Lettre au Professeur Mayer, 19 avril 1930

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Cher professeur Mayer,

Je réponds à votre aimable lettre du 26 mars avec un certain retard dû à mon état de santé. Cependant, ma santé s'est considérablement améliorée, de sorte que je suis maintenant à nouveau en état de travailler.

Bien sûr, je vous connais assez à travers vos travaux pour éprouver le désir de faire plus ample connaissance avec ces derniers. J'avais commandé le premier volume de votre biographie d'Engels durant mon séjour à Alma-Ata, mais je n'ai pu en terminer la lecture avant mon expulsion. Mais j'ai bien l'intention de combler ici cette lacune. Il me faudra également reprendre l'étude des écrits militaires d'Engels, dès que je commencerai à travailler à mon livre sur l'Armée Rouge. Mais cela n'adviendra pas avant la fin de cette année, car je travaille actuellement à une histoire de la Révolution d'Octobre. En tous cas, ce serait pour moi également une joie de pouvoir discuter avec vous des problèmes qui vous intéressent.

Vous évoquez le droit d'asile que l'on accorda en Angleterre à un Metternich d'une part, et à Marx d'autre part. Mais il se trouve que les temps non seulement de Metternich, mais aussi de Marx, sont aujourd'hui révolus. La classe dominante d'Angleterre et également d'Allemagne se sent aujourd'hui bien moins sûre d'elle qu'à l'époque de Palmerstone ou de Gladstone. Je ne crois d'ailleurs pas non plus que Monsieur Brüning se sente aussi solidement installé en selle que les ancêtres de Guillaume II. Il nous faut donc subir les conséquences du manque de confiance en eux-mêmes de ces messieurs, il n'y a rien à faire. Je ne veux nullement dire par là que j'envie l'époque de Metternich. Je ne me plains absolument pas de notre "patrie dans le temps", c'est-à-dire du XX° siècle, dans lequel nous sommes condamnés à vivre et à agir.