéro 4 du Prolétari)[1].
III[modifier le wikicode]
Passons au paragraphe III :
« 3) Le Parti social-démocrate doit, dès aujourd'hui, alors que dans l'ensemble son organisation est contrainte de rester illégale, s'efforcer de réaliser ouvertement certaines parties de son activité et de créer dans ce but des institutions adéquates. »
Nous avons déjà indiqué que de la première à la dernière ligne ce passage dressait un tableau absolument exact du parti cadet. Le terme de « social-démocratie » n'a rien à faire ici.
Le parti cadet, en effet, est « contraint » « dans son ensemble » de rester illégal, et ses membres s'efforcent effectivement de réaliser ouvertement « dès aujourd'hui » (alors que grâce à Dieu, nous avons une constitution...) certaines parties de leur activité.
La prémisse qui affleure implicitement à chaque ligne de la résolution liquidatrice, c'est que « le travail constitutionnel » est sinon le seul possible, du moins le plus important, le plus stable, le plus essentiel.
C'est là la thèse de la politique ouvrière libérale, et elle est fondamentalement erronée.
Ce qui est illégal, en effet, ce n'est pas seulement le Parti social-démocrate « dans son ensemble », mais chacune de ses cellules et ― c'est là le point essentiel ― tout le contenu de son travail qui prône et qui prépare la révolution. C'est pourquoi le travail le plus ouvert d'une cellule social-démocrate, cette cellule fût-elle la plus « ouverte » qui soit, ne peut être considéré comme « une réalisation ouverte de l'activité du parti ».
Prenons par exemple la période qui va de 1907 à 1912. Pendant cette période, la cellule la plus « ouverte » du P.O.S.D.R. a été son groupe parlementaire. Ce groupe pouvait parler beaucoup plus « ouvertement » que toutes nos autres organisations. Lui seul était légal et il avait la possibilité d'intervenir légalement sur un très grand nombre de problèmes.
Mais pas sur tous ! C'est ainsi en particulier qu'il ne pouvait intervenir sur bien des aspects du travail effectué par son parti et devait garder le silence sur les points essentiels. On voit donc que même en ce qui concerne le groupe social-démocrate à la Douma, le paragraphe 3 de la résolution liquidatrice est inacceptable. Quant aux « autres parties » de notre activité, il ne vaut même pas la peine d'en parler.
Les liquidateurs sont partisans d'un parti légal « ouvert », mais aujourd'hui, ils ont peur de le dire franchement (les ouvriers les obligent à avoir peur, Trotski leur conseille d'avoir peur). Ils ont donc décidé d'exposer les mêmes thèses en les masquant quelque peu. Ils ne disent rien de la légalisation du parti. Ils se contentent de prôner une légalisation fragmentaire.
En avril 1912, Plékhanov (dont on connaît pourtant la position neutre) a déclaré aux liquidateurs que les « groupes d'initiative » formés par des légalistes détachés étaient des groupes antiparti. Ces groupes, répondent les liquidateurs, permettent de réaliser ouvertement certaines parties du « travail de parti », ils constituent ce « mouvement légal » auquel le parti illégal doit s'« adapter », ils sont cette « vie ouverte » à laquelle il faut faire participer les masses, cette participation étant le critère et le gage de la transformation « nécessaire » du parti.
Si ce que racontent les liquidateurs est vrai, s'il est vrai que de pareilles thèses ont été approuvées par les « antiliquidateurs » amenés par Trotski, on se demande où ils ont été chercher de tels niais.
