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Special pages :
Notes critiques sur le traité d'économie politique d'Adolph Wagner
NOTES MARGINALES POUR LE « TRAITÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE » D’ADOLPHE WAGNER[1]
par
Karl Marx
[…] Valeur. D’après M. Wagner, la théorie de la valeur de Marx est « la pierre angulaire de son système socialiste » (p. 45).
Comme je n’ai jamais construit un « système socialiste », cela est une fantaisie de Wagner, Schæffle, e tutti quanti [et autres]. Plus loin : Marx trouve la substance sociale commune de la seule valeur qu’il considère ici, à savoir de la valeur d’échange, dans le travail, la mesure de la grandeur de la valeur d’échange, dans le temps de travail socialement nécessaire, etc…
Je ne parle nulle part de « la substance sociale commune de la valeur d’échange », je dis, au contraire, que les valeurs d’échange (la valeur d’échange n’existe que s’il y en a au moins deux) représentent quelque chose qui leur est commun, qui « est tout à fait indépendant de leurs valeurs d’usage, i. e. [c’est-à-dire] ici de leur forme naturelle », c’est-à-dire la « valeur ». C’est ainsi qu’il est dit [au Ier livre du Capital] :
Le quelque chose de commun qui se montre dans le rapport d’échange ou dans la valeur d’échange des marchandises est par conséquent leur valeur. La suite de notre analyse nous ramènera à la valeur d’échange, comme étant le mode d’expression nécessaire ou la forme phénoménale de la valeur, laquelle doit toutefois être considérée d’abord comme indépendante de cette forme[2].
Je ne dis donc pas que « la substance sociale commune de la valeur d’échange » est le « travail »; et comme je traite tout au long, dans une partie spéciale, « la forme de la valeur », c’est-à-dire le développement de la valeur d’échange, il serait étrange de réduire cette « forme » à « une substance sociale commune », le travail. M. Wagner oublie aussi que ce ne sont ni la « valeur », ni la « valeur d’échange » qui figurent chez moi comme sujets, mais la marchandise.
Plus loin :
Mais cette théorie [de Marx] n’est pas tant une théorie générale de la valeur, qu’une théorie du coût, se rattachant à Ricardo (ibid).
M. Wagner aurait pu apprendre à connaître, aussi bien en lisant le Capital que Yécrit de M. Sieber (s’il savait le russe), la différence qu’il y a entre moi et Ricardo, lequel en effet ne s’est occupé du travail qu’en tant que mesure de la grandeur de la valeur, et par suite, ne put trouver de lien entre sa théorie de la valeur et la nature de l’argent.
Lorsque M. Wagner dit que cela « n’est pas une théorie générale de la valeur », il a tout à fait raison de son point de vue, puisqu’il comprend par théorie générale de la valeur des subtilisations sur le terme « valeur », ce qui lui permet d’en rester à la confusion traditionnelle chez les professeurs allemands, entre « valeur d’usage » et « valeur », les deux ayant en commun le mot « valeur ». Quant à ce qu’il dit plus loin, à savoir qu’il s’agit chez moi « d’une théorie du coût », ou bien cela revient à une tautologie : il est alors question des marchandises en tant qu’elles sont valeurs [c’est-à-dire] qu’elles ne représentent que quelque chose de social, du travail humain[3] et en tant que précisément la grandeur de la valeur d’une marchandise est selon moi déterminée par le quantum de travail qu’elle contient, etc…, donc par la masse de travail normal que coûte la production d’un objet, etc…[4], et voilà M. Wagner qui prouve le contraire, en assurant que cette théorie, etc…, de la valeur n’est pas « générale », parce que cela n’est pas l’opinion de M. Wagner sur « la théorie générale de la valeur ». Ou bien, il dit quelque chose de faux : Ricardo (après Smith) confond valeur et coût de production ; j’ai déjà, dans Contribution à la critique de l’économie politique, et de même dans des notes pour le Capital indiqué expressément que valeurs et prix de production (ces derniers ne faisant qu’exprimer en monnaie les frais de la production) ne coïncident pas. Pourquoi pas ? C’est ce que je n’ai pas dit à M. Wagner[5].
En outre, « j’use d’arbitraire », parce que je me borne à ramener le coût au soi-disant travail fourni [travail pris dans son sens le plus étroit]. Cela suppose toujours qu’on ait démontré d’abord, [ce qui manque jusqu’ici] que le procès de production peut se faire sans aucune entremise de l’activité des capitalistes privés formant et utilisant des capitaux (p. 45).
