Nadiejda Constantinovna Kroupskaïa et les femmes travailleuses

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Il n'était vraiment pas nécessaire de célébrer le 60e anniversaire de la naissance de Nadiejda Constantinovna Kroupskaïa pour rappeler aux communistes hommes et femmes de tous les pays et en particulier aux camarades femmes de l'Union soviétique combien de choses, et de choses précieuses elles doivent à cette lutteuse, cette édificatrice et cette dirigeante infatigable. Kroupskaïa est passée par des combats ardents et des conflits sévères, des expériences amères et des souffrances des plus douloureuses se sont acharnées sur elle. Et, pourtant, sa vie est délicieuse, elle est riche, plus que riche en peines, en travaux pour l'idée la plus haute qui puisse mouvoir l'humanité : la libération de tous les exploités et de tous les opprimés du monde entier comme œuvre consciente de ces exploités et de ces opprimés eux-mêmes. Le mérite de Kroupskaïa pour la réalisation de cette idée qui se développe sur la base de conditions bouleversées de la production et qui est l'expression d'un nouvel ordre social, est écrit en lettres ineffaçables dans l'histoire du mouvement ouvrier russe et de la Révolution d'Octobre 1917, du prolétariat de l'Union soviétique et du monde entier. Cependant, ce n'est point un passé glorieux, c'est un présent plein d'activité, de labeur et de lutte.

A partir du moment où la jeune fille comprit la liaison de chaque sort individuel avec l'ensemble social et donna à sa vie un contenu social conscient, Nadiejda Constantinovna n'eut plus qu'un seul objectif devant les yeux : libérer les hommes par le communisme et en faire des maîtres libres de leur destin. Elle est l'incarnation du dévouement plein d'abnégation et de fidélité à ce but. Le servir, c'est l'accomplissement et le bonheur de sa vie. Dans ses efforts pour libérer par la destruction du capitalisme et la victoire du socialisme, les hommes de la puissance de la propriété qui les asservit, Kroupskaïa n'a jamais oublié et n'oublie jamais que tout ordre social, basé sur la propriété, fait des femmes des exploitées et des esclaves et que la lutte de ces êtres humains écrasés pour leur libération, est une force révolutionnaire formidable de l'histoire.

Lorsque Kroupskaïa, jeune étudiante, entra dans le mouvement des ouvriers révolutionnaires et de la jeunesse étudiante, elle n'avait pas besoin — comme beaucoup de ses compagnes d'idées, en Europe occidentale — d'arracher par la lutte son droit de collaboratrice et de combattante. Le travail clandestin était à peine possible sans la coopération de femmes intelligentes et énergiques et dévouées à la cause.

C'est dans les dures années de sa déportation en Sibérie et de son exil à l'étranger, que Lénine ne devint pas seulement un des meilleurs chefs du mouvement ouvrier russe, mais le chef suprême. C'est dans les luttes d'opinions passionnées autour de la théorie et de la pratique avec les divers courants et écoles socialistes et révolutionnaires, qu'il créa l'idéologie et l'organisation du parti. Kroupskaïa prit une part active aux batailles idéologiques ardentes de ces années, et son travail le plus précieux fut de maintenir et d'entretenir la liaison de Lénine avec ses partisans, avec les groupes et les organisations en Russie. Dans le premier parti ouvrier social-démocrate et, plus tard, dans l'aile révolutionnaire qui s'en détacha, le parti des bolchéviks, elle s'efforça inlassablement d'éveiller les ouvrières à la conscience de classe et de les intégrer dans le mouvement comme des forces combattantes éduquées. Elle suivit de très près le développement du mouvement des femmes prolétaires des Etats capitalistes, en particulier en Allemagne. Marxiste, d'éducation révolutionnaire, Kroupskaïa était résolument du côté de ceux qui, en Allemagne et dans la IIe Internationale, luttaient pour l'assainissement du mouvement prolétaire des femmes et sa démarcation du mouvement bourgeois, pour l'entrée des ouvrières, des femmes prolétaires dans les organisations syndicales et politiques de classe.