IV[modifier le wikicode]
Voyons enfin le dernier paragraphe :
« 4) Comme elle n'a pas la possibilité, par suite de sa situation illégale, d'entraîner dans ses rangs les larges sections d'ouvriers qu'elle influence, l'organisation social-démocrate doit se lier avec les couches politiquement actives du prolétariat et, par leur intermédiaires, avec les masses. Pour ce faire, elle doit créer diverses organisations politiques légales ou illégales aux formes plus ou moins rigides, et divers paravents légaux (comités électoraux, sociétés politiques fondées sur la base de la loi du 4 mars, compagnies municipales, sociétés de lutte contre la vie chère, etc.). Elle doit également coordonner son action avec celle des organisations ouvrières apolitiques. »
Cette fois encore, les thèses qui se dissimulent derrière ces raisonnements impeccables sur les « paravents » légaux sont non seulement discutables mais franchement liquidatrices.
La formation d'organisations politiques légales, en effet, c'est précisément ce que prônaient Lévtiski et N. R-kov, c'est précisément une légalisation fragmentaire du parti.
Cela fait déjà plus d'un ans que nous tenons aux liquidateurs le langage suivant : assez de paroles, fondez-les donc, vos « sociétés politiques légales », vos « sociétés de défense des intérêts de la classe ouvrière », etc. Assez de phrases ! Mettez-vous à l'œuvre !
Seulement voilà, ils ne peuvent pas se mettre à l'œuvre, car dans la Russie actuelle, il est impossible de réaliser les utopies libérales. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est défendre de façon détournée leurs « groupes d'initiative » dont l'activité si féconde consiste à se répandre en parlotes, à s'adresser mutuellement des encouragements, et à rédiger des propositions sur les « organisations politiques légales ».
Quand la résolution déclare officiellement que les organisations illégales doivent « se lier avec les couches politiquement actives du prolétariat et, par leur intermédiaire, avec les masses », c'est bien d'une défense des « groupes d'initiative » qu'il s'agit !! Cela signifie précisément que les « couches politiquement actives » se trouvent à l'extérieur des cellules ! Y a-t-il la moindre différence entre cette prise de position et les phrases bien connues selon lesquelles tout ce qui est actif aurait quitté le « parti sclérosé » pour les « groupes d'initiative » ?
Ce que la Nacha Zaria et le Diélo Jizni[2] disaient ouvertement en insultant le parti illégal, Trotski et les liquidateurs exclus du parti le reprennent à leur compte, mais plus « prudemment » : c'est précisément à l'extérieur du parti illégal étroit que se trouvent les éléments les « plus actifs », proclament-ils, et c'est avec ces éléments qu'il faut se « lier ». C'est nous, les liquidateurs détachés, qui constituons ces éléments actifs. Et c'est par notre intermédiaire que le « parti » doit se lier avec les masses.
Sur ce problème, la position du parti est on ne peut plus claire : pour diriger la lutte économique, les cellules social-démocrates doivent collaborer avec les syndicats, avec les cellules s.-d. existant à l'intérieur de ces syndicats, avec certains militants du mouvement syndical. De même, dans la campagne électorale, il faut que les syndicats marchent avec le parti. Cela est clair, net et compréhensible. Au lieu de cela, les liquidateurs prônent une vague « coordination » de l'activité du parti en général avec les unions « apolitiques », c'est-à-dire sans-parti.
P. Axelrod a fourni à Trotski les idées du liquidationnisme. Et, après les amères déconvenues essuyées par Axelrod à la Nacha Zaria, Trotski lui a donné le conseil de dissimuler ses idées derrière un paravent de belles phrases.
Toute cette compagnie ne trompera personne. La conférence liquidatrice apprendra aux ouvriers à être plus attentifs au sens des phrases dilatoires. Mais à part cette « science » amère, inintéressante, mais passablement utile dans une société bourgeoise, elle ne leur apportera rien.
Nous avons suffisamment étudié les idées de la politique libérale ouvrière, quand Lévitski les présentait dans leurs habits de tous les jours, pour qu'il soit facile de les reconnaître quand Trotski nous les présente en habit de parade chamarré.
Quant aux idées du parti sur l'organisation illégale et son travail légal, elles s'imposent face à ces mascarades hypocrites avec une force sans cesse accrue.