Au lieu de m’imposer des preuves pour l’avenir, M. Wagner eût dû commencer inversement par prouver qu’un procès de production social, pour ne pas parler du procès de production en général, n'existe pas dans les très nombreuses communautés qui existaient avant que les capitalistes privés n’eussent fait leur apparition (communauté de l’Inde ancienne, communauté familiale chez les Slaves méridionaux, etc…). D’ailleurs tout ce que Wagner pouvait dire, c’est : l’exploitation de la classe ouvrière par la classe capitaliste, bref, le caractère de la production capitaliste, telle que la décrit Marx, est juste, mais il se trompe en considérant cette économie comme transitoire, tandis qu’inversement, Aristote se trompait lorsqu’il considérait l’économie fondée sur l’esclavage comme n’étant pas transitoire.
Tant qu’une pareille démonstration n’aura pas été faite [alias [en d’autres termes] tant qu’existe l’économie capitaliste], l’intérêt du capital sera de fait aussi [ici perce le sabot ou l’oreille de l’âne] un « élément constitutif » de la valeur, et non pas, comme le comprennent les socialistes, une soustraction, un « vol » au détriment de l’ouvrier. P. 45, 46.
Ce que veut dire une soustraction au détriment de l’ouvrier, lui soustraire sa peau ou quoi, n’est guère compréhensible. Or, dans mon exposé, « l’intérêt du capital » n’est en effet pas non plus uniquement « une soustraction, un vol au détriment de l’ouvrier ». Je représente au contraire le capitaliste comme agent nécessaire à la production capitaliste, et je montre tout au long qu’il ne se borne pas à « soustraire » ou à « voler », mais qu’il extorque la production de la plus-value, et donc qu’il commence par aider à créer ce qui sera à soustraire ; je montre aussi d’une façon détaillée, que même dans l’échange de marchandises, on n’échange que des équivalents, que le capitaliste — dès qu’il paierait à l’ouvrier la valeur réelle de son travail — serait absolument dans son droit — c’est-à-dire le droit correspondant à ce mode de production — en gagnant la plus-value.
Mais tout cela fait du « gain du capital » non pas l’élément « constitutif » de la valeur, mais prouve seulement que dans la valeur non « constituée » par le travail du capitaliste, il y a une part qu’il peut s’octroyer, « selon le droit », c’est-à-dire sans enfreindre le droit correspondant à l’échange des marchandises.
Cette théorie considère trop exclusivement un seul élément dans la détermination de la valeur, [1. tautologie. La théorie est fausse, parce que Wagner a une « théorie générale de la valeur », qui ne s’accorde pas avec elle, et que sa « valeur » à lui est déterminée par la « valeur d’usage », comme le prouvent notamment les traitements des professeurs. 2. M. Wagner substitue à la valeur « les cours variables du marché », ou le prix de la marchandise qui en diffère, ce qui est quelque chose de très différent de la valeur] le coût, et néglige l’autre à savoir l'usage, l’utilité, le besoin. [Cela veut dire qu’elle ne confond pas « valeur » et valeur d’usage, ce qui cependant serait si souhaitable pour des brouillons invétérés comme Wagner.] Non seulement elle ne répond pas à la formation de la valeur d’échange, dans la circulation de nos jours[6] [il veut dire la formation du prix qui ne change absolument rien à la détermination de la valeur : d’ailleurs dans la circulation de nos jours, il y a certainly [certainement] comme le sait tout spéculateur, falsificateur de marchandises, etc… formation de valeur d’échange, laquelle n’a rien de commun avec information de la valeur, mais a l’œil ouvert sur les valeurs « formées » ; d’ailleurs, par exemple dans la détermination de la valeur de la force de travail, je pars de la supposition que sa valeur est vraiment payée, ce qui défait n’est pas le cas. M. Schæffle dans Capitalisme, etc…, pense que cela est « généreux », ou quelque chose de semblable. Ce qu’il a en vue n’est rien d’autre qu’un procédé scientifique nécessaire], mais ainsi que le démontre fort bien et péremptoirement [!] Schaeffle, dans la Quintessence, et surtout dans le Sozialer Ktirper, elle ne répond pas même à l’état de choses qui s’établirait forcément dans l’état social imaginé par Marx.
[Ainsi donc l’état social que M. Schæffle a eu la gentillesse d’établir pour moi, se change en « l’état social de Marx » (et non pas dans l’état social faussement attribué à Marx dans l’hypothèse de Schæffle).]
Cela peut être démontré d’une façon frappante notamment par l’exemple typique des céréales, etc…, dont la valeur d’échange, tandis que les récoltes sont très variables — le besoin en étant à peu près constant — devra être réglée autrement que par le simple coût, même dans le système des « taxes sociales ».