Krouspkaïa écrivit en Sibérie la première brochure russe de propagande pour les ouvrières La femme et l'ouvrière. Cette brochure parut sans nom d'auteur, en février 1901, et elle eut un tel succès que, dès le mois d'août, il fallut en publier une deuxième édition. Dans son action, elle s'efforçait d'amener les ouvrières groupées en Russie à la solidarité de collaborer avec leurs sœurs de l'Europe occidentale. La Journée internationale des femmes, décidée par la conférence internationale des femmes à Copenhague, en 1910, proclame aussi en Russie la solidarité des prolétaires de tous les pays. Le parti bolchévik demanda qu'elle ne soit pas exécutée comme une chose spéciale aux femmes mais, au contraire, comme un tâche du parti et comme une manifestation des prolétaires sans distinction de sexe. Ce fut le mérite de Kroupskaïa de faire triompher cette position de but clair et conforme à la lutte de classes. Une fois la guerre impérialiste mondiale déclenchée, le parti bolchévik dressa courageusement le drapeau de la IIe Internationale couvert de boue, le drapeau de la solidarité internationale des prolétaires de tous les pays. Malgré les difficultés énormes, il chercha aussi à grouper autour de ce drapeau les femmes prolétaires et à en faire une force motrice de l'action nationale et internationale contre la guerre et pour la révolution. Il soutint activement la réalisation de la première action internationale qui envisagea ce but. Ce fut la conférence socialiste internationale des femmes à Berne les 26, 27 et 28 mars 1913. Elle précéda et stimula la conférence internationale de la fraction révolutionnaire de la jeunesse socialiste. La conférence des femmes fut une étape importante dans la voie de l'avant-garde du prolétariat vers Zimmerwald et Kienthal. Krouspkaïa prit part à cette manifestation avec Inessa Armand et Lilina et contribua à lui donner un caractère révolutionnaire accentué.

Elle poussa infatigablement au révolutionnement des ouvrières dans les grands centres industriels de Russie. Ce fut grâce à elle aussi que s'accrurent les succès du petit travail conséquent et conscient des bolchéviks parmi les femmes prolétaires, au point de devenir un événement d'importance historique. La journée internationale des femmes du 8 mars 1917 dans l'ancienne Pétrograd déchaîna les manifestations formidables des masses contre la guerre et le tsarisme qui devinrent le point de départ de la révolution de février-mars.

Avec le retour de Lénine en Russie, commence pour Kroupskaïa une nouvelle période d'activité accrue parmi les masses prolétaires elles-mêmes. Lénine infatigable, qui a la conscience la plus claire du but à atteindre et la volonté la plus puissante du prolétariat dans se énormes efforts est contraint d'aller se cacher de l'autre côté de la frontière finlandaise. Il lui faut malgré cela être renseigné exactement et rapidement sur tous les événements de la vie publique à Pétrograd et notamment sur l'état d'esprit dans les grandes entreprises et dans les casernes. Nadiejda Constantinovna Kroupskaïa ainsi que la sœur de Lénine, Maria Ilichna, est dans les situations les plus dangereuses et les plus responsables, la secrétaire, la médiatrice, la propagandiste, la meilleure, l'incarnation de la fidélité révolutionnaire au devoir.

La conquête du pouvoir de l'Etat par le prolétariat soutenu par les paysans, dans le pays à développement capitaliste faible et à culture rétrograde impose des exigences énormes sous tous les rapports aux cadres du parti bolchévik dirigeant et notamment à Lénine. La guerre civile lance partout ses flammes furieuses. En plein chaos, les femmes sont dans les tranchées, dans l'industrie, dans l'agriculture, dans l'administration, faisant mouvoir les engrenages de la vie sociale. Elles ne prennent aucun repos dans leurs soins aux blessés et aux malades. Infatigablement, elles aident à la répartition des maigres stocks de produits alimentaires et d'autres choses nécessaires à la vie. Elles organisent des cuisines communes, des foyers pour les mères et les nourrissons, des jardins d'enfants, des établissements d'éducation pour les enfants plus grands. Elles travaillent, luttent et meurent aux fronts militaires. De façon plus impressionnante que le texte de la loi soviétique, leurs actes proclament leur droit social à l'émancipation.

C'est dans cette période aussi que Kroupskaïa se lie complètement à la masse des femmes, à l'activité révolutionnaire. Comme Kollontaï, Lilina, Inessa Armand, Samoïlova et bien d'autres, elle agit partout où l'aube de cette grandiose création historique appelle les femmes à de nouvelles tâches pleines de responsabilité, partout où il faut combattre parmi les femmes les ennemis intérieurs de la révolution : la faim, le doute, le découragement, le sabotage. Jamais elle ne s'impose, mais elle est partout là où l'on a besoin d'elle : dans les conférences des dirigeants, dans les réunions de masses, lors de l'exécution de mesures pratiques. Elle fait son devoir tout simplement, comme quelque chose de toute évidence.