Autant d’inepties que de paroles ! Premièrement, je n’ai parlé nulle part de « taxes sociales », et dans l’étude sur la valeur, je n’ai affaire qu’à des conditions bourgeoises, et non à l’application de cette théorie de la valeur à « l’état social », qui n’a même pas été créé par moi, mais construit par M. Schæffle pour moi.
Deuxièmement : lorsqu’après une mauvaise récolte, le prix des céréales monte, c’est d’abord sa valeur [la valeur de la récolte] qui monte, parce qu’une masse de travail donnée est réalisée dans moins de produits-, et ensuite c’est son prix de vente qui monte bien davantage encore. Qu’est-ce que cela peut bien avoir affaire avec ma théorie de la valeur ? Dans la mesure où le blé[7] est vendu au-dessus de sa valeur, dans la même mesure, d’autres marchandises, que ce soit en nature ou sous forme d’argent, sont vendues au-dessous de leur valeur — et cela, même si leur propre prix-argent ne baisse pas. La somme de valeur reste la même, même si l’expression de toute cette somme de valeur s’était accrue en argent, et que, par conséquent, d’après M. Wagner, la somme de la « valeur d’échange » s’était accrue. Cela est le cas, si nous admettons que la baisse de prix dans la somme des autres marchandises ne couvrait pas le prix dépassant la valeur (l’excédent de prix) du blé. Mais dans ce cas, la valeur d’échange de l’argent a pro tanto [pour autant] baissé au-dessous de sa valeur ; la somme de valeur de toutes les marchandises reste identique, même dans son expression monétaire, quand l’argent est compté parmi les marchandises. Ensuite : La hausse du prix du blé au-dessus de la hausse de sa valeur, provoquée par la mauvaise récolte, sera en tout cas, dans « l’état social », moindre qu’elle ne l’est aujourd’hui, sous le règne des agioteurs sur le blé. Mais alors « l’état social » organisera d’emblée la production, de façon à ce que l’approvisionnement annuel des céréales dépende seulement dans une proportion tout à fait infime des intempéries. Le montant de la production — l’approvisionnement et la consommation y seront réglés rationnellement. Enfin, qu’est-ce que la « taxe sociale » peut prouver pour ou contre ma théorie de la valeur, en admettant que les fantaisies de Schæffle à ce sujet soient réalisées ? Aussi peu que les mesures coercitives prises en cas de pénurie de vivres à bord d’un bateau ou dans une forteresse, ou pendant la Révolution française, etc…, lesquelles ne se soucient pas de la valeur. Et quelle terrible chose pour 1’ « état social » que d’enfreindre les lois sur la valeur de l’ « Etat capitaliste »[8], et par conséquent aussi la théorie de la valeur ! (Tout cela n’est que fatras enfantin !)
Le même Wagner cite avec complaisance un passage de Rau : pour éviter tout malentendu, il est nécessaire de bien établir ce qu’il faut entendre par le mot Werth [valeur comme telle], et il est conforme à l’usage de la langue allemande de choisir à cet effet, la valeur d’usage (p. 46).
[…] Autre déduction de la notion de valeur :
Valeur subjective et valeur objective. Subjective : et dans le sens le plus général, la valeur du bien —
L’importance qui est attribuée au bien à cause de son utilité… n'est pas une propriété intrinsèque des choses quand même elle suppose objectivement l’utilité d’une chose (donc, suppose la valeur « objective »)… Dans le sens objectif, on comprend alors aussi par « valeur » ou « valeurs », les biens mêmes ayant me valeur, de sorte que [ !] bien et valeur, biens et valeurs deviennent des idées essentiellement identiques (p. 46, 47).
Après que Wagner a donné, sans plus, le titre de « valeur en général », de « notion de valeur » à ce qu’on dénomme d’ordinaire « valeur d’usage », il ne peut manquer de se rappeler que « la valeur ainsi [tiens ! tiens !] déduite [!] » est la « valeur d’usage ».
Après avoir donné à la valeur d’usage le titre de « notion de valeur » en général, de « valeur en soi », il découvre, après coup, qu’il ne fait que radoter sur la « valeur d’usage », qu’il l’a donc « déduite », car aujourd’hui radoter et déduire sont « essentiellement » des opérations identiques de la pensée. Mais à cette occasion, nous apprenons les dessous subjectifs de la confusion d’idées jusqu’ici « objective », chez le nommé Wagner. Il nous révèle notamment un secret. Rodbertus lui avait décrit une lettre que l’on peut lire dans la Tübinger Zeitschrift de 1878, où il [Rodbertus] explique pourquoi « il n’y a qu’une espèce de valeur », la valeur d’usage.
Moi [Wagner] je me suis rallié à cette conception, dont j’avais déjà signalé l’importance dans ma première édition.
Sur ce que dit Rodbertus, Wagner écrit :
Cela est parfaitement juste et nous force à modifier l’illogique « division » consacrée de la « valeur » en valeur d’usage et en valeur d’échange, division que j’avais encore adoptée dans le paragraphe 35 de ma première édition (p. 48, note 4).
Et le même Wagner me range parmi les gens (p. 49, note) qui pensent que la « valeur d’usage » doit être tout à fait « écartée de la science ».
Tout cela, c’est du « radotage ». De prime abord, je ne pars pas de « notions », donc pas non plus de la « notion de valeur », et je n’ai par conséquent pas à la « diviser » en aucune manière.
Ce dont je pars, c’est de la forme sociale la plus simple, sous laquelle se présente dans la société actuelle, le produit du travail, et c’est la « marchandise ». C’est elle que j’analyse, et, je le fais d’abord sous la forme sous laquelle elle apparaît. Or, je trouve ici, qu’elle est d’une part sous sa forme naturelle un objet d’usage, alias [en d’autres mots] une valeur d’usage, d’autre part, le soutien de valeur d’échange, et sous ce point de vue, « valeur d’échange » elle-même. Une analyse plus poussée de cette dernière me montre que la valeur d’échange n’est qu’une « forme phénoménale », une représentation caractérisée de la valeur contenue dans la marchandise, et ensuite je passe à l’analyse de la valeur.
C’est pourquoi il est dit expressément p. 36 de la seconde édition[9].
Si donc, au début de ce chapitre, pour suivre la manière de parler ordinaire, nous avons dit : la marchandise est valeur d’usage et valeur d’échange, pris à la lettre, c’était faux. La marchandise est valeur d’usage ou objet d’utilité, et « valeur ». Elle se présente pour ce qu’elle est, chose double, dès que sa valeur possède une forme phénoménale propre, distincte de sa forme naturelle, celle de « valeur d’échange », etc…
Je ne divise donc pas la valeur en valeur d’usage et valeur d’échange, comme termes opposés, dans lesquels l’abstrait, la « valeur » se scinderait, mais :je dis que la forme sociale concrète du produit du travail, la « marchandise » est, d’une part, valeur d’usage, et, d’autre part, « valeur », non valeur d’échange, car cette dernière n’est qu’une forme phénoménale, et non le propre contenu de la marchandise.
Deuxièmement : seul un vir obscurus [homme obscur] qui n’a pas compris un traître mot au Capital peut conclure que : parce que Marx, dans une note de la première édition du Capital rejette en général tout le galimatias professoral allemand sur la « valeur d’usage » et réfère les lecteurs qui veulent savoir quelque chose des vraies valeurs d’usage aux guides « de la science et de la routine commerciales »,[10]la valeur d’usage ne joue aucun rôle chez lui. Elle ne joue naturellement pas le rôle de son contraire, la « valeur », qui n’a rien de commun avec elle, si ce n’est que le mot « valeur » se retrouve dans l’expression « valeur d’usage ». Il eût aussi bien pu dire que la « valeur d’échange » est écartée par moi, parce qu’elle n’est que forme d’apparition de la valeur mais non la « valeur », puisque, chez moi, la « valeur » d’une marchandise n’est ni sa valeur d’usage ni sa valeur d’échange.
Lorsqu’il s’agit d’analyser la « marchandise » — la donnée concrète économique la plus simple — il faut écarter tous les rapports qui n’ont rien à faire avec l’objet présent de l’analyse.
Ce qu’il y a à dire de la marchandise, en tant qu’elle est valeur d’usage, je ne l’ai donc dit qu’en quelques lignes, mais j’ai mis en lumière d’autre part, la forme caractéristique sous laquelle paraît ici la valeur d’usage — le produit du travail. Voici ce que j’ai dit :
Une chose[11] peut être utile et produit du travail humain, sans être marchandise. Quiconque, par son produit, satisfait ses propres besoins, crée, il est vrai, une valeur d’usage, mais non pas une marchandise.
Pour produire des marchandises, il doit non seulement produire des valeurs d’usage, mais des valeurs d’usage pour d’autres, des valeurs d’usage sociales (P- 15)[12] -
(Voilà la source de « la valeur d’usage sociale » chez Rodbertus.)
Par-là, la valeur d’usage elle-même, — en tant que valeur d’usage de la « marchandise » — a un caractère historique et spécifique. Dans les communautés primitives, où par exemple les moyens de subsistance sont produits en commun et répartis entre les membres de la communauté, le produit collectif satisfait directement les besoins d’existence de chacun d’eux, de chaque producteur. Le caractère social du produit, de la valeur d’usage se trouve ici dans ce qu’il représente de commun à tous.