En mars 1919, l'Internationale communiste est fondée. Nadiejda Constantinovna apporte sa part de décision à l'initiative des camarades femmes russes de sorte que le congrès de fondation fixe la conception fondamentale des communistes de la nécessité et de l'importance historique de la participation des femmes à la lutte libératrice du prolétariat. Conformément à la demande des camarades femmes, le congrès prend une résolution où il est dit entre autres :

« Le congrès de l'Internationale communiste reconnaît que le succès de toute les tâches fixées par lui tout comme la victoire définitive du prolétariat mondial et la suppression complète de l'ordre capitaliste ne peuvent être assurés que par la lutte commune et étroitement unie des femmes et des hommes de la classe ouvrière. La dictature du prolétariat ne peut être réalisée et maintenue que par une participation active des femmes de la classe ouvrière. »

C'est en 1920 qu'a lieu, après le IIe Congrès mondial des communistes, la première conférence internationale des femmes qui doit rassembler les femmes communistes pour un travail systématiquement organisé dans les sections nationales. Il est évident que Nadiejda Constantinovna Kroupskaïa soutient les efforts, de ses conseils et de ses actes.

Naturellement, ces données sèches et maigres sont bien loin de refléter la puissante solidarité qui unit Kroupskaïa aux prolétaires, aux exploités et aux opprimés du monde entier et en particulier aux femmes courbées à terre et qui veulent se redresser. Cette solidarité est plus qu'un sentiment. C'est une vérité claire, solidement motivée. C'est la conception du monde de l'unité indestructible de la grande famille humaine que le communisme libérera et fondra.

Kroupskaïa s'efforce, sans répit, de lier les travailleurs, les femmes travailleuses de l'Union soviétique par la raison et une sympathie active aux luttes de leurs sœurs et de leurs frères dans les Etats capitalistes et dans les pays coloniaux. Elle a conscience que la révolution prolétarienne ne pourra déployer ses pleins effets de puissance créatrice en Union soviétique que si elle marche sur le globe terrestre tout entier, d'un pas triomphant, tout en détruisant en en façonnant.

A peine l'Etat soviétique a-t-il contraint la contre-révolution de ployer les genoux qu'il se met à son œuvre historique de transformation de l'Etat économique et culturel de la société, dans la direction du socialisme.

Nadiejda Constantinovna trouve là l'activité qui répond à son talent et à ses connaissances multiples, tout en continuant à rester la camarade active du parti, liée indissolublement à la vie politique et de l'organisation.

Mais le centre de gravité de son activité se trouve déplacé du côté des tâches spécifiques qu'elle a à accomplir. Kroupskaïa entre au commissariat du peuple à l'éducation, avec l'amour et le dévouement le plus grand, et consacre ses forces à l'éducation du peuple dans le sens le plus élevé du mot. Elle agit là en accord le plus complet avec Lénine qui considéra toujours l'éducation la plus élevée possible des travailleurs comme la condition préalable et la conséquence du développement ultérieur de la révolution prolétarienne vers le communisme.

Nadiejda Constantinovna Kroupskaïa ressentit ce bonheur suprême : elle vécut la révolution prolétarienne. Mais la souffrance suprême ne lui fut pas épargnée. La mort arracha Lénine de ses côtés. La blessure cruelle de cette perte ne saurait se cicatriser. Mais sa volonté d'action révolutionnaire est si forte que la douleur effroyable n'a pu la courber profondément, elle ne réussit pas à la briser. Avec une force et un dévouement sans défaillance, Kroupskaïa continue à déployer son activité, créant et développant des institutions d'éducation de toutes sortes, faisant surgir des établissements culturels, éveillant et développant les riches talents qui sommeillent chez les millions de travailleurs. Toute la science au peuple ! Tout l'art au peuple ! Toutes les joies actives et florissantes de la nature et de l'humanité au peuple ! Tel est le leitmotiv de son effort comme éducatrice de grand style du peuple, dont l'objectif est : Tout pour le peuple, grâce à la réalisation du communisme, de la société sans classes et sans exploiteurs, comme œuvre du prolétariat révolutionnaire combattant.

Nadiejda Constantinovna est aussi, dans le large domaine du travail culturel, celle qui favorise activement la solidarité internationale. Kroupskaïa comprend combien l'ouvrière, la femme de l'ouvrier, la paysanne aspirent ardemment à rejeter le fardeau écrasant de l'ignorance et du manque de culture. Toutes les acquisitions de la révolution culturelle en cours aux femmes aussi ! Lorsque Kroupskaïa, transforme ce principe en une activité qui façonne la nouvelle société, elle est l'exécutrice fidèle du testament de Lénine, du grand champion de la libération et de l'égalité des droits pour le sexe féminin.

La nature et l'action de Kroupskaïa ont l'unité du granit. C'est un modèle éclatant. Les masses innombrables songeront à elle, communieront dans un même amour et une même vénération immenses à son 60e anniversaire. Unes aux camarades femmes, aux femmes travailleuses de l'Union soviétique nous, les femmes communistes internationales, nous nous joindrons aux cortèges de celles qui apportent leurs vœux de bonheur et nous lui dirons : Nous te remercions pour ce que tu nous donnes et ce que tu es pour nous. Ta vie est une vie humaine, pleine d'activité et d'aspirations supérieures.