(M. Rodbertus, par contre, transforme la « valeur d’usage sociale » de la marchandise en « valeur d’usage sociale » en soi, donc il radote.)
Ce serait donc, comme il ressort de ce qui précède, du pur radotage, si en analysant la marchandise — vu qu’elle se présente d’une part comme valeur d’usage ou comme bien, et de l’autre, comme « valeur », — on profitait de l’occasion pour « raccrocher » toutes sortes de réflexions banales sur les valeurs d’usage ou biens, qui ne tombent pas dans le domaine du monde des valeurs, comme « biens d’Etat », « biens des communes », etc…, ainsi que le font Wagner et in general [en général] le professeur allemand, ou sur le bien « santé », etc… Là où l’Etat lui-même est producteur capitaliste, comme dans l’exploitation des mines, des forêts, etc…, son produit est une « marchandise », et possède en conséquence le caractère spécifique de toute autre marchandise.
D’autre part, le vir obscurus n’a pas vu que déjà dans l’analyse de la marchandise, on n’en reste pas chez moi aux deux formes sous lesquelles elle se présente, mais qu’on continue immédiatement, en disant : que dans cette dualité de la marchandise se reflète le caractère double du travail, dont elle est le produit, à savoir : le travail utile i. e. [c’est-à-dire] les modes concrets des travaux qui créent des valeurs d’usage, et le travail abstrait, le travail comme dépense de la force de travail, peu importe de quelle façon « utile », elle est dépensée (c’est sur quoi repose plus tard l’exposé du procès de production) ; ensuite, que dans le développement de la forme-valeur de la marchandise, et en dernière instance, de sa forme-argent, donc de l’argent, la valeur d’une marchandise s’exprime dans la valeur d’usage de l’autre marchandise, c’est-à-dire dans la forme naturelle de l’autre marchandise ; enfin, que la plus-value elle-même se déduit d’une valeur d’usage de la force de travail, qui lui est « spécifique » et lui appartient en propre, etc…, etc… ; et que, par conséquent, chez moi la valeur d’usage joue un rôle tout autrement important que dans l’ancienne économie, mais qu’elle n’est jamais, nota bene [remarquez-le bien] prise en considération, que là où une telle considération ressort de l’analyse d’une formation économique donnée, et non pas d’une ratiocination sur le terme ou les notions « valeur d’usage » et « valeur ».
C'est pourquoi, dans l’analyse de la marchandise, même pas à l’occasion de sa « valeur d’usage », on ne trouve rattachées immédiatement des définitions du « capital », vu qu’elles seraient un non-sens, tant que nous n’en sommes encore qu’à l’analyse des éléments de la marchandise.
Mais ce qui ennuie (choque) M. Wagner, dans mon exposé, c’est que je ne lui fais pas le plaisir de suivre la « tendance » professorale, patriotique, et de confondre valeur d’usage et valeur.
Bien que la société allemande soit très post festum [retardataire], elle est cependant sortie peu à peu de l’économie naturelle féodale, ou tout au moins de la prépondérance de cette économie, pour en arriver à l’économie capitaliste. Mais les professeurs — ce qui est naturel — ont toujours encore un pied dans la vieille fange. De serfs attachés aux propriétaires terriens, ils se sont transformés en serfs de l’Etat, vulgo [vulgairement dit] du gouvernement. C’est pourquoi notre vir obscurus, qui n’a même pas remarqué que ma méthode analytique, ne partant pas de l’homme, mais de la période sociale économiquement donnée, n’a rien de commun avec la méthode d’accrochage de notions des professeurs allemands (« avec des paroles, on peut lutter à merveille, avec des paroles, construire un système »[13]), c’est pourquoi notre homme dit :
En conformité de vues avec Rodbertus, et même avec Schaeffle, je considère comme le principal caractère de toute valeur, celui d’être une valeur d'usage, et je fais d’autant mieux ressortir l’estimation de la valeur d’usage que l’estimation de la valeur d’échange n’est pas du tout applicable à un grand nombre de biens économiques des plus importants. [Qu’est-ce qui le force à chercher des excuses ? C’est donc que comme serviteur de l’État, il se sent forcé de confondre valeur d’usage et valeur !] Ainsi elle ne l’est pas à l’Etat ni à ses services ni à d’autres rapports économiques collectifs (p.49, note ).
(Cela fait penser aux anciens chimistes avant l’avènement de la science de la chimie : parce que le beurre comestible qui dans la vie ordinaire s’appelle beurre tout court (d’après la coutume nordique) a une consistance molle, ils ont appelé sucs butyreux des chlorures, le beurre de zinc, le beurre d'antimoine, etc… et donc maintenu, pour parler comme le vir obscurus, le caractère butyreux de tous les chlorures, de tous [les alliages] de zinc et d’antimoine.) Voilà en quoi se résume le bavardage : parce que certains biens, notamment l’Etat (l’Etat, un bien !) et ses « fonctions » (notamment les fonctions de ses professeurs d’économie politique) ne sont pas des « marchandises », il faut que les caractères opposés contenus dans les « marchandises » mêmes (qui apparaissent expressément aussi sous la forme-marchandise du produit du travail) soient confondus l’un avec l’autre ! Il serait d’ailleurs difficile de soutenir, en parlant de Wagner et consorts, qu’ils gagnent plus, lorsque leurs « services » sont « évalués » d’après leur « valeur d’usage », d’après leur « contenu » réel, que lorsqu’ils le sont d’après leur « traitement » (fixé par des « taxes sociales » ainsi que le dit Wagner), c’est-à-dire d’après ce qu’on les paye[14].
(La seule chose claire que l’on retrouve au fond de ce charabia allemand, consiste en ceci, que si on s’en tient au sens verbal, les mots : valeur et dignité ont tout d’abord été appliqués aux choses utiles elles-mêmes, qui existaient depuis longtemps, même en tant que produits du travail, avant de devenir « marchandises ». Mais cela a autant affaire avec la définition scientifique de la « valeur-marchandise », que le fait que le mot sel chez les anciens avait d’abord été appliqué au sel comestible, et que par conséquent le sucre, lui aussi, etc…, (figurent depuis Pline comme des variétés de sel, (indeed [en effet] tous les corps solides incolores, solubles dans l’eau et ayant un goût particulier) et que par conséquent la catégorie chimique « sel » comprend le sucre, etc…)
Passons maintenant au garant du vir obscurus, Rodbertus (dont l’étude dans la Tübinger Zeitschrift est à voir). Le passage que le vir obscurus cite de Rodbertus est le suivant :
Dans le texte, p. 48 :
Il n’y a qu'une espèce de valeur, et c’est la valeur d’usage. Celle-ci peut être ou bien valeur d’usage individuelle ou bien valeur d’usage sociale.
La première se trouve être en face de l’individu et de ses besoins, en dehors de toute considération d’organisation sociale.
(Cela déjà du charabia. Voyez : le Capital, p. 171[15] où il est dit par contre que le procès de travail comme activité qui a pour but la production de valeurs d’usage, etc… » est également commun aux formes sociales (de la vie humaine) et indépendant de chacune d’elles ». (D’abord ce qui se trouve être en face de l’individu, ce n’est pas le mot « valeur d’usage », mais bien des valeurs d’usage concrètes, et quant à savoir quelles sont ces valeurs concrètes qui se trouvent être en face de l’individu chez notre homme tout est, tout est état[16], cela dépend tout à fait du degré atteint par le procès de production sociale et ne correspond donc jamais à « une organisation sociale ». Mais si Rodbertus veut seulement dire banalement que la valeur d’usage qui se trouve réellement être en face d’un individu comme objet d’usage, se trouve être en face de lui comme la valeur individuelle à son usage, ce n’est alors qu’une tautologie triviale, ou bien c’est faux, car pour ne pas parler de certaines choses comme le riz, le maïs ou le froment, ou la viande (qui, placée devant l’Hindou n’est pas une nourriture pour lui) le besoin d’un titre de professeur ou de conseiller secret ou celui d’une décoration ne se conçoit chez un individu, que dans une « organisation sociale » d’un caractère tout à fait particulier).
La seconde valeur d’usage est celle qu’a un organisme social composé de plusieurs organismes individuels (ou d’individus) (p. 48 du texte).
Quel charabia ! S’agit-il ici de la « valeur d’usage » de l’« organisme social », ou d’une valeur d’usage possédée par un « organisme social » (comme par exemple la terre dans les communautés primitives), ou bien s’agit-il de la forme « sociale » caractérisée de la valeur d’usage, dans un organisme social, comme par exemple là où la production de marchandises domine, et où la valeur d’usage que livre un producteur doit être « valeur d’usage pour d’autres » et dans ce sens « valeur d’usage sociale » ? Que faire devant un tel amas de platitudes ?
Passons donc à l’autre phrase du Faust de Wagner[17].
La valeur d’échange n’est que le manteau, l’appendice historique de la valeur d’usage sociale d’une certaine époque historique. En opposant logiquement la valeur d’échange à la valeur d’usage, on oppose une notion historique à une notion logique, ce qui est contraire à la logique (p. 48, note 4).
« Cela est parfaitement juste », dit ici d’un ton triomphant Wagner. Qui veut-on dire par « on », qui est celui qui commet ces méfaits ? Que Rodbertus m’ait ici en vue est certain, car après R. Meyer, son famulus, il a écrit un grand et épais manuscrit contre le Capital. Qui fait une « opposition logique » ?
M. Rodbertus, pour lequel « valeur d’usage » et « valeur d’échange » sont toutes deux par nature seulement des « notions ». De fait, dans tout prix courant, chaque espèce de marchandise en particulier, commet ce procès illogique de se distinguer des autres comme bien, comme valeur d’usage, comme coton, fil, fer, grain, etc… de se présenter comme un « bien » qualitativement toto cœlo [à tous points de vue] différent des autres, mais en même temps, en tant que prix, comme quelque chose de qualitativement identique, quoique quantitativement différent pour la même donnée. Elle se présente pour celui qui en a besoin sous sa forme naturelle, et, d’autre part, nous la retrouvons sous une forme absolument différente de sa forme naturelle, sous la forme-valeur, qui lui est commune avec toutes les autres marchandises, ainsi que sous la forme valeur d'échange. Il n’y a d’opposition « logique » ici que chez Rodbertus et ses proches, les professeurs-maîtres d’école allemands, qui partent delà « notion » de valeur et non de la « chose sociale », la « marcha ndise », et laissent cette notion se scinder en deux, pour se quereller ensuite quand il s’agit de savoir lequel des deux fantômes est notre homme !
Mais à l’arrière-fond ténébreux de ces phrases ampoulées, il n’y a en somme que l’immortelle découverte que l’homme en toutes circonstances, doit manger, boire, etc… (on ne peut pas même poursuivre en disant s’habiller, avoir couteau et fourchette, lits et habitations, puisque ce n’est pas le cas en toutes circonstances), bref, qu’en toutes circonstances, il doit, pour contenter ses besoins, trouver des choses extérieures toutes prêtes dans la nature et s’en emparer ou les préparer avec ce qu’il a trouvé dans la nature; dans cette manière à lui de procéder, il se comporte donc toujours de fait vis-à-vis de certaines choses extérieures, comme vis-à-vis de « valeurs d’usage », c’est-à-dire qu’il les traite comme des objets à son usage. C’est pourquoi la valeur d’usage est, d’après Rodbertus, une notion « logique » ; donc, comme l’homme doit aussi respirer, « respirer » serait une notion « logique », mais jamais de la vie une notion « physiologique ». Mais toute la platitude de Rodbertus se manifeste dans l’opposition qu’il fait entre notion « logique » et notion « historique »! Ce n’est que sous sa forme phénoménale, la valeur d’échange qu’il conçoit la « valeur » (la valeur économique opposée à la valeur usuelle de la marchandise) et comme la valeur d’échange n’apparaît que là où au moins une partie quelconque des produits du travail, des objets d’usage, fonctionne comme « marchandises », fait qui toutefois ne se produit pas dès le début, mais seulement à une certaine période de l’évolution sociale, donc à une certaine étape de l’évolution historique, la valeur d’échange est censée être une notion « historique ». Or si Rodbertus — je dirai plus loin pourquoi il ne l’a pas vu — avait poussé plus à fond l’analyse de la valeur d’échange des marchandises — car cette valeur n’existe que là où « marchandises » peut se dire au pluriel, où il y a différentes espèces de marchandises, — il eût trouvé sous ces formes phénoménales la « valeur ». S’il avait continué son analyse de la valeur, il eût trouvé encore que la chose, la « valeur d’usage » ne vaut, ici que comme réalisation de travail humain, comme dépense d’une égale force de travail humain, et qu’ainsi ce contenu est représenté comme caractère réel de la chose, comme [caractère] qui lui revient objectivement, bien que cette objectivité[18] n’apparaisse pas dans sa [de la marchandise] forme naturelle (ce qui précisément nécessite une forme-valeur spéciale). Il aurait donc trouvé que la « valeur » de la marchandise ne fait qu’exprimer, dans une forme qui s’est développée au cours de l’évolution historique, ce qui se trouve déjà dans toutes les autres formes sociales que nous montre l’histoire, bien que sous une autre forme, c'est-à-dire sous la forme du travail dans son caractère social, en tant que le travail se présente comme dépense de force de travail sociale. Si la « valeur » de la marchandise n’est donc qu’une forme définie, une forme historique, quelque chose qui existe dans toutes les formes de société, il en est de même pour la « valeur d’usage sociale », comme il définit la « valeur usuelle » de la marchandise. M. Rodbertus a emprunté à Ricardo la mesure de la quantité de la valeur : mais ce qu’il n’a pas plus analysé ou compris que Ricardo, c’est la substance même de la valeur : par exemple le caractère « commun » du procès du travail dans la société primitive, qui fonctionne comme organisme d’ensemble des forces de travail solidaires, et par conséquent le [caractère « commun »] de leur travail, c’est-à-dire de la dépense de ces forces.
Il est superflu d’en dire plus long à cette occasion sur le galimatias de Wagner.
[1] Les notes marginales pour le livre d’Adolphe Wagner sont le dernier travail de Marx sur l’économie politique. Elles se trouvent dans un cahier d’extraits des années 1881-1882, qui a pour titre : Sur l’économie en général (X). Le choix donné ici a été publié pour la première fois par l’Institut Marx-Engels-Lénine de Moscou dans une annexe à son édition du Capital de 1932.
La rédaction a, pour faciliter l’intelligence des textes, intercalé quelques mots entre crochets.
Le titre exact du livre auquel se rapportent les gloses de Marx, est : Adolphe Wagner : Economie politique générale, ou théorique. Ire Partie. Principes. Les fondements de l'économie politique. Economie politique et Droit, et en particulier Droit des biens, 20 édition corrigée et considérablement augmentée. Leipzig, et Heidelberg 1879. Il a paru comme Ier tome du Traité d'économie politique, publié en plusieurs parties indépendantes, par le Dr Adolphe Wagner et le Dr Erwin
Nasse. Trad. française par Léon Pollack, Paris, 1904. (N. R.)
- ↑ Les notes marginales pour le livre d’Adolphe Wagner sont le dernier travail de Marx sur l’économie politique. Elles se trouvent dans un cahier d’extraits des années 1881-1882, qui a pour titre : Sur l’économie en général (X). Le choix donné ici a été publié pour la première fois par l’Institut Marx-Engels-Lénine de Moscou dans une annexe à son édition du Capital de 1932. La rédaction a, pour faciliter l’intelligence des textes, intercalé quelques mots entre crochets. Le titre exact du livre auquel se rapportent les gloses de Marx, est : Adolphe Wagner : Economie politique générale, ou théorique. Ire Partie. Principes. Les fondements de l'économie politique. Economie politique et Droit, et en particulier Droit des biens, 20 édition corrigée et considérablement augmentée. Leipzig, et Heidelberg 1879. Il a paru comme Ier tome du Traité d'économie politique, publié en plusieurs parties indépendantes, par le Dr Adolphe Wagner et le Dr Erwin Nasse. Trad. française par Léon Pollack, Paris, 1904. (N. R.)
- ↑ Pour la Ire partie de la citation : voir 1.1, p. 54 de l’éd. présente ; pour la 20 partie : Ed. Costes, t. I, p. 8. (N. R.)
- ↑ Humain (menschliche) est effacé dans le texte original. (N. R.)
- ↑ 2. Marx montre ici que sa théorie de la valeur est en effet une « théorie du coût », si l’on entend par « coût », le a vrai coût » de la marchandise, c’est-à-dire le travail dépensé. « Le coût capitaliste de la marchandise se mesure à la dépense de capital, le vrai coût de la marchandise à la dépense de travail. » {Le Capital, livre III, chap. I.) (N. R.)
- ↑ Voir le Capital, t. I, p. 181, note 1, et p. 234, note 1 de l'édition présente. (N. R.)
- ↑ Chez Wagner : circulation libre de nos jours. (N. R.)
- ↑ Dans l’original : le prix du blé, évidemment une erreur d’écriture. (N. R.)
- ↑ Dans l’original de Marx, le mot bourgeois était écrit au-dessus du mot capitaliste. (N. R.)
- ↑ Voir 1.1, page 77 de l’édition présente. (N. R.)
- ↑ Voir 1.1, page 52 de l’édition présente. (N. R.)
- ↑ Dans le manuscrit, par erreur : produit.
- ↑ Voir 1.1, p. 57 de l’édition présente. (N. R.)
- ↑ Gœthe : Faust, Ière partie. Paroles de Méphistophélès. (N. R.)
- ↑ Jeu de mots impossible à rendre en français, les mots contenu et traitement s’exprimant tous les deux en allemand par le même mot : Gehalt. (N. R.)
- ↑ Voyez, t. I, p. 199 et 200 de l’édition présente. (N. R.)
- ↑ Nous avons essayé de rendre de notre mieux un jeu de mots allemand intraduisible en français. Marx fait allusion aux conceptions rétrogrades de Wagner, qui voit tout sous un aspect statique et a une prédilection pour la division de la société en états, telle que l’a connue l’ancien régime. (N. R.)
- ↑ Marx fait allusion ici à un personnage du Faust de Gœthe, qui s’appelle aussi Wagner. Adolphe Wagner a trouvé en Rodbertus» son Faust. (N. R.)
- ↑ C’est-à-dire l’objectivité du travail humain abstrait. (N. R.)